Pour les titulaires du TPS haïtien, demander l’asile au Canada n’est pas la seule solution

7 septembre 2026

Pour les titulaires du TPS haïtien, demander l'asile au Canada n'est pas la seule solution

Pour de nombreux ressortissants haïtiens ayant construit leur vie aux États-Unis sous le statut de Protected Temporary Status, leur premier réflexe est généralement clair : rester aux États-Unis.

C’est tout à fait compréhensible.

Après tout, beaucoup ont passé des années à développer leur carrière, élever leurs enfants, créer des entreprises, s’intégrer dans des communautés et bâtir leur quotidien dans le pays de l’Oncle Sam. Pour eux, les États-Unis ne sont pas simplement un lieu de résidence : ils constituent un véritable foyer.

Mais vouloir rester dans le pays et avoir la possibilité légale de le faire sont deux choses différentes.

Et si votre capacité à rester aux États-Unis semblait incertaine, il y a maintenant une question cruciale à se poser :

Quel est votre Plan B ?

Pour certains ressortissants haïtiens, le Canada pourrait faire partie de la réponse.

Mais cela ne signifie pas nécessairement faire une demande d’asile.

La discussion autour du Canada se concentre principalement sur la question de l’asile

Ces derniers temps, le débat à propos des Haitiens et du Canada a surtout tourné autour de la possibilité de demander l’asile et d’éviter les complications de l’Accord sur les Pays Tiers Sécurisés.

Les ressortissants haïtiens peuvent-ils demander l’asile au Canada ? Est-ce qu’ils tenteront de traverser la frontière entre le Canada et les États-Unis ? Le Canada pourrait-il offrir une protection à ceux qui ne peuvent pas rentrer en toute sécurité en Haïti ?

Ce sont des questions importantes, mais elles ne sont pas les seules à considérer.

Le Canada dispose en effet d’un vaste système d’immigration distinct de son système de protection des réfugiés. En fonction de votre âge, votre niveau d’éducation, votre expérience professionnelle, votre maîtrise du français et de l’anglais, votre situation familiale et d’autres facteurs, il peut être possible de venir au Canada via un programme d’immigration régulier.

Pour certains, la véritable question pourrait alors être :

Plutôt que “Est-ce que je peux demander l’asile au Canada ?”, il faudrait se demander : “Suis-je éligible pour immigrer au Canada ?”

Ce sont deux démarches très différentes.

2026 n’est pas 2017 à la frontière entre le Canada et les États-Unis

Les ressortissants haïtiens qui envisagent le Canada doivent aussi comprendre que les règles concernant l’asile à la frontière canado-américaine ont énormément changé depuis la forte hausse des traversées irrégulières avant la crise du covid-19.

Selon l’Accord sur les Pays Tiers Sécurisés (Safe Third Country Agreement), les personnes arrivant au Canada en provenance des États-Unis par voie terrestre ne peuvent généralement pas déposer une demande d’asile en territoire canadien, sauf si elles remplissent certaines conditions d’exception ou d’exemption.

Depuis 2023, cet accord s’étend également à tout le territoire terrestre frontalier, y compris aux points d’entrée officiels.

Autrement dit, contourner la frontière par un autre passage que celui des points d’entrée officiels ne permet pas habituellement d’échapper à l’application de cet accord.

De plus, le Canada a mis en place d’autres restrictions pour l’éligibilité à l’asile depuis 2026.

Il existe des exceptions, et l’éligibilité en matière de réfugié dépend toujours de chaque situation individuelle. Quiconque envisage de déposer une demande d’asile doit donc obtenir un avis précis sur sa propre situation plutôt que de se fier aux expériences d’autres personnes, à des informations relayées sur les réseaux sociaux ou à ce qui aurait pu arriver à quelqu’un il y a plusieurs années.

Surtout, le gouvernement canadien lui-même rappelle que faire une demande d’asile ne constitue pas une voie rapide ou automatique pour immigrer au Canada.

Protection des réfugiés et immigration, deux systèmes distincts

Déposer une demande d’asile consiste pour le Canada à accorder une protection à une personne en raison du risque qu’elle encourrait si elle était renvoyée dans son pays d’origine.

Les programmes d’immigration économique, eux, posent des questions très différentes.

  • Votre âge
  • Votre niveau d’éducation
  • Votre expérience professionnelle
  • Votre métier
  • Votre maîtrise du français
  • Votre maîtrise de l’anglais
  • Si vous avez une offre d’emploi au Canada
  • Le lieu au Canada où vous souhaitez vous installer

Ce distinguo peut revêtir une importance particulière pour les ressortissants haïtiens.

Il est possible d’avoir des préoccupations légitimes concernant un éventuel retour en Haïti tout en possédant un profil professionnel, éducatif et linguistique qui pourrait ouvrir des portes vers une immigration régulière au Canada.

Ces deux démarches ne sont pas incompatibles.

Vous n’êtes pas obligé de vous considérer uniquement comme une personne cherchant la protection. Vous pouvez aussi être un travailleur qualifié, un locuteur de français, un étudiant, un professionnel ou quelqu’un qu’un employeur canadien souhaite embaucher.

Le français peut changer la donne

La maîtrise du français est l’un des atouts qui nous pousse à penser que certains ressortissants haïtiens devraient explorer sérieusement leurs options d’immigration au Canada, plutôt que de partir du principe qu’il n’y en aurait aucune.

Le Canada cherche activement à augmenter le nombre de Francophones à l’extérieur du Québec, et la langue française peut offrir des avantages considérables dans plusieurs programmes d’immigration.

Par exemple, la connaissance du français peut augmenter le score d’un candidat dans le cadre du système « Entrée express » et le rendre éligible à des convocations spécifiques pour les profils francophones.

De plus, d’autres possibilités existent, comme le permis de travail « Mobilité francophone », le programme pilote d’immigration dans les communautés francophones, ou encore certaines options pour les étudiants internationaux francophones.

Chaque programme requiert un niveau différent de maîtrise du français. Il n’est pas toujours nécessaire de parler un français parfait ou presque parfait pour bénéficier de cet avantage.

Vous n’avez pas besoin d’avoir un Plan B pour en avoir un

Si vous avez vécu aux États-Unis pendant plusieurs années, il est possible que le Canada ne soit pas votre premier choix.

C’est tout à fait normal.

Il n’est pas nécessaire de renoncer immédiatement à votre vie aux États-Unis pour commencer à explorer les options canadiennes. Et si vous avez une demande d’asile en suspens ou une autre voie possible pour régulariser votre statut, il est conseillé de continuer à consulter un avocat spécialisé en immigration américaine pour connaître toutes vos options.

Néanmoins, il existe une différence essentielle entre espérer pouvoir rester aux États-Unis et savoir précisément quoi faire si cela devient impossible.

Les démarches d’immigration prennent aussi du temps.

Des tests linguistiques, la vérification de diplômes étrangers, la collecte de documents et souvent la nécessité d’avoir une offre d’emploi d’un employeur canadien : autant d’étapes qui exigent de la patience. Les dossiers mettent du temps à être constitués et traités.

Attendre qu’une situation d’urgence se présente peut limiter vos choix à l’avenir. Mieux vaut donc découvrir dès maintenant quelles sont vos possibilités, même si vous n’en avez pas besoin immédiatement, que de rester dans l’incertitude.

Évaluer si le Canada pourrait réellement être une option

Il n’existe pas de programme unique au Canada destiné spécifiquement aux titulaires du TPS haïtien, et tous n’auront pas une possibilité réaliste d’y immigrer.

C’est précisément pour cela qu’une évaluation personnalisée est essentielle.

Chez Doherty Fultz Immigration, nos consultants agréés en immigration canadienne examinent votre parcours éducatif, votre expérience professionnelle, votre maîtrise linguistique, votre situation familiale et tous autres éléments pertinents pour déterminer si des options d’immigration canadienne sont envisageables pour vous.

Si ce n’est pas le cas, nous vous le dirons clairement.

Et si c’est possible, nous vous expliquerons en quoi cela consiste et quelles démarches seraient nécessaires pour y parvenir.

Vous n’êtes pas obligé de faire un choix immédiat concernant le Plan B. Mais il est judicieux de savoir si vous en disposez déjà.

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Le contenu publié ici, « Pour les titulaires de TPS haïtien, l’asile au Canada n’est pas la seule option », est initialement paru dans Kapzy News.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.