Missionnaire de l’Ohio avouant ses fautes pour avoir abusé de deux garçons en Haïti

11 septembre 2026

Missionnaire de l'Ohio avouant ses fautes pour avoir abusé de deux garçons en Haïti

Ancien missionnaire de l’Ohio avoue des abus sexuels sur deux garçons en Haïti

Un ancien missionnaire d’une organisation religieuse basée dans l’État de l’Ohio a reconnu jeudi sa culpabilité face à des accusations fédérales l’impliquant dans des sévices sexuels sur deux garçons en Haïti. Il a conclu un accord avec le procureur qui pourrait lui valoir une peine de prison d’au moins 25 ans.

Jeriah Mast, 45 ans, originaire de Millersburg, dans l’Ohio, qui en 2019 confiait à la police avoir molesté plus de 30 garçons en Haïti ainsi que quatre enfants dans son propre État, a plaidé coupable devant le juge Donald C. Nugent, siégeant dans une cour fédérale à Cleveland.

Selon l’accord de plaidoyer, Mast et le ministère public ont convenu qu’une peine appropriée se situerait entre 25 et 33 ans d’incarcération, la décision finale revenant toutefois au juge lors du procès de condamnation prévu pour le 15 décembre.

Entre 2002 et 2019, Mast s’était rendu en Haïti à plusieurs reprises dans le cadre de missions religieuses. Il travaillait notamment pour Christian Aid Ministries, une organisation basée à Millersburg. Celle-ci coordonne les activités missionnaires soutenues par des communautés religieuses Amish, Mennonites conservatrices et d’autres groupes protestants proches. Mast appartenait à une congrégation liée à un mouvement anabaptiste.

L’affaire de Mast a mis en lumière des problématiques plus vastes de violences sexuelles au sein des communautés anabaptistes, qui prônent des modes de vie sobres et traditionnels, tels que les Amish de l’Ancienne Église et les Mennonites. Certains défenseurs soulignent que, malgré l’emphase forte mise sur le pardon au sein de ces milieux, les victimes ont souvent été contraintes de faire profil bas, voire de se réconcilier avec leurs agresseurs, sans possibilité de porter plainte en dehors de leur communauté religieuse très close.

Mast a été arrêté en novembre dernier, peu après avoir bénéficié d’une libération conditionnelle anticipée pour une condamnation pour abus sexuel en justice de l’État de l’Ohio. En décembre, il a été formellement inculpé de quatre infractions fédérales d’attentats à la morale et d’engagement dans des activités sexuelles illicites à l’étranger.

L’acte d’inculpation précisait qu’il aurait abusé de quatre garçons en Haïti, un en 2004, un en 2007, et deux en 2011.

La reconnaissance de culpabilité de Mast concerne principalement deux affaires, celle de 2004 et une autre datant de 2011, impliquant chacune un mineur âgé de 12 à 16 ans. Le ministère public a accepté de demander l’abandon des deux autres chef d’inculpation, mais Mast a reconnu avoir admis les faits relatés dans l’accord de plaidoyer pour les deux autres cas.

Ces accusations s’appuyaient sur une loi américaine qui interdit à tout citoyen américain de participer à « toute conduite sexuelle illicite à l’étranger », selon les documents judiciaires.

Le avocat de Mast a déposé en mai une requête visant à faire annuler ces charges, arguant que cette loi dépassait la compétence constitutionnelle du Congrès concernant la régulation des citoyens à l’étranger. La cour a rejeté cette demande en août, mais l’accord de plaidoyer indique que Mast conserve le droit de faire appel de cette décision.

« Ce type de comportement prédateur, commis par une personne à qui avait été confiée une mission évangélique, constitue une trahison profonde de la confiance. La poursuite de cette procédure représente une étape essentielle vers la justice pour toutes les victimes blessées par Mast », a déclaré le procureur adjoint A. Tysen Duva dans un communiqué.

L’avocat de Mast n’a pas répondu à la messagerie laissée dans son cabinet mardi.

Il s’agit de la seconde fois que Mast plaide coupable dans le cadre d’une affaire d’abus sexuel. En 2019, il avait déjà été condamné à neuf ans de prison dans un tribunal du comté de Holmes, pour des faits de possession de comportements sexuels graves impliquant deux garçons dans l’Ohio.

Cependant, en octobre 2025, Mast a obtenu une libération anticipée et a été placé en probation.

Un juge à la retraite, Edward Emmett O’Farrell, du comté voisin de Tuscarawas, a autorisé cette libération, motivant sa décision par le « dossier exemplaire » de Mast en prison et, surtout, par sa « remontrance déclarée et démontrée pour ses crimes » ainsi que par la douleur émotionnelle et psychologique qu’il a causée à ses victimes et à leur famille.

Les autorités fédérales avaient auparavant mené une enquête sur Mast concernant ses activités en Haïti, mais celle-ci était restée en sommeil jusqu’à ce que le prisonnier soit libéré. Après avoir appris cette libération anticipée, les procureurs fédéraux ont accéléré leur procédure, selon les documents officiels.

Le comté de Holmes, berceau de Christian Aid Ministries, représente l’un des plus grands noyaux Amish des États-Unis, avec une population importante aussi de Mennonites et d’autres communautés religieuses apparentées.

En 2019, CAM a mis deux de ses responsables en congé suite à la révélation qu’ils savaient dès 2013 que Mast avait avoué ses abus sexuels, mais qu’ils avaient néanmoins maintenu son poste.

L’action de CAM en Haïti a été particulièrement médiatisée en 2021, lorsque 17 missionnaires et leurs enfants ont été enlevés par un gang. Laissés en liberté plus tard cette année-là, certains ont été échangés contre une rançon par une tierce partie, selon l’organisation. CAM a également indiqué que la majorité des autres otages avaient réussi à s’échapper.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.