Ce qu’il faut savoir alors que le procès de l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse reprend à Miami

29 septembre 2026

Ce qu'il faut savoir alors que le procès de l'assassinat du président haïtien Jovenel Moïse reprend à Miami

Cinq ans après l’assassinat du président haïtien Jovenel Moïse, de nombreux accusés en attente de procès à Miami

Depuis le 7 juillet 2021, voilà maintenant cinq ans, le président haïtien Jovenel Moïse a été assassiné dans des circonstances dramatiques, laissant le pays sans dirigeant officiel. Aujourd’hui, une dizaine de personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire attendent toujours de comparaître devant la justice à Miami, dans l’État de Floride. La traque judiciaire continue alors que la région demeure profondément troublée par une crise politique et sociale sans précédent.

Une nation sans président après une attaque sanglante

Depuis le raid meurtrier qui a coûté la vie à Jovenel Moïse et blessé sa femme, Martine Moïse, Haïti se retrouve dans une situation d’incertitude politique extrême. Le pays n’a plus de président en fonction, laissant un vide de pouvoir et créant un vide institutionnel qui complique la gestion quotidienne de la nation. Pendant ce temps, la justice américaine a engagé des poursuites contre plus de quarante personnes impliquées dans cette attaque qui a suscité une onde de choc internationale. À ce jour, une douzaine d’entre elles ont déjà été condamnées, dont cinq purgent des peines de prison à vie.

Le procès de Christian Emmanuel Sanon devant la justice américaine

Parmi les principaux accusés figure Christian Emmanuel Sanon, un pasteur floridien, citoyen américano-haïtien, considéré par les autorités comme un des instigateurs du complot visant à assassinier Moïse. Son procès doit débuter lundi prochain et est le prochain épisode judiciaire majeur dans cette affaire. Sanon est poursuivi pour huit chefs d’inculpation, notamment pour avoir conspiré à kidnapper ou tuer une personne en dehors du territoire américain. Il maintient sa version des faits en plaidant non coupable.

Les procureurs fédéraux américains assurent que la Floride du Sud a été un point névralgique dans la planification et le financement de l’opération pour évincer Moïse et le remplacer par une figure à la convenance des conspirateurs.

Le rôle de la Floride dans la planification du complot

Selon les documents de l’accusation, la tentative pour faire tomber Moïse aurait été organisée à partir de la Floride dès avril 2021. Lors de rencontres dans cette région, Sanon aurait rencontré un ancien sénateur haïtien ainsi que des hommes d’affaires américains. Le groupe aurait convenu qu’une fois au pouvoir, Sanon attribuerait des contrats à des entreprises basées en Floride, notamment la Counter Terrorist Unit Federal Academy et Counter Terrorist Unit Security, dans le cadre de projets d’infrastructures, de sécurisation et d’équipements militaires. Il apparaît que l’entourage de Sanon a recruté initialement une vingtaine de Colombiens dotés d’une formation militaire pour assurer la sécurité du pasteur.

Les conspirateurs ont également passé plusieurs mois à s’armer, à se procurer des équipements de protection et à tenter de nouer des liens avec des gangs haïtiens, afin de renforcer leurPlan.

Un changement de stratégie face à l’absence de légitimité

En juin 2021, les participants au complot ont compris que Sanon ne disposait pas des qualifications constitutionnelles ni du soutien populaire nécessaire pour prétendre à la présidence. Ils ont alors fini par soutenir Wendelle Coq Thélot, ancienne juge haïtienne de la Cour supérieure, qui est depuis portée disparue, toujours en fuite, depuis son décès supposé en janvier 2025.

Le récit de l’attaque par l’ancienne première dame

Martine Moïse, qui a survécu à l’attaque, a raconté les événements lors d’un témoignage en début d’année durant le procès de quatre hommes finalement condamnés pour leur rôle dans la conspiration contre son mari. Elle décrit s’être endormie vers 22 heures et avoir été réveillée quelques heures plus tard par des tirs. Selon ses mots, elle s’est tournée vers son mari pour lui demander ce qu’il se passait.

“Chéri, nous sommes morts,” aurait déclaré Jovenel Moïse, au moment où la fusillade faisait rage. Martine Moïse raconte avoir ensuite rampé pour vérifier si ses deux enfants adultes étaient en sécurité, avant de revenir dans la chambre conjugale où elle et son mari s’étaient réfugiés en se mettant à plat sur le sol, de chaque côté du lit, pour se protéger des tirs.

Les assaillants seraient alors entrés en tirant, avec des armes automatiques, touchant plusieurs fois Martine, qui a entendu des hommes parler en espagnol. Elle a également assisté à la mort de son époux, frappé à plusieurs reprises. Selon elle, les hommes ont quitté la maison après avoir massivement tiré, la laissant croire qu’elle retrouverait des nombreux agents de sécurité, nés pour la protéger, qui pourtant avaient mystérieusement disparu, payés pour quitter leur poste.

Un procès très attendu

Initialement, Sanon devait comparaître avec les autres accusés, mais son procès a été séparé et retardé pour des raisons de santé. La justice américaine affirme qu’il a contribué au financement du complot et organisé ses voyages en Haïti avec ses complices. Parmi les nouveaux accusés figure Joseph Badio, ancien employé du Ministère de la Justice haïtien, ainsi que dix-sept mercenaires colombiens récemment transférés des Caraïbes vers les États-Unis.

Ce procès marque une étape cruciale dans la quête de justice pour l’assassinat du président Moïse et constitue aussi une échappée judiciaire dans un contexte où Haïti reste miné par la violence des gangs et l’instabilité politique. La famille Moïse continue de réclamer que la lumière soit faite sur ces événements qui ont bouleversé le pays et le monde entier.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.