Haïti obtient un financement de 3 millions de dollars de l’OEA et du Japon pour renforcer le système d’identification avant les élections

22 août 2026

Haïti obtient un financement de 3 millions de dollars de l'OEA et du Japon pour renforcer le système d'identification avant les élections

Une délégation interaméricaine de haut niveau en visite à Port-au-Prince

PORT-AU-PRINCE — Le Japon et l’Organisation des États américains (OEA) ont conclu, mardi, un accord d’un montant de 3 millions de dollars destiné à renforcer le système d’identification en Haïti. Ce dispositif vise à faciliter la préparation aux élections, dans un contexte où le pays n’a pas eu d’élections nationales depuis plusieurs années, laissant ses institutions électorales dans l’incertitude.

Les fonds promis permettront de financer des campagnes de sensibilisation auprès du public, ainsi que d’étendre le déploiement de programmes de recensement mobile, spécialement dans les zones reculées et vulnérables. L’objectif étant d’atteindre les populations les plus isolées et souvent oubliées par le système officiel, afin de leur permettre d’accéder à une identité légale reconnue par l’État.

« Cette nouvelle contribution nous aidera à mettre à jour le registre électoral et à produire 350 000 nouvelles cartes d’identité biométriques », a indiqué Albert Ramdin, Secrétaire général de l’OEA, sur la plateforme X (anciennement Twitter).

Une visite diplomatique majeure en Haïti

Ce protocole a été signé dans le contexte de la visite en Haïti d’Albert Ramdin, du 16 au 19 août, lors de laquelle une délégation interaméricaine de haut rang a rencontré des responsables gouvernementaux haïtiens, des leaders en matière de sécurité ainsi que des partenaires internationaux. La visite a permis de discuter des voies possibles pour assurer un meilleur pilotage du processus électoral et renforcer la stabilité dans le pays.

Au-delà de l’aspect purement technique, cette initiative revêt une importance capitale. Disposer d’une carte d’identité nationale peut faire toute la différence pour un citoyen haïtien : cela permet non seulement de prouver son identité, mais également d’accéder aux services publics et sociaux, ainsi que de participer aux élections libres et équitables. Pour les personnes déplacées par la violence ou vivant dans des régions isolées, le déploiement d’unités mobiles d’enregistrement pourrait faciliter grandement l’obtention d’une identité officielle et leur engagement dans la vie démocratique. Il est estimé qu’au moins 1,4 million de personnes ont été déplacées à l’échelle du pays, ce qui souligne l’urgence de ce type de mesures.

Ce nouvel accord s’appuie sur une initiative antérieure, lancée en 2023 par l’OEA en partenariat avec le Japon, visant à soutenir le Bureau national d’identification (ONI) d’Haïti. Selon Ramdin, cette opération a permis d’enregistrer plus de 1,07 million de personnes, et de délivrer quelque 1,22 million de cartes d’identification biométriques, une avancée notable dans le processus de consolidation des documents d’État pour les citoyens haïtiens.

Les défis liés à l’identification et à la sécurité

Ce lancement intervient à un moment critique, alors que Haïti se prépare à organiser des élections prévues pour le 13 décembre prochain. Pourtant, l’environnement sécuritaire et logistique demeure très précaire, compliquant sérieusement les efforts pour assurer une participation représentative et équitable de tous les citoyens.

Selon des chiffres fournis par des responsables internationaux, plus de 85 % du territoire de Port-au-Prince est sous le contrôle de groupes armés, ce qui limite la capacité des autorités électorales à organiser des opérations d’enregistrement dans plusieurs zones. En outre, plus de 1,4 million d’haïtiens vivent encore en situation de déplacement, souvent dans l’incertitude et sous la menace de violence persistante.

Les violences de gangs se sont intensifiées ces derniers mois, notamment dans des quartiers sensibles tels que Cité Soleil, Kenscoff, la plaine du Cul-de-Sac ou encore la région de l’Artibonite. Ces tensions ont déjà impacté la bonne organisation du processus de recensement et de vote, avec certaines zones restant inaccessibles en raison des actes de violence et d’insécurité.

Selon la délégation de l’OEA, renforcer les capacités du Bureau national d’identification (ONI) sera une étape essentielle pour garantir un processus électoral inclusif et crédible. « La sécurité demeure la pierre angulaire pour la tenue d’élections réussies », a souligné Ramdin.

Les responsables ont également abordé les opérations de sécurité avec les chefs de la Force de suppression des gangs, ainsi qu’ils ont fait le point sur les efforts pour renforcer la police nationale haïtienne (PNH) à travers le programme P4000, qui vise à former 4 000 policiers supplémentaires. Ramdin a insisté sur le fait que la stabilité durable du pays nécessitera un soutien international continu, le renforcement des institutions haïtiennes et une meilleure coordination entre les différents acteurs de la sécurité.

L’OEA a indiqué qu’elle reste prête à fournir une assistance technique tout au long du processus électoral et à observer le scrutin lorsque la situation le permettra.

« Ce processus doit avant tout être dirigé par Haïti », a affirmé Ramdin, précisant que l’organisation continuerait d’appuyer les autorités haïtiennes selon leurs priorités et leurs demandes spécifiques.

Haïti cherche à élargir ses financements internationaux

Lors de cette visite, Haïti a également signé deux accords avec la Banque de développement de l’Amérique latine et des Caraïbes (CAF), inscrits dans la démarche du pays pour devenir membre actionnaire de cette institution financière. Ces accords établissent le cadre juridique nécessaire pour permettre à la CAF de commencer à opérer dans le pays, ce qui pourrait ouvrir la voie à un accès à des financements pour des projets de développement à long terme.

« Il s’agit d’un résultat crucial, car il ouvre la porte à un financement international destiné à soutenir le développement durable d’Haïti », a précisé Ramdin.

Par ailleurs, la délégation a mené des discussions avec diverses institutions internationales axées sur l’éducation, la santé, la création d’emplois et le développement économique. Ces échanges avaient pour but d’établir des stratégies coordonnées pour répondre aux besoins pressants du pays dans ces domaines vitaux.

Enfin, la délégation a rencontré des représentants de nombreux pays et institutions : Japon, Canada, Argentine, Espagne, France, États-Unis, Union européenne, Suisse, Brésil, Chili, Bahamas, République dominicaine, Mexique et Vatican. La priorité de ces rencontres portait sur la sécurité, la tenue des élections, les besoins humanitaires, la relance économique et la coopération internationale.

Pour l’OEA, renforcer le système d’identification en Haïti et préparer la tenue d’élections libres et transparentes s’inscrit dans une démarche plus large visant à restaurer les institutions élues et à raviver la confiance dans le gouvernement. « Le moment est décisif pour Haïti », a conclu Ramdin. « Nous sommes ici pour soutenir la volonté du peuple haïtien et accompagner ses efforts vers la stabilité, la démocratie, et un avenir plus sûr et plus prospère. »

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.