Une nouvelle proposition de l’administration Trump pourrait priver les étudiants haïtiens de certaines aides éducatives
Un projet de règle proposé par l’administration de Donald Trump pourrait porter un coup sévère aux écoles privées et aux universités offrant des bourses ou un accès différencié basé sur la race ou l’origine nationale. Selon ses détracteurs, cette mesure risquerait de peser spécifiquement sur les étudiants originaires d’Haïti ou issus de la communauté haïtienne installée aux États-Unis.
Une menace précoce qui s’illustre avant même l’adoption de la règle
« Les effets seront ressentis avant même que la règle ne soit officiellement adoptée, car cela crée un effet dissuasif », explique Alejandra Vásquez Bauer, défenseure de l’éducation et membre de l’organisation EdTrust. Elle insiste sur le fait qu’il ne s’agit pas d’un simple changement de politique mineur.
Ce nouvel encadrement, annoncé le 3 septembre, vise à mettre fin à ce que l’administration qualifie de pratiques « discriminatoires » qui, selon elle, soutiennent les efforts de diversité, d’équité et d’inclusion (DEI). Ces politiques ont souvent été dénoncées par la droite conservatrice, considérant qu’elles favorisent une forme de discrimination à rebours. Il s’inscrit dans une série de modifications législatives ou réglementaires que l’exécutif cherche à imposer pour réduire les bénéfices et le soutien caritatif destiné aux immigrés.
Une cible élargie : les établissements privés de tous niveaux
Dans son projet de règlement, le Département du Trésor et l’Agence du revenu intérieur expliquent qu’un établissement privé pourrait perdre son statut d’organisme à but non lucratif exonéré d’impôt (sous le code 501(c)(3)) s’il maintient une politique tenant compte de la race ou de l’origine ethnique ou nationale. Cela concerne notamment les admissions, les bourses, les prêts, les activités sportives, ainsi que d’autres programmes gérés par l’établissement.
Ce règlement pourrait concerner environ 18 000 institutions éducatives privées à travers le pays, allant des écoles primaires jusqu’aux universités et écoles professionnelles. Sa mise en œuvre devrait intervenir à partir des exercices fiscaux débutant après le 31 mai 2027, si le texte est adopté.
Il sera toujours possible pour ces établissements d’accorder une aide financière basée sur des critères « neutres » tel que le revenu familial, la localisation géographique, le statut de première génération, la situation particulière de difficulté, la situation des familles militaires ou encore la réussite scolaire. Toutefois, comme l’a indiqué le secrétaire au Trésor Scott Bessent, renommer un programme axé sur la conscience de la race en « équitable » ou « favorisant la diversité » ne le protégera pas nécessairement de la nouvelle réglementation.
Les réactions politiques : une condamnation ferme de la part du Congrès
Le Caucus des Démocrates noirs, dirigé par la représentante Yvette D. Clarke, a rapidement dénoncé la proposition. Dans un communiqué, il l’a qualifiée de « détournement discriminatoire du pouvoir fédéral » et estime qu’elle doit être contestée en justice.
« Cette nouvelle tentative d’utiliser le gouvernement fédéral pour limiter les opportunités et cibler les programmes destinés à nos communautés montre à quel point cette élection est cruciale », a déclaré le caucus, faisant référence aux élections de mi-mandat prévues le 3 novembre prochain.
Les démocrates se disent déterminés à « tenir cette administration responsable » et à « protéger l’accès à l’enseignement supérieur », si leur majorité au sein de la Chambre des représentants venait à être rétablie.
Ce qui pourrait compromettre l’avenir des étudiants haïtiens
Vásquez Bauer, ancienne professeur dans le comté de Miami-Dade, souligne que cette proposition, en se concentrant sur l’origine nationale ou ethnique, met en danger directement les étudiants haïtiens ou d’origine haïtienne. Beaucoup d’entre eux affrontent déjà des obstacles liés à la langue, à leur statut d’immigrant ou à leur situation économique. Selon elle, la suppression des aides tenant compte de la race réduirait les possibilités à ceux qui en ont déjà les moyens financiers, excluant ainsi une partie importante des étudiants issus de milieux défavorisés.
« Mes étudiants haïtiens-américains étaient des élèves exceptionnels, avec des rêves et des ambitions », confie-t-elle. « Cette proposition limite leurs rêves à ceux qui peuvent se permettre d’accéder aux études supérieures et efface leur identité ainsi que les obstacles que leurs familles ont dû surmonter pour pouvoir bénéficier d’un soutien leur permettant d’accéder à l’université. »
Elle précise que les aides basées uniquement sur le revenu ne peuvent pas remplacer les dispositifs tenant compte de la race, car celles-ci ne prennent pas en compte la complexité des barrières discriminatoires, qui peuvent dépendre de l’origine ethnique ou de l’histoire migratoire.
Pour l’heure, le danger principal réside dans le fait que des établissements pourraient commencer à réduire discrètement le montant des bourses ou des programmes d’aide, bien avant la date d’entrée en vigueur officielle du règlement, craignent les opposants. La peur d’une inspection de l’IRS ou d’une perte totale du statut d’organisme exonéré pousse certains à agir en coulisses.
« Il ne s’agit rien de moins qu’un vaste effort de l’administration Trump pour instrumentaliser le pouvoir fédéral contre les établissements qui cherchent à ouvrir davantage de possibilités pour des étudiants qui ont longtemps été exclus de l’enseignement supérieur », conclut Vásquez Bauer.