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2 novembre 2022

Haïti-chaos socio-économico-politique: Aucun des ministres ne se désolidarise du gouvernement jouant à l’unisson et sur le temps.

Haïti-chaos socio-économico-politique: Aucun des ministres ne se désolidarise du gouvernement jouant à l'unisson et sur le temps.

Par Professeur Antoine Nérilus

Nous sommes au lendemain du premier magnicide, de ce nouveau siècle haïtien, survenu le 7 juillet 2021, dans la commune de Pétion-Ville, dans la partie occidentale de l’île et de la République d’Haïti. La nouvelle est tombée sur le cœur de tous les haïtiens du monde entier, tel un coup de massue laissant bouche bée et les partisans du feu président Jovenel Moïse et ses adversaires politiques les plus redoutables et féroces. Des mercenaires étrangers, aidés d’haïtiens, ont troué de balles, maltraité et humilié le 58e président élu d’Haïti. Les tweets et les articles nationaux et internationaux pleuvent, des rues désertes et sombres, la perplexité au rendez-vous, des morts subites dans la Grand’Anse, dans l’ouest, tant l’émoi est fort. On pouvait s’attendre peut-être à un lynchage du président par une population en furie, en proie à toutes sortes de calamités sociales et économiques, sauf à une exécution si vile, si empreinte de lâcheté, en ce jour-là. Peu de temps après, le premier ministre Ariel Henry, qui avait déjà été désigné par Jovenel Moïse pour remplacer M. Claude Joseph, devait être investi dans ses fonctions selon la tradition et les lois administratives en vigueur et c’est le premier ministre d’alors, le docteur Claude Joseph, qui allait passer le mallet à son successeur, le neurochirurgien septuagénaire Ariel Henry, une quinzaine de jours après l’assassinat de Jovenel Moïse. N’ayant pas eu la chance d’être installé par le président lui-même, M. Henry allait chercher beaucoup plus de légitimité auprès de la classe politique d’alors pour consolider son pouvoir à la tête de la primature, placer son gouvernement et l’opérationnaliser. Ce qui fut fait, mais sans apporter des retombées positives en faveur les masses souffrantes; au contraire, l’arrivée du docteur Henry et de son équipe politique, peu ou proue mosaïque, va compliquer davantage la vie de la population haïtienne en moins de 6 mois de règne, pour la rendre ensuite impossible sur un an, où la vie sociale et économique s’amenuise jusqu’à disparaître pour beaucoup et constitue un cauchemar pour la plupart des foyers à un point tel où d’anciens calomniateurs du très incapable président Jovenel Moïse se voient dans l’étrange nostalgie de parler de ses efforts peu convainquants de son vivant.

La situation sécuritaire d’Haïti s’est doublement aggravée sous la gouvernance de M. Henry, les minimes efforts gouvernementaux consentis avant lui, à bien des égards, ont été soit sapés ou discontinués, la vie chère s’est accrue, la vie nocturne devient un véritable leurre, le problème de l’indisponibilité du carburant qui existait déjà sous la présidence de Jovenel Moïse devient pire, la diplomatie disparaît littéralement, vivre en Haïti devient impossible, ce qui a occasionné des vagues migratoires denses d’haïtiennes et d’haïtiens vers d’autres cieux à la recherche d’une vie meilleure, sans mesurer les désastres d’outre-mer qui les attendent.

L’une des théories du management public ordonne que l’on ne gère pas l’État pour soi-même, les siens, et ses camarades, mais pour répondre aux desiderata des différentes collectivités de son territoire, peu importent les catégories sociales dans lesquelles elles s’incrustent.

Le pouvoir et l’autorité que confie l’État doivent servir, desservir, protéger et non détruire, encore moins négliger.

Voilà que des morgues puent, des hôpitaux ferment leurs portes, les supermarchés et d’autres entreprises sont dans l’impossibilité de pouvoir fonctionner en raison de l’absence de carburant à la pompe, les grandes agglomérations et les routes sont barricadées par une population en furie, certaines sont désertes, même l’eau potable ou non devient introuvable sur toute l’étendue du territoire; pourtant, le gouvernement solide comme un roc, telle une masse monolithique, ne bouge pas. Ils jouent à l’unisson leurs chansons funèbres comme dans une célébration officielle des funérailles collectives d’une population sans défense.
Les mobilisations populaires ayant débuté la semaine du 22 août, dans la partie septentrionale, se sont intensifiées et ont propagé comme par enchantement dans toutes les villes et sections communales du pays. Le gouvernement coiffé par Ariel Henry s’en fout, dans une surdité inédite, comme de l’an quarante. L’équipe gouvernementale joue sur le temps et attend impatiemment la fatigue d’une population qui ne jure que par le départ en bloc et en trombe d’une équipe jugée inapte à résoudre la crise multidimensionnelle sévissant dans ce pays depuis tantôt 5 années consécutives.

Les gangs armés gagnent en territoire à chaque heure qui passe, rien, mais vraiment rien de grand, n’est fait en vue de stopper l’hémorragie. Qu’il s’agisse de Pernier, de Torcelle, de châteaublond, de tabarre, de Belvil, toutes des zones contrôlées par le gang « Kraze Baryè », qu’il s’agisse de Martissant, de « Gran Ravin » de Bel-Air, de Thomassin, de Laboule, sous les bottes criminelles de « Ti Makak » broyant commissaires de police, simples policiers et ex-sénateur de la République, ou de certaines zones de l’Artibonite comme à Savien; du nord de la Capitale, comme à Canaan, la mort déambule toute nue, griffes et crocs sortis, à la recherche de proies humaines, sous les yeux passifs et inertes des représentants d’un État déliquescent, lui aussi victime des gangs armés, donc failli, et dont les autorités sont nulles et risibles.

Périsse toute la République plutôt que de se démettre de leurs fonctions, tel est le choix de prédilection des autorités de ce pays de nègres de grande histoire et de grande culture, en détresse pour avoir mal choisi ses dirigeants ou pour avoir été trop souvent victime passive de choix concoctés et imposés par la communauté étrangère, la frange raciste et rétrograde.

En sus de tout cela, l’on ne se fatiguera jamais de s’étonner. Hier encore, le 26 septembre 2022, le ministre des affaires étrangères de notre pays, Victor Généus, peut-être s’est-il mépris de discours ou de territoire, a déclaré à la tribune des Nations Unies que le gouvernement a le contrôle global du territoire haïtien, à part quelques endroits isolés. Véritable Insolite!

Plus de 15 ministres perçoivent leur salaire mensuel sans que la vie du peuple ne bouge d’une pouce vers un mieux-être social, économique, sécuritaire, et ils rient de nos misères, en plus.

Les centaines de milliers de déplacés des zones de Fontamara, de Martissant, de Pernier, de la Croix-des-bouquets, de Laboule font-ils partie de ce grand ensemble dont le gouvernement aurait le contrôle? Le ministre Victor Généus serait-il au courant que des autobus ayant laissé la République Dominicaine, il y a de cela 2 jours, pour entrer en Haïti, arrivés à la commune de Ganthier, ont dû retourner en République Dominicaine à cause de la très cruelle et cynique « bande 400 Mawozo qui faisait parler la poudre sans crainte de qui que ce soit? De quoi parle-t-on enfin?

Les membres du gouvernement du docteur Henry, les yeux fermés, extatiques, jouent à l’unisson la partition funèbre pour enterrer vivant un peuple dont les cils battent encore! Quelle horreur !

La sécurité du territoire, des biens, la libre circulation, nourrir son peuple, l’instruire et l’éduquer constituent des prérogatives régaliennes d’un État souverain. La diplomatie, quand elle est en parfaite santé, est une mission de souveraineté, une force liée à la dignité d’un peuple, comme, d’ailleurs, l’armée.

Quand un ministre des affaires étrangères n’est même pas au courant de la situation dans laquelle vit son peuple, n’a aucune idée des contraintes et impossibilités de circulation sir le territoire, quand plus de 15 ministres se soutiennent, acharnément, pour asphyxier davantage un peuple appauvri, par le truchement de la nonchalance étatique, la corruption institutionnalisée dans un palais sans président où des milliards de gourdes se partagent entre coquins, coquines, coquinets, voyous, de tout acabit, sans gêne aucun.

Dans un gouvernement, si juteux, qui ne peut plus subventionner le carburant, par manque de reins financiers, dit-on, il ne saurait y avoir de démission ni de défection; et on est à même de dire, dans pareille situation, que l’on on est face à des lions dévorant la chair d’un troupeau de brebis innocentes livrées à elles-mêmes; c’est non seulement la mort de notre diplomatie, mais le génocide de la pauvre population haïtienne tend, très visiblement, à s’institutionnaliser à partir de la tribune même de l’ONU.

Quand les déchirements sociaux sont horizontaux, l’État s’érige en bon père régulateur et tranche; néanmoins, quand les déchirements sont verticaux, il revient aux forces sociales de s’unir pour abattre ce monstre fictif qu’est l’État ou le remettre à sa vraie place, par des outils et méthodes révolutionnaires. J’ai dit!

Professeur Antoine Nérilus, Normalien Supérieur de l’Université D’État D’Haïti, perpétuel étudiant en Sciences Politiques (master), citoyen engagé.

Haiti, ce 27 septembre 2022

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