Représentante Cherfilus‑McCormick appelle à l’unité haïtienne pour défendre le TPS au-delà de 2026

24 juillet 2025

Représentante Cherfilus‑McCormick appelle à l’unité haïtienne pour défendre le TPS au-delà de 2026

Un arrêt de justice fédérale offre une fenêtre cruciale pour la protection permanente des Haitiens bénéficiant du TPS

Le lundi, une décision judiciaire fédérale aux États-Unis a empêché l’administration Trump de réduire prématurément la durée du statut de protection temporaire (TPS) pour les Haïtiens. Cette victoire judiciaire, prononcée par la Cour de district de l’Est de New York le 15 juillet, permet de maintenir les avantages du TPS jusqu’au 3 février 2026. Elle annule ainsi une tentative, datée du 1er juillet, du secrétaire du Département de la Sécurité intérieure (DHS), Kristi Noem, qui souhaitait mettre fin au programme six mois plus tôt.

Un appel à l’unité des communautés haïtiennes-américaines

Députée de Floride et première femme haïtienne-américaine à siéger au Congrès, Sheila Cherfilus‑McCormick a salué cette décision comme une victoire obtenue par l’unité dans la lutte, bien plus que par la simple bonne volonté politique. Elle a tenu à souligner le rôle des défenseurs, des avocats, ainsi que des membres des communautés haïtiennes-américaines, qui se sont mobilisés à travers des recours juridiques et plus de 100 réunions publiques à travers tout le pays.

Elle a aussi averti que le renvoi des titulaires du TPS haïtien aurait des conséquences mondiales. La députée a plaidé pour une approche en deux volets : protéger immédiatement ces bénéficiaires aux États-Unis tout en soutenant des efforts pour stabiliser Haïti elle-même.

Les impacts économiques et concrets d’une législation pour la stabilité à long terme

Cherfilus‑McCormick a insisté sur le fait que la question dépasse largement le cadre administratif pour englober l’économie et la stabilité globale. Avec plus de 500 000 bénéficiaires du TPS en Amérique, dont beaucoup travaillent dans des secteurs essentiels tels que la santé, la construction ou l’hôtellerie, les répercussions économiques d’un renvoi seraient catastrophiques.

« Les personnes sous TPS occupent actuellement des emplois très sollicités », a-t-elle souligné, en particulier dans le sud de la Floride, où résident près de 290 000 de ces bénéficiaires. Elle a également évoqué la nécessité de faire responsabiliser les employeurs ayant pu licencier injustement ces travailleurs face aux menaces d’expulsion, tout en militant pour leur réintégration immédiate.

Elle a par ailleurs évoqué la possibilité d’envoyer des délégations bipartites à Haïti, afin que les responsables locaux puissent constater par eux-mêmes les conditions difficiles du pays. Elle précise que l’objectif est de réduire la stigmatisation et de rassembler un consensus pour une solution durable.

Cherfilus‑McCormick a souligné qu’il existe des obstacles politiques importants avant l’échéance de février 2026, notamment des dénégations infondées selon lesquelles Haïti ne respecterait plus les critères du TPS. « Ce sont totalement des mensonges », a-t-elle affirmé, en dénonçant la violence persistante de gangs, les alertes de l’ambassade des États-Unis déconseillant de voyager dans la région, les interdictions de vol et l’insécurité alimentaire.

« Comment toute l’administration peut-elle prétendre qu’Haïti est contrôlée par des organisations terroristes et affirmer ensuite qu’il est sûr pour les Haïtiens de retourner sur place ? », s’est-elle interrogée.

Un appel à une législation durable

Représentante active dans la promotion de protections permanentes, Sheila Cherfilus‑McCormick travaille avec ses collègues des deux bords politiques pour relancer des mesures telles que le « Dream and Promise Act » ainsi que d’autres lois spécifiques au TPS. Elle avertit que si les États-Unis poursuivent la déportation de ces bénéficiaires, d’autres pays pourraient commencer à recruter ces migrants, ce qui serait une perte pour le pays d’accueil.

« La majorité de ces personnes sont qualifiées, travailleuses et prêtes à apporter une contribution positive où qu’elles se trouvent », a-t-elle déclaré avec conviction.

Elle a également souligné qu’il pourrait s’agir d’une première étape pour collaborer plus étroitement avec Haïti, en partenariat avec la société civile et les autorités locales. L’objectif est de créer un environnement propice au retour des professionnels essentiels : médecins, infirmiers, enseignants, ingénieurs, etc., pour contribuer à la reconstruction du pays.

Afin de maximiser le potentiel économique de la diaspora, Cherfilus‑McCormick est co-initiatrice avec le député démocrate Jonathan J. Jackson d’un projet de loi baptisé African and Caribbean Diaspora Initiative Act (AIDA), présenté le 22 juillet dernier à Washington. Ce texte vise à réduire les coûts de transfert de fonds, encourager l’investissement et renforcer la politique étrangère américaine en la rattachant aux activités économiques de la diaspora.

« Des millions d’Américains d’origine africaine ou caribéenne envoient chaque année des milliards de dollars pour soutenir leur famille et leur communauté », a-t-elle précisé dans un communiqué. « Mais les frais de transfert élevés et l’absence d’outils d’investissement limitent leur impact. AIDA propose des mesures pour combler ces lacunes, en favorisant l’inclusion financière, les solutions fintech et les projets dirigés par la diaspora avec le soutien des États-Unis. »

Les experts et les défenseurs saluent unanimement cette initiative. Susan Edionwe, de l’ONG Nigerian Physicians Advocacy Group, qualifie le projet d’« étape cruciale » pour maximiser l’impact de chaque dollar transféré, tandis qu’Eric V. Guichard, fondateur de Homestrings, voit en AIDA « une révolution dans le financement du développement, dont l’heure est venue. »

Plusieurs associations, telles que la Haiti Renewal Alliance (HRA) et la Constituency for Africa (CFA), en appellent à la législation, applaudissant sa capacité à officialiser le rôle des communautés de la diaspora dans le développement durable de leur pays d’origine.

« Si cette loi est adoptée, cela représenterait une avancée majeure », indique Melvin Foote, président de la CFA, surtout à une époque où l’aide des États-Unis à la région est en baisse.

Message à la jeunesse et à la communauté haïtienne-américaine

Son message s’adressait aussi à la jeunesse et à la communauté haïtienne installée aux États-Unis. Face aux menaces pesant sur la citoyenneté automatique et à la montée de la xénophobie, Sheila Cherfilus‑McCormick a lancé un appel à l’engagement.

« Si vous ne luttez pas, rejoignez la lutte », a-t-elle exhorté. La décision judiciaire est une étape importante, mais elle ne sera durable que si elle s’accompagne de succès législatif et d’une mobilisation communautaire pour faire pression sur l’administration.

« Il ne s’agit pas seulement de défendre les Haïtiens, mais aussi de préserver notre économie, nos intérêts nationaux », a-t-elle poursuivi. « Nous contribuons. Nous comptons. En nous exprimant, nous gagnons. »

Les prochaines étapes

Au-delà des déclarations, la députée prévoit de:

  • Organiser des délégations bipartites au Congrès pour évaluer les plans futurs.
  • Exiger du DHS qu’il respecte pleinement cette décision judiciaire et évite de réémettre des décisions contraires.
  • Amplifier la voix des citoyens dans les médias, sur les réseaux sociaux, lors de réunions publiques et à travers la législation.
  • Engager un dialogue constructif avec l’administration en place pour parvenir à des solutions durables.

« C’est notre moment », a-t-elle conclu. « La justice est avec nous. Maintenant, chacun doit faire entendre sa voix pour protéger nos personnes — de façon permanente. »

Pendant ce temps, la crise humanitaire en Haïti empire encore davantage. Avec des milliers de populations déplacées de force, le pays connaît sa pire crise alimentaire, avec plus de 5,7 millions de personnes menacées par l’insécurité alimentaire, selon l’ONU. Entre octobre 2024 et juin 2025, près de 5 000 personnes ont été tuées, rapporte le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Ces chiffres, préoccupants, ne reflètent qu’une partie des victimes des violences de gangs, compte tenu de leur ampleur dans l’Ouest, l’Artibonite et le Plateau central.

Malgré les appels de la communauté internationale pour suspendre les expulsions, Washington et les nations des Caraïbes continuent de renvoyer des Haïtiens vers un pays en plein chaos, souvent dans des quartiers rasés ou des camps de fortune. La situation reste dramatique et souligne l’urgence de solutions durables pour cette île en crise.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.