Quatrième vol de rapatriement vers Haïti : plus de 400 personnes renvoyées depuis le début de l’année
PORT-AU-PRINCE — Les autorités américaines ont procédé à l’expulsion de 82 Haïtiens lors du quatrième vol de rapatriement depuis la fin du Programme de Protection Temporaire (TPS), selon des informations de l’Office National d’Immigration (ONM). Ce vol, effectué jeudi, porte le nombre total de personnes expulsées vers Haïti ces derniers mois à 401.
Selon l’ONM, cité par le Miami Herald, ce vol devait initialement transporter 71 migrants haïtiens, mais le nombre a augmenté de plus de 10 personnes supplémentaires peu après l’arrivée à l’aéroport international de Cap-Haïtien.
Ces vols de rapatriement s’inscrivent dans une controverse grandissante, alors que des défenseurs des droits de l’homme dénoncent ces retours forcés, qui ont déjà concerné plus de 200 000 personnes depuis le début de l’année, en provenance de divers pays vers Haïti.
Appel à la suspension des expulsion par l’ONU
Lors de l’Assemblée générale des Nations Unies, Volker Türk, Haut-Commissaire aux droits de l’homme, a lancé un appel à Washington pour suspendre ces expulsions forcées, compte tenu des situations dangereuses dans les pays de retour.
«J’exhorte les États-Unis à suspendre le retour de personnes vers des lieux où elles risqueraient de subir des préjudices irréparables, notamment Haïti, et à garantir le respect de la procédure pour toutes les expulsions vers des pays tiers.»
En s’adressant à l’assemblée, Türk a insisté : « Je demande aux États-Unis de cesser de ramener des personnes dans des endroits où leur vie pourrait être gravement menacée, comme Haïti, et d’assurer une procédure régulière pour chaque cas.»
Le quatrième vol intervient après les engagements de l’ICE
Au début du mois de juillet, les autorités américaines ont informé l’ambassade d’Haïti que elles prévoyaient d’envoyer deux vols de rapatriement par semaine, pouvant accueillir jusqu’à 250 personnes chacun. Cette décision a été prise après que la Cour Suprême a permis à l’administration Trump de mettre fin à un programme d’immigration long de 15 ans, qui bénéficiait à environ 350 000 Haïtiens.
Depuis cette annonce, des centaines de Haïtiens ont été expulsés de force après avoir été arrêtés par les agents de l’ICE, tandis que d’autres attendent leur tour. Beaucoup de ces personnes ont quitté le pays il y a plus d’une décennie, ou sont nées dans d’autres pays que Haïti et les États-Unis, sans jamais avoir mis un pied dans leur pays d’origine. Parmi ces cas se trouvent également des enfants mineurs de déportés.
Outre Haïti, des pays comme les Bahamas, la République Dominicaine, et d’autres participent également à ces opérations de rapatriement. Selon le Groupe de Soutien aux Repatriés et Réfugiés (GARR), entre janvier et septembre, plus de 200 000 personnes ont été expulsées vers Haïti et d’autres pays.
« C’est un chiffre considérable compte tenu de la situation humanitaire que nous traversons en Haïti », a déclaré Stenley Orbruth Doriscar, chargé de communication au GARR. »
Il a ajouté : « Face à cette situation, nous ne pouvons plus continuer à accueillir de nouvelles arrivées sur le territoire haïtien. »
Une arrivée en pleine explosion de violence
Ces rapatriements s’effectuent à un moment où la violence des gangs atteint des niveaux alarmants, notamment avec une fusillade de masse dans la commune de Kenscoff qui a coûté la vie à près de 50 personnes.
En seulement cinq jours, les attaques des gangs visant à étendre leur territoire ont été responsables d’au moins quatre enlèvements et d’une tentative d’enlèvement meurtrière. D’après les médias locaux et diverses sources, notamment des témoignages de témoins présents lors des événements, les observations des journalistes, ainsi que des déclarations de personnes encore retenues captives et de leurs familles, les gangs auraient kidnappé :
- Un directeur d’une agence gouvernementale, un avocat et deux policiers à Gros-Morne, le 6 septembre.
- Deux étudiants et leur chauffeur dans Delmas 75, le 9 septembre.
- Wesly Renaud Jean, journaliste de Radio Métropole, dans Delmas 31, le 7 septembre.
- Une personne non identifiée sur la Ruelle Vaillant à Port-au-Prince, le 10 septembre.
Selon les médias locaux, la tentative d’enlèvement du 10 septembre dans Delmas 31 a tourné au drame, un kidnappeur et un résident étant tués lors de l’incident. Toutes ces victimes restent aux mains de leurs ravisseurs, tout comme James Boyard, inspecteur général de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et conseiller du ministre de la Défense, qui est en captivité avec son enfant depuis juin dernier.
Ce contexte de violence extrême, combiné aux opérations de rapatriement, renforce le sentiment que la situation en Haïti demeure critique, tant sur le plan humanitaire que sécuritaire. Le déploiement régulier de ces vols de retour coïncide avec une crise en plein essor, où la souveraineté et la vie de la population locale sont de plus en plus menacées.