Nouvelle attaque gangs à Kenscoff en Haïti : au moins 30 morts

24 août 2026

Nouvelle attaque gangs à Kenscoff en Haïti : au moins 30 morts

Le village de Kenscoff frappé par une nouvelle vague de violences : au moins 30 morts

PORT-AU-PRINCE — Selon le maire de Kenscoff, Massillon Jean, au moins trente personnes ont été tuées lors d’une attaque de gangs qui a visé la commune dimanche soir. Des membres de la coalition Viv Ansanm ont lancé une offensive contre plusieurs quartiers situés dans cette région montagneuse, à moins de 16 kilomètres au sud-est de Port-au-Prince, la capitale haïtienne.

Le carnage a débuté vers 22h30 ce dimanche et s’est poursuivi dans la nuit jusqu’au lundi, a indiqué le maire. Des hommes armés ont parcouru plusieurs zones, notamment le centre-ville, la rue Vilier près du bâtiment municipal, Viard 1, Madeleine, Fermathe 52 et Thomassin 48.

« La nuit dernière a été d’une terreur absolue pour la commune de Kenscoff », a déclaré Jean lundi sur.

Dans un premier temps, le maire avait précisé que les autorités municipales n’avaient pas encore établi un bilan officiel ni évalué l’étendue exacte des dégâts. Plusieurs résidents ayant fui cette violence ont rapporté avoir vu des dizaines de corps le long des routes.

Cependant, dès le lundi, Jean a confirmé à Reuters que le nombre de morts s’élevait maintenant à au moins 30. Il est probable que ce chiffre augmente à mesure que les autorités et les habitants auront accès aux zones touchées par cette attaque.

Les habitants ont également fait état de maisons incendiées, d’enlèvements et de personnes portées disparues. Les assaillants auraient visé une église où des familles déplacées cherchaient refuge, selon les résidents et responsables locaux.

Le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH) estime qu’entre 30 et 40 personnes ont trouvé la mort et entre 15 et 20 ont été blessées lors de cette attaque nocturne, tout en soulignant qu’il demeure difficile d’avoir une comptabilité exhaustive des victimes.

« La nuit dernière a été d’une terreur absolue pour la commune de Kenscoff »,

déclare Massillon Jean, le maire de Kenscoff.

Parmi les victimes de cette vague de violence, figure un médecin de renom, spécialisé dans la santé publique, dont les biens ont été pris pour cible, selon les médias locaux.

Ce nouvel épisode de violence s’inscrit dans un contexte de conflit prolongé à Kenscoff. La commune subit depuis janvier 2025 des incursions répétées du groupe Viv Ansanm, contraignant plusieurs habitants à fuir leur domicile alors que des groupes armés cherchent à renforcer leur présence dans la région.

Kenscoff en proie à des attaques régulières

Depuis l’année dernière, Kenscoff est soumis à une escalade significative de violences de la part de gangs. Les récents incidents, survenus en juillet, ont fait de nombreuses victimes, incendié des habitations et poussé des milliers de personnes à l’exil. Selon Jean, environ 105 personnes ont été tuées lors de ces attaques, parmi lesquelles cinq enfants âgés de 5 et 10 ans. À cette période, plusieurs enlèvements et destructions de maisons ont également été rapportés.

L’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM) estime que, du 4 au 9 juillet, ces violences ont contraint près de 5 840 personnes, provenant de 1 836 ménages, à quitter leur domicile. La majorité d’entre elles ont trouvé refuge auprès de familles d’accueil, d’autres dans des sites de displacement ou de relogement.

Tout comme cette nouvelle tragédie, les attaques de juillet ont visé plusieurs quartiers, notamment Téléco, Le Refuge, Viard, Robin, Mahotière, Dumisseau, Do Blanc, Bernard 1 et 2, Do Pak, Kabamòn et Dè Savann.

« La situation à Kenscoff est véritablement critique et difficile », souligne Jean. « Il est urgent de prendre des mesures décisives pour démanteler ces gangs et rétablir la paix dans la commune. »

Le bureau du Premier ministre haïtien a condamné lundi après-midi cette « attaque odieuse », annonçant que toutes les forces de sécurité étaient en alerte maximale et que des renforts étaient en cours de déploiement.

« Kenscoff ne sera pas abandonnée », a-t-il été précisé dans un communiqué. « L’autorité de l’État sera rétablie, sans faiblesse et sans délai, sur toute l’étendue de Kenscoff. »

Forces de sécurité en difficulté face à la violence des gangs et la transition politique en péril

Cet épisode met également en lumière la difficulté pour les autorités haïtiennes à maîtriser les groupes armés, malgré le renforcement des opérations de sécurité et le déploiement de la Force de suppression des gangs (FSG), soutenue par l’ONU.

La Police Nationale d’Haïti (PNH) et l’Armée haïtienne (FAd’H) ont mené des opérations dans plusieurs quartiers, pendant que la FSG a commencé à patrouiller et à renforcer sa présence dans la capitale. Selon un rapport de l’ONU daté de juillet, des unités spécialisées de la police auraient réussi à repousser certains gangs de leurs positions stratégiques à Delmas et Port-au-Prince, contribuant ainsi à une reprise partielle du contrôle de l’État. Toutefois, ces avancées restent fragiles, car de nombreuses zones importantes de la capitale et ses environs restent sous l’emprise des gangs.

La FSG a débuté ses activités opérationnelles en juin, effectuant sa première opération ciblée à Tabarre le 21 juin. Selon l’ONU, plus de 1 000 soldats avaient été déployés à la même période, en deçà de l’effectif total prévu de 5 500 hommes.

Kenscoff demeure un défi de taille pour les forces de sécurité. Plus tôt ce mois, des groupes armés ont attaqué la police à Viard 2, incendiant un véhicule blindé et blessant trois policiers, d’après les médias locaux. La police a été renforcée par des unités militaires et des brigades communautaires pour soutenir leur action.

Ces attaques répétées illustrent aussi la limite des progrès réalisés ailleurs. Un rapport de l’ONU de mai dernier indique que si certaines opérations de sécurisation ont permis de freiner l’expansion des gangs dans certaines zones du centre de Port-au-Prince, la violence continue à se propager au-delà, notamment dans les départements de l’Artibonite et du Centre.

L’attaque de Kenscoff intervient à l’approche des élections présidentielles et législatives prévues pour le 13 décembre, premières élections générales dans le pays depuis plus d’une décennie.

Le processus électoral est déjà en marche, avec notamment l’inscription des électeurs et les efforts d’identification. Cependant, la sécurité demeure un obstacle majeur. L’Organisation des États Américains (OEA) a récemment averti que les forces de sécurité haïtiennes ont besoin de personnel supplémentaire, d’équipements et de fonds pour créer des conditions propices au scrutin.

Selon un rapport de l’ONU, plus de 16 000 victimes ont été dénombrées en Haïti à janvier 2026, avec environ 1,5 million de personnes déplacées ou réfugiées. Les gangs contrôlent toujours une grande partie de Port-au-Prince et ont étendu leur territoire au-delà de la capitale.

Cette crise complique également la relance des services publics essentiels et la préparation au retour des populations déplacées, tout en compromettant le déroulement des élections nationales, prévues dans un contexte de crise persistante.

Les organisations de défense des droits humains réclament des mesures urgentes

La Vision Haïtienne des Droits de l’Homme (VHDH) a exprimé sa condamnation face à la dernière violence et a appelé à une meilleure coordination entre acteurs politiques et sociaux afin de protéger la population civile.

« La VHDH considère que les acteurs socio-politiques qui aspirent sincèrement à un meilleur avenir pour Haïti doivent s’unir pour permettre au gouvernement de restaurer la sécurité et de protéger la population » a indiqué cette organisation dans un communiqué publié lundi.

Elle a souligné que cette attaque survient alors que le gouvernement tente de démontrer à la communauté internationale que les forces de sécurité haïtiennes sont capables de rétablir l’ordre et de créer les conditions nécessaires pour le déroulement des élections.

Pour les habitants de Kenscoff, cependant, cette nouvelle tragédie rappelle que la sécurité n’est toujours pas garantie. La priorité immédiate étant de recenser les victimes, d’aider les familles impliquées et de rétablir la sécurité dans les zones affectées, plusieurs observateurs notent que la fragilité des communautés reste intacte, tant que les groupes armés ont la possibilité de revenir et de reprendre leur contrôle sur des territoires qu’ils ont déjà attaqués à plusieurs reprises.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.