Une étape cruciale dans le processus électoral en Haïti
PORT-AU-PRINCE — La procédure électorale en Haïti entre dans une phase déterminante, avec actuellement sept candidats à la présidence enregistrés, et 628 755 électeurs inscrits sur la liste électorale, selon le Conseil Électoral Provisoire (CEP) à la date du 21 septembre.
Ces chiffres marquent une avancée significative vers la tenue des premières élections nationales en dix ans, a indiqué une déclaration du CEP. Cependant, de nombreux obstacles subsistent avant que les électeurs puissent réellement voter. La période d’enregistrement des candidats est ouverte jusqu’au 9 octobre, tandis que celle de l’inscription des électeurs, qui doit se clôturer le 13 octobre, connaît un ralentissement inquiétant. Les organisations politiques ont exprimé leurs préoccupations concernant le processus de dépôt des candidatures, et la violence des gangs continue de restreindre la mobilité et l’accès à certaines régions du pays où une large part de l’électorat est présente.
Malgré ces difficultés, le CEP affirme qu’il travaille d’arrache-pied pour respecter le calendrier électoral et organiser le premier tour des élections présidentielles et législatives prévu pour le 13 décembre. Les dernières données montrent que l’administration électorale progresse dans ses démarches, mais elles révèlent également l’ampleur du travail restant pour faire de cette échéance une réalité accessible à tous les électeurs à travers le pays.
« Le Conseil Électoral Provisoire continue à mettre en place le système électoral en vue des prochaines élections », a indiqué le CEP dans sa mise à jour du 21 septembre.
D’autres avancées ont été réalisées, notamment l’organisation d’un tirage au sort public pour l’attribution des numéros de campagne aux structures politiques accreditées, ainsi que le recrutement et la formation de 2 853 Agents du Registre Électoral (ADRE) et 4 643 Agents de Sécurité Électorale (ASE).
Seuls sept candidats à la présidentielle et 581 pour le Parlement
Jusqu’à lundi, le CEP a annoncé que sept candidatures à la présidence, 162 candidatures au Sénat et 419 pour la Chambre des Députés ont été enregistrées. La période d’enregistrement des candidatures et de soumission des documents, qui a débuté le 20 août, doit se poursuivre jusqu’au 9 octobre.
Les candidats inscrits proviennent de 30 organisations politiques accréditées, comprenant 18 partis politiques indépendants et 12 coalitions politiques. Ces organismes ont déposé des listes comptant au moins 30 000 membres ou sympathisants, un seuil nécessaire pour pouvoir soumettre une candidature.
Ce chiffre représente moins d’un tiers des 105 formations politiques reconnues par le CEP. Jusqu’à présent, le Conseil n’a pas publié publiquement l’identité des candidats ou une liste complète des structures ayant atteint cette étape.
Inscription des électeurs : un défi persistant malgré les préoccupations politiques
Selon le CEP, 628 755 électeurs ont été enregistrés dans sa déclaration du lundi, ce qui représente un peu plus de 10 % du potentiel électoral constitué par les citoyens haïtiens détenteurs d’une Carte d’Identification Nationale (CIN). Les régions du Sud-Est, de la Grand’Anse et des Nippes affichent les taux d’inscription les plus élevés, selon l’autorité électorale.
Ce nombre continue d’augmenter après la mise à jour du 21 septembre. Selon les statistiques en ligne du CEP, près de 653 000 électeurs étaient inscrits à la mi-journée du mercredi, avec le Sud-Est affichant un taux d’inscription supérieur à 16 % de ses électeurs potentiels, suivi par la Grand’Anse et les Nippes.
Ces chiffres restent préoccupants, notamment parce que l’inscription des électeurs a débuté il y a plus de deux mois, ce qui laisse peu de temps aux autorités électorales pour augmenter le nombre d’inscrits avant la date limite de décembre. La lenteur du rythme d’inscription est particulièrement alarmante dans les départements de l’Ouest, du Nord et de l’Artibonite — trois régions regroupant la majeure partie de l’électorat haïtien.
Le Bureau National d’Identification (ONI) avait indiqué à la fin du mois d’août avoir enregistré 6 583 753 personnes à l’échelle du pays, et avoir délivré 5 837 560 Cartes d’Identité, soit 88,67 % des citoyens enregistrés. L’institution a précisé poursuivre activement la livraison des cartes restantes, représentant 11,33 % des dossiers, tout en renforçant ses systèmes d’enregistrement et de distribution pour mieux servir la population.
Le CEP poursuit ses opérations d’inscription sur tout le territoire. À ce jour, 1 285 Centres d’Enregistrement et de Vote (CIV) sont en fonctionnement, dont 148 dans le département de l’Ouest — une zone particulièrement touchée par l’insécurité.
Néanmoins, ces avancées sont entachées par les préoccupations croissantes des partis politiques à propos du processus électoral. Plusieurs formations politiques remettent en question le calendrier fixé par le CEP, le trouvant irréaliste, et dénoncent des problèmes techniques lors de la soumission de leurs listes de 30 000 membres via la plateforme numérique de l’autorité électorale.
Certaines organisations accusent également des rivales politiques d’avoir piraté ou copié leurs données d’adhérents, ou d’avoir utilisé de faux numéros d’identification. Ces préoccupations viennent notamment de partis comme Engagés pour le Développement (EDE), l’Opposition Progressiste, la Coalition des Forces Républicaines (CFR), l’Unir et la Fusion des Socialistes Haïtiens.
Face à ces tensions, le gouvernement haïtien a rencontré les représentants politiques et les coalitions du 23 au 30 août pour discuter des problèmes et demander au CEP d’y apporter des solutions concrètes.
Le 3 septembre, l’ancien président du CEP, Jacques Desrosiers, assurait que ces discussions se poursuivaient, tout en affirmant que le processus électoral avançait.
Une insécurité persistante qui complique l’accès aux bureaux de vote
La sécurité demeure l’un des plus grands défis pour la tenue des élections à l’échelle nationale.
Le CEP a indiqué qu’une vingtaine de municipalités n’ont pas pu accueillir les déclarations de candidature à leur emplacement habituel en raison de la présence de gangs armés. Ces candidats doivent donc déposer leurs dossiers dans d’autres endroits afin de poursuivre leur démarche.
L’organisation a précisé que cette solution avait été adoptée « pour faire face à certaines contraintes et assurer la continuité du processus dans certaines communes ».
La violence des gangs limite également la mobilité entre différentes communautés ou départements, compliquant la réalisation des opérations d’inscription des électeurs et la préparation d’un scrutin qui suppose une participation nationale.
Malgré le déploiement d’une Force de Saisie de Gang soutenue par l’ONU — une mission succédant à l’échec de l’intervention menée par le Kenya —, la situation sécuritaire en Haïti ne s’améliore pas. Entre avril et juin 2026, l’ONU a recensé 1 408 morts et 656 blessés liés à la violence de gangs.
Ce fléau a également entraîné un exode massif, avec plus de 1,5 million de personnes ayant fui leur domicile, selon les rapports.
Par ailleurs, l’Organisation des États Américains (OEA) a souligné que la sécurité et le processus électoral constituent aujourd’hui les deux priorités les plus urgentes et interdépendantes du pays. Elle appelle à renforcer rapidement les efforts pour restaurer les institutions démocratiques à travers un processus électoral crédible.
« La situation de sécurité et les élections représentent les priorités les plus urgentes et liées pour le pays », a déclaré le secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, au début du mois. Il a invité les acteurs haïtiens et la communauté internationale à accélérer leurs démarches pour rétablir une démocratie saine à travers une élection crédible.
« Les acteurs haïtiens et la communauté internationale doivent intensifier leurs efforts afin de restaurer les institutions démocratiques, » a-t-il ajouté.