Confirmed: RAM et les groupes Lespri Ayiti/Team Madada en tête du défilé haïtien pour le Carnaval de New York
Le Carnaval de New York approche à grands pas, et cette année encore, la communauté haïtienne sera particulièrement représentée lors de cette grande traditionnellement appelé « parade de la Fête du Travail » dans le quartier de Brooklyn. Sur l’Eastern Parkway, RAM, associé à Lespri Ayiti/Team Madada avec le soutien du collectif Colmix, sera en tête d’affiche pour cette 59e édition, marquant ainsi une présence forte de la culture haïtienne. À leurs côtés, d’autres groupes bien connus comme RockFam/KG et Lamar Mas participeront également à cet événement emblématique, après que trois des principales bandes de la parade aient été suspendues suite à des violations des règles du festival, que ces dernières contestent vigoureusement en qualifiant ces accusations de « fausses » et de « mensonges ».
Une tradition annuelle qui attire plus d’un million de spectateurs
Chaque année, cette parade de deux kilomètres de long à Brooklyn rassemble plus d’un million de spectateurs. Elle traverse plusieurs quartiers de la ville et constitue l’un des plus grands rassemblements de la diaspora caraïbe, mettant en avant la musique, les costumes et les traditions venues des Antilles. L’événement est non seulement une vitrine culturelle mais aussi un moment de fierté collective, permettant à la communauté haïtienne de célébrer ses racines dans une ambiance festive mais aussi solennelle.
Une démarche symbolique et revendicative pour RAM en 2026
La participation de RAM à la parade du Labor Day 2026 ne se limite pas à une simple présence festive. Selon Jensen Desrosiers, l’un des organisateurs pour RAM, ce qui motive cette inclusion est une réaction forte à la participation d’Haïtiens lors du Carnaval de Boston cette année, tout en portant un message concernant la conduite en leadership, l’identité nationale et l’Histoire haïtienne. Il explique : « La participation de RAM est une réponse à la façon dont Haïtiens se sont mobilisés, et elle veut transmettre un message puissant. »
Un hommage à la spiritualité haïtienne et à l’histoire du peuple
Pour ce cortège, RAM et la communauté spirituelle porteront une tenue entièrement blanche, avec environ 200 participants qui accompagneront le char de leur groupe lors d’une procession marquante et solennelle. Desrosiers indique que cette mise en scène évoque la cérémonie du Bwa Kayiman, un moment historique fondateur de la révolution haïtienne, et insiste sur l’importance symbolique de cette démarche : « Il s’agit de recréer cette cérémonie, qui a été un acte crucial, en partie par la participation de la communauté spirituelle. »
Il précise également : « On a l’impression qu’ils essaient de nous réduire à nouveau en esclavage », soulignant ainsi le message revendicatif porté par ce défilé.
Une équipe Lespri Ayiti déterminée à représenter fièrement Haïti
Nathalie Lafontant, cofondatrice de Lespri Ayiti/Team Madada, exprime son enthousiasme à l’idée de revenir après avoir déjà montré la culture haïtienne l’an dernier, notamment avec des costumes conçus par Michel Chataigne. Selon elle, cette année sera une occasion de surpasser leur précédente performance : « C’est notre deuxième année et nous donnons tout. »
Malgré la sombre atmosphère qui plane autour de la communauté en raison des inquiétudes liées à la situation migratoire, notamment avec les résidents titulaires du TPS (Regroupement temporaire de statut de protection), Lafontant insiste sur la nécessité de célébrer : « Même si tout n’est pas rose avec les problématiques actuelles, nous voulons montrer la beauté de notre culture — notre musique, nos couleurs, notre pays, quoi qu’il en soit. »
Les costumes du groupe Lespri Ayiti à l’honneur lors du défilé
Les grands absents de cette année
Malheureusement, plusieurs groupes connus du public haïtien ne participeront pas cette année. Trois des principales bandes, T-Vice, Tony Mix et Sak Pase Nation, ont été suspendues pour une année par l’organisation, en raison de violations des règles de la manifestation, ce qu’elles contestent vigoureusement en qualifiant de « fausses accusations » et de « mensonges ». La direction de T-Vice indique qu’ils avaient déjà décidé de ne pas participer en raison des crises qui secouent Haïti et la communauté haïtienne aux États-Unis. Jessie Al-Kahl, leur manager, précise : « T-Vice n’a pas été refusé de permis. La décision de se retirer est volontaire, et non imposée. »
Cependant, selon des sources proches de l’organisation, la suspension de ces groupes a été communiquée avant même l’ouverture des inscriptions et la délivrance des permis. En règle générale, les permis sont attribués non pas directement aux bandes mais à des promoteurs qui s’associent avec elles pour jouer depuis des camions décorés lors du défilé.
Mickael Marabou, responsable de la liaison communautaire pour la WIADCA, explique : « Les bandes suspendues ont été informées de cette décision avant l’ouverture des inscriptions, et avant qu’elles puissent demander un permis. Il ne s’agit pas d’un refus après candidature, mais d’une suspension anticipée. »
Le débat autour de la participation d’Haïtiens cette année
L’annonce de ces suspensions a rapidement alimenté la controverse sur les réseaux sociaux quant à l’opportunité ou non pour la communauté haïtienne de soutenir l’événement. Certains estiment qu’il serait préférable de faire l’impasse, étant donné la recrudescence de détenus haïtiens par ICE (les autorités fédérales d’immigration), la détresse psychologique, la perte de revenus pour de nombreux titulaires de TPS. D’autres pensent que l’organisation doit s’améliorer pour éviter ce genre de situation à l’avenir, et que la participation doit continuer pour maintenir la fierté collective.
D’autres affectés par ces décisions évoquent leur tristesse face à la situation, notamment en raison d’événements récents comme la mort apparente par suicide de Pierre Damas Bel à Springfield, ou la persistance de la violence à Kenscoff, où des gangs continuent à semer la terreur.



Appel à la solidarité et à la participation
Lors d’un entretien, Mickael Marabou a encouragé tous les Haïtiens capables de participer à venir célébrer. Selon lui, une absence trop forte donnerait une fausse impression que la majorité des Haïtiens ne disposent pas de papiers en règle, ce qui n’est pas vrai. Le 4 septembre, lors d’une conférence de presse tenue à Brooklyn, le défenseur de la ville, Jumaane D. Williams, s’est joint au maire Zohran Kwame Mamdani et à d’autres élus pour rassurer la communauté sur la sécurité de l’événement. Williams a déclaré : « Je ne veux pas dire qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur. Mais je pense que, avec le maire, le commissaire de police et nos représentants, nous ferons tout pour assurer la sécurité de tous. C’est peut-être un moment de répit dans cette période difficile. »
Pour Marabou, cette année offre « une occasion parfaite pour les Haïtiens, qu’ils soient en règle ou non, de montrer leur solidarité et leur amour pour Haïti. Nous sommes nombreux à pouvoir venir, et cela montre que nous faisons partie intégrante de cette grande famille caraïbe. » La parade débutera à 11 heures, sur Eastern Parkway et Rochester Avenue.

