Une célébration vibrante de la culture haïtienne au cœur de Montréal
Le samedi après-midi, dans le quartier du Plateau Mont-Royal à Montréal, les rues ont été envahies par les rythmes entraînants de la musique haïtienne. Des centaines de personnes ont dansé et chanté lors du défilé traditionnel organisé dans le cadre du festival Haït en folie, un événement annuel qui met à l’honneur la richesse de la culture haïtienne et caraïbéenne.
Une participation passionnée et un esprit de fierté
« Je ne pouvais pas manquer ça », explique Louis Lincoln, un habitué de l’événement vêtu d’un drapeau haïtien et d’un chapeau assorti. « C’est dans notre ADN, dans nos traditions. » Son enthousiasme reflète l’attachement profond que la communauté porte à cette manifestation qui célèbre l’identité haïtienne avec intensité.
Une édition marquante pour ses 20 ans
Ce festival, reconnu comme le plus grand rendez-vous pluridisciplinaire hors d’Haïti dédié à la culture haïtienne et caribéenne, a lancé sa 20e édition le 23 juillet dernier. Pendant cinq jours, l’événement propose un large éventail d’activités, dont un marché gastronomique où il est possible de déguster des plats traditionnels haïtiens, ainsi que des ateliers culturels axés sur les artisanats locaux et des performances musicales mettant à l’honneur des artistes aussi bien locaux qu’internationaux.
Ce samedi soir, Rebecca Jean, artiste canadienne d’origine haïtienne, ainsi que le groupe légendaire Boukman Eksperyans ont enflammé la scène. La grande scène accueillera également BélO, chanteur et guitariste reconnu, lors du spectacle de clôture prévu pour le dimanche.
« On ne peut pas simplement se recroqueviller, rester dans un coin à pleurer, parce que ce n’est pas ainsi qu’on fait perdurer notre culture. »
Fabienne Colas, fondatrice du festival
Une origine modeste et une croissance exceptionnelle
Fabienne Colas, l’organisatrice principale dont la fondation a créé ce festival, évoque cette année comme une étape importante pour un événement qui a débuté en 2007 comme une simple soirée. « Lorsque nous avons commencé, nous n’avions jamais imaginé que nous arriverions à célébrer notre 10e, 15e ou même notre 20e anniversaire », confie-t-elle. « Nous étions surtout concentrés sur chaque édition, pour la faire réussir une année à la fois. »
Depuis ses débuts, le festival a connu une croissance remarquable. Alors qu’il attirait quelques milliers de spectateurs en 2007, il rassemble désormais chaque année des dizaines de milliers de participants. Avec l’introduction d’activités en ligne, comme des projections de films virtuels, cette année, la portée du festival dépasse largement le cadre local, atteignant plus de 700 000 personnes à travers le monde selon Fabienne Colas.
« Le fait que, chaque année, nous voyons une affluence plus grande, que nos artistes reviennent avec confiance, et que nos partenaires restent fidèles, cela nous rend très fiers », affirme-t-elle.
Une année de célébration et de signification historique
Cette année, le festival est particulièrement chargé en célébrations : il marque ses 20 ans, coïncide avec le retour de Haïti à la Coupe du Monde de la FIFA après 52 ans d’absence, et célèbre également le 222e anniversaire de l’indépendance du pays.
Lors du défilé du samedi, une des attractions phares du festival, l’atmosphère était à la fête. Des dizaines de participants arboraient fièrement les maillots aux couleurs des Grenadiers tandis que d’autres agitaient des drapeaux dans la foule dynamique. Les danseurs guidaient la procession, accompagnés par des tambours et des maracas qui donnaient le rythme.
Pendant plus d’une heure, la troupe a déambulé dans le quartier sous un soleil d’été éclatant. Certains spectateurs, intrigués ou enthousiastes, sont sortis sur leurs balcons ou ont rejoint la fête dans la rue, créant un véritable moment de communion culturelle.
Une refléction sur l’importance de la culture face aux défis
Pour bon nombre de participants, cette fête est aussi un moyen de renouer avec leur communauté et leur héritage. Valentia Résolu, accompagnée de sa jeune fille, explique : « Je ne peux pas retourner dans mon pays en ce moment, donc c’est comme une façon de reconnecter avec ma communauté ici. Cela crée une sensation de famille. Je peux initier ma fille à la culture. »
Cependant, la persistance des problèmes en Haïti, notamment la violence des gangs, ainsi que les enjeux liés à l’immigration, occupent aussi une place dans les pensées des festivaliers. Kervens Beaugé, qui participe pour la quatrième fois à la parade annuelle, confie : « Nous avons tous des familles ou des amis proches aux États-Unis, donc on ne peut pas ne pas s’inquiéter. On ne peut pas faire comme si cela n’existait pas. »
Une mission de rassemblement et d’espoir
Selon Fabienne Colas, les préoccupations sociales sont une toile de fond qui revient chaque année au cœur du festival. « Chaque année, quelque chose de majeur se passe en Haïti ou dans la diaspora », explique-t-elle. « Mais notre mission n’est pas de se laisser submerger par ces défis, c’est plutôt de leur apporter du réconfort. »
Elle cite Dany Laferrière, écrivain haïtano-canadien, qui disait après le tremblement de terre dévastateur de 2010 : « Quand tout s’effondre, la culture reste. » Pour elle, cette phrase est devenue « un peu un credo » pour leur engagement.
« On ne peut pas simplement se recroqueviller, rester dans notre coin à pleurer, cela ne ferait pas vivre notre culture », poursuit-elle. « Il y a tant de belles choses qui se passent en même temps, il faut savoir leur faire une place. »
