Groupe de défense des droits en Haïti : 164 victimes lors de deux attaques de gangs à Kenscoff

18 septembre 2026

Groupe de défense des droits en Haïti : 164 victimes lors de deux attaques de gangs à Kenscoff

Violences à Kenscoff : 164 morts lors de deux attaques de gangs en été

PORT-AU-PRINCE — Selon un rapport dévoilé le 16 septembre par le Réseau National de Défense des Droits Humains (RNDDH), au moins 164 personnes ont trouvé la mort, et 23 autres ont été blessées lors de deux attaques violentes menées par des gangs dans la commune de Kenscoff, en juillet et août derniers.

Ce document précise également que 71 personnes ont été enlevées durant ces événements, tandis que de nombreux foyers et véhicules ont été incendiés. Parmi les victimes figurent des femmes, des enfants, des personnes âgées, ainsi que des individus en situation de handicap physique ou sensoriel.

Une planification difficile à confirmer pour la première attaque

Le RNDDH indique que la première attaque, survenue début juillet, ne peut pas être clairement reliée à une organisation planifiée à l’avance sur la base des éléments recueillis par ses enquêteurs. En revanche, la seconde attaque, celle du 23-24 août, montre des signes d’une préparation minutieuse de la part des groupes armés affiliés à la coalition Viv Ansanm.

Dans son rapport, l’organisation souligne : « Des personnes de tous âges, y compris celles vivant avec des handicaps moteurs ou sensoriels, ont été tuées. » Elle ajoute que, après avoir tout perdu, des centaines de familles ont dû se réfugier auprès de proches ou dans des refuges pour déplacés internes.

La critique à l’égard des autorités haïtiennes est ferme. Le RNDDH dénonce en particulier l’échec du Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN) à assurer une protection suffisante aux habitants de Kenscoff, malgré les menaces répétées sur leur sécurité.

Une baisse de la présence policière avant les attaques planifiées

Selon le rapport, le RNDDH indique que les unités policières spécialisées déployées à Kenscoff ont été progressivement retirées durant l’année 2026, ce qui a entraîné une réduction d’environ 60 % du personnel chargé de surveiller l’accès dans la commune.

Les autorités avaient renforcé la sécurité en novembre 2025, suite à plusieurs incursions de gangs. Toutefois, l’organisation affirme que les membres de ces unités, notamment l’Unité Tactique Anti-Gang (UTAG), ont été retirés par la suite pour des raisons qui restent floues.

Ce retrait de personnel aurait laissé certains points stratégiques non surveillés, créant ainsi des brèches exploitées par les groupes armés. Le rapport mentionne aussi qu’un véhicule blindé stationné dans le secteur de Kafou Malè a été déplacé peu avant l’attaque d’août, faute de personnel suffisant, ce qui a affaibli davantage la sécurité autour de la zone.

Les autorités policières locales avaient alerté le gouvernement sur le risque potentiel d’une nouvelle attaque. Le 27 juillet, le poste de police de Kenscoff a sollicité deux véhicules blindés supplémentaires auprès de la Direction départementale de l’Ouest de la Police nationale, selon le RNDDH. Des demandes de soutien opérationnel ont également été formulées, mais aucune n’a été correctement prise en compte avant l’assaut d’août.

Une planification minutieuse derrière l’attaque d’août

Les enquêteurs du RNDDH ont trouvé plusieurs indices suggérant une préparation méticuleuse de l’attaque du 23-24 août. Selon leur rapport, les groupes armés ont utilisé des drones de surveillance et des éclaireurs pour suivre la police et repérer les itinéraires pouvant conduire à Kenscoff.

Il est rapporté que, cinq jours avant l’attaque, plusieurs membres de gangs ainsi que des complices locaux seraient entrés dans la zone montagneuse de Villier pour observer les routes, recueillir des renseignements et surveiller les mouvements des forces de l’ordre.

Les assaillants ont frappé plusieurs secteurs, provoquant la mort, l’enlèvement, la violence sexuelle ainsi que la destruction de domiciles et de véhicules. Le rapport mentionne également un cas de violence sexuelle, celui du viol d’une fillette de 12 ans.

Facilitant la fuite des victimes, ces violences ont forcé de nombreuses familles à quitter leur domicile afin de trouver refuge chez des proches ou dans des centres d’accueil pour déplacés internes. Le 28 août, des gangs revendiquant la responsabilité des violences ont libéré plusieurs otages, dont des enfants, grâce à l’intervention de Luckson “Frè Luckson” Jean, avec l’aide de l’UNICEF. Cependant, d’autres personnes enlevées restent toujours portées disparues, précise le RNDDH.

Les conclusions du RNDDH s’appuient sur leur propre enquête concernant ces attaques de juillet et d’août. Toutefois, l’organisation précise n’avoir pas pu établir de manière indépendante la planification de l’attaque d’août ni le comportement précis des forces de sécurité durant ces événements.

Kenscoff demeure sous la menace constante

Bien que ces attaques soient parmi les plus meurtrières, elles ne constituent pas les premières violences majeures perpétrées à Kenscoff par des gangs. Le RNDDH rappelle que les groupes armés liés à Viv Ansanm ont déjà lancé une offensive mortelle dans cette commune en janvier 2025, causant la mort ou la disparition d’au moins 139 personnes.

Depuis cette date, ces groupes se seraient efforcés d’étendre leur influence dans plusieurs quartiers, notamment Belot, Bongard, Bwa Majò, Chauffard, Godet et Kafou Bèt, tous situés à moins de 15 kilomètres de la capitale.

De plus, le rapport signale une autre attaque survenue dans les secteurs de Viard 1 et Viard 2 durant la nuit du 13 au 14 septembre, peu avant la publication du rapport. Ce nouvel incident montre bien que la menace persiste, selon le RNDDH.

“Ces épisodes de violence témoignent, s’il en était besoin, de la capacité toujours présente de la coalition criminelle Viv Ansanm à planifier et exécuter des offensives répétées contre la population civile,” conclut l’organisation.

Les défenseurs des droits humains interpellent le gouvernement pour qu’il prenne des mesures fortes en faveur de la protection des civils, non seulement à Kenscoff mais dans tout le pays, tout en menant des enquêtes approfondies sur les circonstances entourant ces attaques.

« Le RNDDH considère qu’il est urgent que l’État adopte toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité de la population haïtienne en général, et celle de Kenscoff en particulier, » conclut le rapport.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.