Jean Ernest Muscadin, procureur de Miragoâne, candidat à la présidence d’Haïti
Jean Ernest Muscadin, le procureur de Miragoâne, a officiellement déposé sa candidature à la présidence d’Haïti, représentant le parti Fòs Chanjman Nasyonal (FCN). Son entrée dans la course électorale, en pleine recrudescence de violences de gangs et dans un contexte électoral fragile, ne passe pas inaperçue. Muscadin, figure très polarisante du secteur sécuritaire, pourrait bien bouleverser le débat dans une campagne heavy jusqu’ici marquée par l’incertitude et la crise sécuritaire.
Âgé de 63 ans, Muscadin a confirmé ses intentions lors du mois de septembre, après avoir discuté avec le FCN — un parti neuf lancé l’année précédente par le sociologue et universitaire Auguste D’Meza — qui a accepté d’en faire la voix officielle de sa candidature. Le message de sa campagne est principalement centré sur la restauration de la sécurité, par la lutte contre les groupes armés illégaux et par le renforcement de la coordination entre la Police Nationale d’Haïti (PNH) et autres institutions de sécurité.
Cependant, le dépôt de sa candidature, effectué mardi, ne garantit pas encore son apparition sur le bulletin final. Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) précise que toute inscription reste préliminaire jusqu’à ce que l’organisme examine en détail les documents fournis et qu’il valide ou rejette les candidatures, selon un processus d’évaluation et de recours conforme à un décret électoral adopté le 2 juin dernier.
Selon le calendrier électoral, la période d’enregistrement des candidats se clôture le 10 octobre. La date prévue pour l’annonce officielle de la liste définitive des candidats retenus est fixée au 14 octobre, par le CEP.
Si cette institution valide sa candidature, certains estiment que Muscadin pourrait intensifier le débat sur les thèmes phares de la campagne : sécurité, justice et limites des pouvoirs nationaux et internationaux. Sa présence pourrait faire basculer la dynamique du scrutin présidentiel, qui compte déjà 11 candidats officiellement inscrits.
Une candidature qui pourrait bousculer le rapport de force
Génis Norélia, directeur général de Radio Express International, station basée à Jacksonville (Floride), pense que la candidature de Muscadin pourrait profondément modifier la course électorale, surtout dans le contexte sensible de la présidentielle haïtienne.
« La candidature de Muscadin pourrait être stoppée pour des raisons techniques, mais cela obligerait aussi ses concurrents à répondre à une question cruciale : comment restaurer la sécurité tout en respectant encore la justice, le droit et la transparence ? » explique-t-il. « Par ailleurs, son éventuelle validation soulèverait des doutes quant à la crédibilité des institutions électorales haïtiennes, notamment le CEP, qui devra déterminer s’il remplit toutes les conditions requises ».
Conformément à l’Article 153-16 du décret électoral, Muscadin aurait dû démissionner de ses fonctions publiques au moins deux mois avant la période d’inscription, qui s’étend du 20 août au 9 octobre. Or, à ce jour, il n’a pas officiellement pris cette décision, ce qui pourrait compromettre sa participation à la course présidentielle.
Une figure polarisante, connu pour sa police dure
Fort de son profil public et de sa popularité, Muscadin doit principalement sa renommée à sa réaction énergique face aux membres présumés de gangs dans la région des Nippes et dans le Sud en général.
Sa réputation s’est consolidée alors que les gangrènes se répandaient à travers le pays, poussant notamment les habitants à s’autodéfendre et à exiger une intervention plus ferme de la part des autorités. Ses supporters le présentent comme un officier déterminé à lutter contre les groupes armés, particulièrement dans un contexte où de nombreuses institutions peinent à assurer la sécurité des populations.
Ce soutien est très visible notamment à Miragoâne, petite ville côtière située à une soixantaine de kilomètres de Port-au-Prince, mais aussi dans tout le Grand Sud. En novembre 2025, des milliers de citoyens ont manifesté en sa faveur, après la publication d’un rapport des Nations Unies dénonçant ses méthodes. Des rapports du Département d’État américain attestent aussi que des habitants soutiennent ses tactiques et se mobilisent contre toute tentative d’évincer ce procureur controversé.
Pour autant, cette popularité forte coexiste avec des critiques régulières de la part d’associations de défense des droits humains.
Les accusations et le bilan controversé
Les Nations Unies ont rapporté, dans leur rapport couvrant le trimestre d’avril à juin 2025, 27 cas impliquant Muscadin. Elles indiquent aussi qu’il aurait été impliqué dans la mort d’au moins 83 personnes depuis 2022, qu’il accusait de faire partie des gangs ou d’avoir commis des délits mineurs ou ordinaires. Ces accusations alimentent la controverse autour de sa pratique policière et de sa réputation.
L’essence même de sa campagne est axée sur la restauration de la sécurité, une thématique prioritaire dans une situation où certains départements haïtiens continuent de sombrer dans le chaos.
Le message de sécurité au cœur de sa campagne

Ce message trouve un contexte particulièrement difficile, alors qu’Haïti continue de faire face à une instabilité généralisée, avec une sécurité en déclin dans de nombreux régions du pays.
Le gouvernement haïtien, appuyé par la Force de suppression des gangs (FSG) soutenue par l’ONU, tente d’intensifier ses opérations contre les groupes armés. En dehors de Port-au-Prince, plusieurs communautés subissent des attaques, des déplacements forcés, et des tentatives des gangs d’étendre leur territoire. La faiblesse persistante des institutions judiciaires complique l’établissement d’un ordre durable, rendant la question de l’après-crise plus pressante que jamais dans le débat politique national.
Avec sa candidature, Muscadin apporte une dimension beaucoup plus conflictuelle et directe autour des enjeux de sécurité, de justice et de souveraineté. La présidentielle haïtienne pourrait ainsi connaître un tournant, ou du moins, faire émerger des débats jusqu’ici peu abordés dans cette campagne bouleversée par la crise.