Premier ministre haïtien réagit face à l’arrivée de 2000 soldats salvadoriens et découverte du véhicule de technologie disparue

6 novembre 2026

Premier ministre haïtien réagit face à l'arrivée de 2000 soldats salvadoriens et découverte du véhicule de technologie disparue

La police haïtienne découvre un véhicule calciné lors d’une mission de sécurisation

La Police Nationale d’Haïti (PNH) a annoncé avoir retrouvé les restes brûlés d’un véhicule dans lequel voyageaient quatre techniciens en aviation originaires du Salvador, alors qu’ils étaient visés par une attaque dans un bastion contrôlé par des gangs. Selon les autorités haïtiennes, cette découverte a été faite dans la commune de Croix-des-Bouquets, à la périphérie de la capitale, dans le quartier de Santo, une zone à forte présence de groupes criminels violents. La police affirme que lors de cette opération, menée dans la matinée de lundi, ils n’ont rencontré aucune résistance face à eux.

Les images diffusées par la police montrent un véhicule entièrement carbonisé, symbole de la violence à laquelle fait face le pays. La force d’intervention haïtienne, épaulée par la mission de répression des gangs appuyée par l’ONU ainsi que des soldats salvadoriens, a participé à cette opération conjointe. La coopération entre ces différentes forces fait partie des efforts pour tenter d’endiguer l’emprise des gangs sur la territoire haïtien.

Il est cependant important de souligner que l’Organisation des Nations Unies a indiqué que ces soldats salvadoriens agissaient en dehors du cadre officiel de la force onusienne spécialement mandatée pour la lutte contre les gangs, insistant sur la nécessité pour eux de respecter le droit international. La présence des troupes salvadoriennes soulève donc plusieurs questions quant à leur rôle précis et leur cadre d’action, surtout en l’absence d’un protocole clair ou d’un accord officiel avec le gouvernement haïtien.

Le rôle ambigu des troupes salvadoriennes en Haïti

Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, a déclaré que la direction et la coordination des forces étrangères en Haïti relèvent entièrement du gouvernement local. Toutefois, le président salvadorien Nayib Bukele n’a pas confirmé officiellement le rôle précis de ses soldats dans le pays. Sur les réseaux sociaux, Bukele a publié un message évoquant le héros national haïtien Jean-Jacques Dessalines, affirmant que « ceux qui ont trahi le libérateur existent toujours en Haïti ». Il a écrit : « Certains sont membres de gangs, d’autres financent ou fournissent des armes, et certains font tout leur possible pour empêcher le peuple haïtien de gagner sa liberté. »

Ce message, publié peu après que Fils-Aimé a réaffirmé que Haïti reste maître de son destin face à la présence étrangère, témoigne des tensions et des incertitudes entourant le déploiement des troupes salvadoriennes. Lors d’une conférence de presse organisée par Fils-Aimé, celui-ci a souligné que ces forces avaient pour mission d’aider au rétablissement de la sécurité dans tout le pays, en insistant sur le fait qu’elles ne remplacent pas l’État, mais le soutiennent.

L’image de Fils-Aimé entouré de représentants militaires et policiers haïtiens, d’un colonel salvadorien et des responsables du groupe de lutte contre les gangs, semblait vouloir montrer une unité face aux préoccupations de certains quant à l’action unilatérale des soldats salvadoriens.

Le chef du gouvernement haïtien a également exprimé sa gratitude envers le président du Salvador, Nayib Bukele, qu’il a félicité pour sa détermination dans la lutte contre la violence et la criminalité dans son pays, évoquant ainsi une solidarité entre les deux nations.

Une mission en mutation et des questions sur la légitimité

Cependant, certains experts et acteurs impliqués dans la sécurité haïtienne restent sceptiques sur la nature exacte des opérations et la légitimité de la présence militaire salvadorienne. Selon Romain Le Cour, responsable de l’Observatoire en Haïti du Global Initiative Against Transnational Organized Crime, rien n’indique encore si une entente officielle existe entre le Salvador et le gouvernement haïtien en matière d’intervention. Il fait aussi savoir que le rôle exact des soldats salvadoriens, notamment leur durée d’engagement et leur commandement, demeure flou, ce qui soulève le risque d’un manque de transparence et de responsabilité en cas de dérapage.

Le Cour met en avant que cette situation pourrait ouvrir la voie à une dangereuse évolution, où des gouvernements seraient tentés de s’engager dans des missions bilatérales plutôt que dans des efforts multilatéraux encadrés. La multiplication des acteurs, notamment la police, l’armée, la force de lutte contre les gangs, et des sociétés de sécurité privées comme Vectus Global, crée un véritable chaos opérationnel sans coordination centrale.

Une Haïti qui accepte la présence étrangère malgré tout

Malgré ces incertitudes, Alix Didier Fils-Aimé insiste sur l’objectif prioritaire de son gouvernement : rétablir la sécurité dans tout le pays et organiser des élections libres et démocratiques. Il a déclaré que « nous sommes entrés dans une étape décisive » pour atteindre ces objectifs, tout en précisant que la présence des forces étrangères visait à soutenir le peuple haïtien dans la lutte contre la criminalité.

La question de la légitimité de leur présence reste toutefois en debate. En effet, tandis que le gouvernement haïtien revendique un contrôle et une direction claire des opérations, la communauté internationale, notamment l’ONU, insiste sur le respect des lois internationales et des droits humains dans toutes les actions menées.

Le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, n’a pas encore répondu officiellement à la lettre écrite par un chef de gang pour demander une médiation de l’ONU, mais la controverse reste vive autour de la crédibilité de ces interventions étrangères.

Une remontée des tensions avec une lettre d’un chef de gang à l’ONU

Ce contexte tendu s’est encore complexifié lorsque l’un des chefs de gangs les plus puissants d’Haïti, le leader du groupe 400 Mawozo, a révélé avoir écrit directement au secrétaire général de l’ONU pour demander une médiation. Il souhaitait que l’organisation envoie une délégation afin de dialoguer, face à la crainte que l’arrivée des soldats salvadoriens ne n’aggrave la violence et ne ravive la guerre de gangs.

Ce geste, considéré comme une tentative de manipulation ou de pression, semble aussi être un signal que la situation reste instable et que certains acteurs cherchent à profiter des défaillances du système pour gagner en reconnaissance.

Selon le spécialiste Romain Le Cour, cette démarche démontre la pression que subit actuellement Haïti, et pourrait aussi représenter une stratégie pour réduire son exposition internationale tout en attirant l’attention sur ses revendications.

La réponse officielle des Nations Unies à cette démarche reste floue, certains précisant que recevoir des messages de gangsters ne constitue pas une reconnaissance ou un soutien à leur cause. La question de savoir si António Guterres répondra à cette missive n’a pas encore trouvé de réponse claire.

En définitive, la situation en Haïti demeure très fragile, mêlant des enjeux de souveraineté, de légitimité et de lutte contre la criminalité dans un contexte où chaque mouvement international doit être soigneusement pesé pour éviter une escalade de la violence.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.