Gonaïves lance un programme pilote de gestion des déchets pour revitaliser la ville
Gonaïves, une ville emblématique du nord d’Haïti, a récemment mis en place un projet expérimental de gestion des déchets dans cinq quartiers, réunissant agents municipaux, commerçants locaux et habitants dans une démarche collective pour lutter contre le problème chronique d’encombrement par les déchets. Depuis la fin juin, ces agents de nettoyage et membres de comités de quartiers se mobilisent durant les week-ends pour collecter les ordures présentes dans les rues et les espaces publics, dans le cadre d’une initiative baptisée « Katye Pa m Pi Pwòp », ce qui signifie en créole haïtien « Mon quartier, plus propre ».
L’objectif de ce programme ne se limite pas seulement à un simple nettoyage, mais vise également à instaurer un système de collecte et d’élimination des déchets plus régulier et efficace. Par ailleurs, il ambitionne d’inciter les résidents à ne plus jeter leurs ordures dans les lieux publics, en instaurant une nouvelle discipline communautaire.
« Personne n’a le droit de jeter des déchets dans la rue », a déclaré Gina Jeanty, présidente de la commission municipale, lors du lancement officiel. « Les habitants doivent conserver leurs sacs jusqu’à l’intervention des équipes de la ville pour s’en débarrasser. »
Ce projet s’inscrit dans un contexte où la gestion des déchets constitue un véritable défi dans plusieurs communes haïtiennes, accentué par des systèmes d’élimination obsolètes ou défaillants, qui représentent aussi des risques majeurs pour la santé publique et l’environnement. En effet, dans des villes comme Port-au-Prince, Cap-Haïtien, Fort-Liberté, Ouanaminthe, Port-de-Paix ou Jérémie, des amas d’ordures s’accumulent régulièrement dans les rues, les canaux de drainage ou encore dans des espaces publics, contribuant à la pollution et à la propagation de maladies. Ces agissements ont mené à une série d’initiatives communautaires de nettoyage, de recyclage privé, ainsi que de projets de traitement des déchets et de construction de décharges modernes.
Par exemple, dans la région nord-est d’Haïti, des efforts ont été entrepris pour développer des sites de déchetteries modernes, destinés à desservir plusieurs localités telles que Fort-Liberté, Ouanaminthe et Ferrier. Cependant, ces démarches ont souvent été limitées par le manque de ressources municipales, une mauvaise gestion, ou encore des obstacles techniques et financiers.
À Gonaïves, face à ces défis, la municipalité mise sur une solution combinée : collecte régulière, intervention du secteur privé, et mobilisation communautaire pour instaurer un modèle qui pourrait perdurer et s’étendre. L’ambition est de faire de ce projet pilote une référence régionale et nationale, en le dupliquant dans d’autres quartiers de la ville, deuxièmement en importance en Haiti après Port-au-Prince.

Un projet pilote dans cinq quartiers au centre de toutes les attentions
Ce premier volet concerne cinq quartiers spécifiques : Biennac, Jubilé, Raboteau, Descahos et Gastro. La municipalité indique que si l’expérimentation s’avère concluante, le programme pourrait être étendu à d’autres secteurs de la ville, qui, malgré sa taille relative, représente la deuxième agglomération la plus peuplée d’Haïti et la capitale du département de l’Artibonite.
« Nous avançons pas à pas pour atteindre notre objectif : rendre toute la ville plus propre », a expliqué Jeanty.
Pour la mise en œuvre de cette opération, la ville a mobilisé différents équipements : camions de collecte, chargeuses-pelleteuses, brouettes, pelles, motos à trois roues et autres outils. Les responsables précisent qu’un véhicule de collecte circulera dans ces quartiers tous les deux ou trois jours, pour ramasser les déchets ménagers.
Les habitants ont aussi un rôle crucial à jouer. On leur demande d’utiliser des contenants spécifiques pour leurs ordures et de ne pas laisser de sacs ou de déchets dans la rue, en attendant le passage des équipes de nettoyage.
« Personne n’a le droit de jeter des déchets dans la rue. Les habitants doivent conserver leurs sacs jusqu’à ce que les équipes de la ville interviennent pour ramasser. »
Gina Jeanty, Présidente de la commission municipale de Gonaïves
Les représentants de quartiers ont salué cette initiative, tout en soulignant que pour qu’elle ait un impact durable, la régularité de la collecte sera essentielle.
« Nous soutenons pleinement cette campagne de propreté, qui constitue une initiative louable », témoigne le community organizer David Duplessy. « C’est une occasion pour Gonaïves de redécouvrir sa vraie identité et de relever ses défis. »
Par ailleurs, la municipalité travaille en partenariat avec Bioénergie Haïti, une société spécialisée dans la transformation des déchets en énergie. Grâce à cet accord, la ville se chargera de collecter les déchets, tandis que l’entreprise s’occupera de leur traitement et de leur valorisation, dans le but de créer une boucle vertueuse.
« Cet accord s’inscrit dans une dynamique plus large en Haïti, visant à aller au-delà du simple nettoyage des rues. L’objectif est d’instaurer des systèmes capables de traiter les déchets et, potentiellement, d’en faire des ressources utiles », a indiqué Marc Emmanuel Bertheau, maire par intérim de Gonaïves.
Les ressources limitées, un obstacle à la durabilité de l’initiative
La ville de Gonaïves, comme beaucoup d’autres en Haïti, subit la pression d’une croissance démographique rapide, aggravée par une gestion des déchets sous-dimensionnée. La réalité financière ne facilite pas la mise en œuvre d’un système efficace.
Bertheau regrette que la ville n’ait reçu aucun soutien financier officiel, que ce soit du gouvernement central ou de partenaires internationaux. En revanche, ce sont principalement des entreprises locales qui ont fourni des équipements tels que brouettes, pelles, fourches ou râteaux. La ville négocie également avec des société de location de motos à trois roues afin d’accroître ses capacités en matière de collecte.
« Notre ville ne bénéficie d’aucun financement central. Ce sont principalement les entreprises locales qui nous apportent du matériel », a-t-il déploré.

Il explique que cette initiative a été conçue pour améliorer l’image de la ville tout en s’attaquant aux ordures dispersées dans ses quartiers. « Nous avons organisé ce projet avec la collaboration des comités pour ramasser les détritus qui jonchent la ville », précise-t-il.
Le manque de moyens financiers limite cependant la portée réelle des opérations. Les comités de quartiers insistent sur le fait qu’un ramassage efficace doit suivre rapidement la collecte par les habitants, faute de quoi les piles d’ordures risquent de revenir à chaque fois à leur place d’origine.
Junior Leslie, un membre du comité du quartier Jubilé, explique que certains résidents se contentent de ramasser leurs déchets pour attendre que la municipalité vienne les retirer, laissant souvent des tas d’ordures aux intersections.
« Nous demandons que la mairie fournisse des camions pour débarrasser les déchets aux points stratégiques », indique-t-il. De même, Duplessy évoque la nécessité d’une collecte régulière, notamment aux entrées de la Route Nationale 1, pour éviter la recrudescence des encombrements.
« Chaque fois que la ville veut intervenir, la procédure est trop lente », déplore-t-il. « Il faut que l’administration prenne des mesures concrètes pour empêcher que les déchets soient à nouveau dispersés. »
« Nous soutenons pleinement cette campagne, qui représente un effort louable. C’est une nouvelle chance pour Gonaïves de retrouver son authenticité et sa dignité. »
David Duplessy, animateur associatif dans le quartier Descahos
Pour ces acteurs locaux, la réussite du programme dépendra à la fois de la volonté des habitants à participer activement et de la capacité de la municipalité à maintenir un calendrier de collecte fiable et régulier.
Jean Louis Etienne, chauffeur de moto-taxi stationné dans un carrefour du centre-ville, souligne que si la détermination semble là, les autorités centrales doivent fournir davantage de ressources pour soutenir ces efforts.
« Je pense que la volonté existe », affirme-t-il. « La municipalité doit obtenir les moyens et équipements nécessaires pour assurer un nettoyage quotidien de la ville, afin que ces initiatives deviennent un exemple pour d’autres villes en Haïti, y compris Gonaïves. »
Le projet de Gonaïves pour une gestion plus efficace et durable des déchets illustre les défis mais aussi l’espoir d’un changement concret face à l’éternelle problématique des déchets dans la ville. La mobilisation continue, et avec elle, l’aspiration à une ville plus propre, plus saine et plus digne.