Aujourd’hui dans l’histoire : les chefs du coup d’État militaire en Haïti acceptent le retour de Jean-Bertrand Aristide

18 septembre 2026

Aujourd'hui dans l'histoire : les chefs du coup d'État militaire en Haïti acceptent le retour de Jean-Bertrand Aristide

Les dirigeants militaires haïtiens acceptent le retour de Jean-Bertrand Aristide, évitant une invasion américaine

Le 18 septembre 1994, les chefs des forces armées haïtiennes ont décidé de céder le pouvoir et de permettre le retour du président élu démocratiquement, Jean-Bertrand Aristide. Cet accord a permis d’éviter une intervention militaire forcée des États-Unis, qui était initialement prévue pour le lendemain.

Cette étape décisive est intervenue trois ans après la chute du président Aristide lors d’un coup d’État militaire le 30 septembre 1991, ainsi qu’après plusieurs années d’efforts internationaux pour rétablir le gouvernement constitutionnel d’Haïti.

Cette démarche diplomatique finale a été conduite par l’ancien président américain Jimmy Carter, épaulé par le sénateur Sam Nunn, originaire de Géorgie, et par l’ancien général Colin Powell, qui avait occupé le poste de président du Comité des chefs d’état-major interarmées. Ces trois figures se sont rendues en Haïti le 17 septembre, à la demande du président Bill Clinton, qui avait autorisé cette mission tout en maintenant le calendrier d’une opération militaire américaine prévue sous l’appellation « Opération Maintenir la Démocratie ».

Une mission diplomatique de dernière minute

La délégation menée par Carter, Nunn et Powell n’avait que peu de temps pour parvenir à un accord. Le gouvernement de Clinton avait déjà obtenu l’autorisation des Nations unies pour recourir à la force afin de ramener à ses fonctions le gouvernement élu d’Haïti. En parallèle, une force d’invasion composée d’environ 25 000 militaires est- prête à intervenir, avec pour opération le nom d’« Uphold Democracy » (Maintenir la démocratie). Cette intervention était programmée pour débuter le 19 septembre.

Depuis de nombreuses années, le Centre Carter, fondé par l’ancien président, était actif en Haïti. Jimmy Carter s’était engagé dans le soutien au processus électoral haïtien dès 1987 et avait participé à la surveillance de l’élection de décembre 1990, qui avait vu l’élection d’Aristide. Après le coup d’État de 1991, le centre a continué de soutenir les efforts internationaux visant à restaurer le gouvernement constitutionnel du pays.

Durant cette nuit fatidique, Carter, Nunn et Powell ont rencontré le général Raoul Cédras, chef de la junte militaire, ainsi que d’autres responsables haïtiens, lors de négociations qui se sont prolongées jusqu’au matin du 18 septembre.

Les discussions ont presque échoué lorsque des responsables militaires haïtiens ont appris que des troupes américaines s’étaient déjà déplacées vers Haïti. Jimmy Carter a raconté que le général Philippe Biamby avait accusé la délégation d’utiliser les négociations pour détourner l’attention de la hiérarchie militaire haïtienne, pendant que les forces américaines se préparaient à intervenir.

Finalement, la délégation a rencontré le président provisoire d’Haïti, Émile Jonassaint. Selon Carter, ce dernier a reçu un dernier appel à la paix, auquel il a répondu que « Haïti choisira la paix ».

Jonassaint et Cédras ont alors signé un accord indiquant que la junte militaire quitterait le pouvoir, et qu’Aristide serait de nouveau investi comme président d’ici le 15 octobre.

Contradictoirement à ce que certains pourraient penser, cet accord n’a pas annulé l’intervention militaire prévue. Il a plutôt modifié la manière dont celle-ci devait se dérouler. Les troupes américaines sont entrées en Haïti à partir du 19 septembre dans le cadre d’une transition pacifique, évitant ainsi une invasion forcée. Les forces américaines ont collaboré avec les autorités haïtiennes pour faciliter cette transmission du pouvoir.

Jean-Bertrand Aristide est retourné en Haïti le 15 octobre 1994, soit trois ans après sa déposition par le coup d’État. L’opération menée sous commandement américain a fini par passer sous l’égide des Nations unies, et le pays a organisé des élections présidentielles en 1995.

Cet accord du 18 septembre s’est révélé être un tournant dans l’histoire post-coup d’État d’Haïti, marquant aussi une étape importante dans les relations entre Haïti et les États-Unis. Il a démontré qu’une négociation sous la menace d’une intervention militaire imminente pouvait conduire à un transfert pacifique du pouvoir, évitant ainsi une invasion sanglante.

Ce jour dans l’histoire : La délégation militaire haïtienne accepte le retour d’Aristide — cet événement demeure une étape clé dans le processus de réconciliation et de stabilité du pays, tout en illustrant la puissance de la diplomatie dans la résolution des conflits internationaux.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.