Au moins 11 morts en Haïti, dans l’Artibonite, suite à une violence entre forces GSF et bandes armées

29 septembre 2026

Au moins 11 morts en Haïti, dans l'Artibonite, suite à une violence entre forces GSF et bandes armées

Une fusillade meurtrière dans l’Artibonite : au moins 14 morts, dont plusieurs civils

Le département de l’Artibonite, dans le centre-ouest d’Haïti, a été le théâtre d’une attaque sanglante lundi, laissant derrière elle un bilan sanglant d’au moins 14 victimes. Parmi elles, 11 civils ont été tués, ainsi que trois membres présumés du gang armé Kokorat San Ras, qui ont été abattus lors de l’affrontement dans la localité de Dosni, une zone située dans la troisième section communale de Gros-Morne. C’est le maire intérimaire, Hubert Cénéac, qui a confirmé ces événements lors d’une interview, exprimant une grande inquiétude face à l’intensification de la violence.

Parmi les victimes, quatre faisaient partie d’une même famille. Selon Cénéac, ces personnes circulaient à moto pour conduire une femme malade à l’hôpital quand elles ont été prises dans un feu croisé. La tragédie a également fait plusieurs maisons incendiées, alors que la violence se propageait dans la région. Ces événements dramatiques s’inscrivent dans une série d’incidents signalés dans cette zone, témoignant de l’ampleur du chaos qui règne dans cette partie d’Haïti.

Le maire explique que cette escalade de violence fait suite à une confrontation entre le gang Kokorat San Ras et une unité de la Force de Suppression des Gangs (FSG), déployée par des forces sri-lankaises dans le cadre d’une coopération internationale. Ces opérations dehors Port-au-Prince visent à soutenir les autorités haïtiennes dans leur lutte contre des groupes armés qui ont progressivement étendu leur contrôle territorial, s’insinuant dans la vie quotidienne des communautés rurales. La situation met en évidence la difficulté de protéger les civils dans un contexte où la présence de l’État est quasi inexistante dans plusieurs zones rurales, avec des groupes armés qui attaquent régulièrement, contrôlant routes stratégiques, forçant des évacuations massives, tout en échappant aux forces de police et aux contingents internationaux.

Un rapport publié en 2025 par le Réseau de Défense des Droits Humains (RNDDH) recense au moins 24 attaques ou massacres armés dans 8 communes de l’Artibonite, répartis dans 25 localités, entre janvier et septembre de la même année.

Une attaque qui intervient après une opération de la FSG, avec la crainte de nouvelles violences

Selon le maire Cénéac, la violence a commencé lorsque des membres du gang Kokorat San Ras ont ouvert le feu sur une patrouille de la Force de Suppression des Gangs, composée notamment de soldats sri-lankais. Ce dernier aurait été repéré dans la zone lors d’un contrôle routier, près d’un poste de péage dans la section communale. La confrontation qui s’en est suivie a coûté la vie à trois suspects du groupe armé, qui ont été abattus par la FSG. Après le retrait de la force nationale, des membres de Kokorat San Ras auraient mené une représaille contre la population civile, tuant plusieurs résidents et incendiant des maisons, dans une réaction violente.

Ni la FSG ni les organisations de défense des droits humains n’ont encore officiellement confirmé tous les détails fournis par le maire, notamment le nombre exact de civils tués. Toutefois, des médias locaux rapportent qu’au moins 11 civils ont été tués dans une opération de représailles menée par le gang dans la région de Gros-Morne, témoignant de la brutalité de ces affrontements.

Le lendemain de l’attaque, des familles tentaient tant bien que mal de récupérer les corps de leurs proches, dans un contexte marqué par la crainte de nouvelles violences. Hubert Cénéac indique que certains corps n’ont pas pu être transportés à la morgue, faute de sécurité, tandis qu’un officier de justice n’a pas pu accéder à certaines zones pour effectuer des évaluations officielles. La situation restait tendue en début de soirée, avec des témoins rapportant des rafales de tirs automatiques près du centre-ville de Gros-Morne.

Le maire a également mentionné que des membres du gang avaient proféré des menaces d’envahir la commune, alimentant la crainte d’un déploiement accru de violences. Il a ajouté que les responsables de la FSG étaient en discussion quant à l’installation d’une présence permanente de sécurité dans la région, sans pour autant donner de détails précis sur le calendrier ou le lieu. La priorité des résidents reste pour l’instant la sécurisation du territoire et la possibilité pour les forces de l’ordre de rétablir la sérénité et la liberté de circulation dans cette zone vulnérable.

Une menace persistante de Kokorat San Ras

Les violences du lundi s’inscrivent dans une série d’actes de violence attribués au groupe Kokorat San Ras dans la région de Gros-Morne. Plusieurs attaques dans cette localité et dans d’autres parties de l’Artibonite ont défrayé la chronique ces dernières années, montrant à quel point le groupe dispose d’une capacité de nuisance continue. En août dernier, ce même groupe, avec d’autres gangs du département, avait mené une vague d’attaques : résidence brûlées, enlèvements, pillages, morts et destructions de biens. Selon un rapport du RNDDH, au moins six personnes avaient été tuées et le propriétaire de la station Radio Union FM, Wedner Gédéon, a été enlevé. Il a été libéré ultérieurement après paiement d’une rançon par sa famille.

Les attaques répétées ont laissé les habitants entre les deux feux : d’un côté, les groupes armés qui continuent de semer la terreur, et de l’autre, un État démuni, souvent incapable de leur fournir une protection efficace en raison de l’insuffisance du personnel et des ressources. La situation est d’autant plus alarmante que Gros-Morne, une commune clé dans l’économie agricole haïtienne, voit ses routes et ses communautés être sous contrôle, ce qui perturbe la circulation, provoque l’extorsion et freine l’activité économique locale.

Le maire dénonce l’insuffisance de la protection étatique

Le maire Cénéac porte un regard critique sur la faiblesse des forces de sécurité dans sa région. Il déplore que la police locale ne soit pas en nombre suffisant pour faire face aux groupes armés, déjà surchargés par leurs missions routinières. Par ailleurs, il accuse également le ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales de ne pas avoir fourni de fonds à la municipalité depuis plus de deux ans, ce qui limite considérablement la capacité de la commune à appuyer la police nationale dans ses opérations contre ces groupes.

Selon lui, dans certaines sections communales, l’État est quasiment absent, laissant la place à des groupes de bandits qui contrôlent le territoire. Ces propos illustrent un problème plus vaste que traverse tout le pays : la faiblesse de l’État face à des groupes armés qui exploitent ces failles pour étendre leur emprise, particulièrement dans les zones rurales. La région de l’Artibonite, importante pour l’économie agricole nationale, subit ainsi une déstabilisation progressive, avec un impact lourd sur la vie des civils et le fonctionnement des institutions publiques. L’évaluation menée par l’ONU a confirmé une expansion du phénomène, avec des conséquences graves pour la sécurité et la stabilité locale.

Pour les habitants de Gros-Morne, cette série d’événements approfondit le sentiment d’insécurité et d’abandon. La crainte d’une nouvelle vague d’attaques hante encore plus leur quotidien, leur faisant espérer que les autorités du pays prendront enfin des mesures concrètes pour protéger la population et restaurer un minimum de sécurité. Hubert Cénéac conclut en demandant aux dirigeants nationaux de considérer avec sérieux la détresse des civils de Gros-Morne, qui vivent sous la menace constante des groupes armés.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.