Inondations à Gonaïves après une dégradation tropicale : un bilan provisoire de pertes humaines et de dégâts matériels
Gonaïves, une déclenchée par une onde tropicale, a été la cible de fortes pluies durant la nuit de mardi à mercredi, provoquant des inondations et des glissements de terrain. Selon une évaluation préliminaire de l’agence haïtienne de protection civile, cet épisode climatique a causé la mort d’une personne, blessé deux autres et endommagé environ 1 500 habitations.
« Une femme résidant dans le quartier Praville a perdu la vie après avoir été emportée par les eaux », a indiqué Faustin Joseph, coordinateur technique départemental du Centre d’opérations d’urgence départemental de l’Artibonite pour la Protection civile, à La Haitian Times jeudi.
« Il s’agit d’une première évaluation, encore provisoire », a-t-il ajouté, confirmant que deux personnes ont été gravement blessées par des débris issus des inondations. « Nous poursuivons actuellement nos enquêtes pour déterminer l’ampleur totale des dégâts. »
Les zones les plus touchées dans la ville incluent Bienac, Gatreau, Ka-Soleil, Praville et Bois-d’Homme. Les eaux de crue et la boue ont envahi des maisons, tout comme les infrastructures publiques, notamment la prison civile de Gonaïves.
Ce nouvel épisode a encore une fois mis en lumière la vulnérabilité de Gonaïves, qui, en tant que principale ville du département de l’Artibonite et second centre urbain d’Haïti après Port-au-Prince, se trouve exposée aux risques liés à un système de drainage inadéquat, à des infrastructures dégradées et à une urbanisation en zones à haut risque, transformant des pluies saisonnières intenses en catastrophes mortelles. À l’échelle du pays, le manque d’infrastructures solides et la capacité limitée de gestion des catastrophes rendent les communautés particulièrement fragiles face aux tempêtes, inondations et glissements de terrain. La Banque mondiale a identifié comme prioritaire le renforcement des systèmes de drainage, des routes, des ponts et autres infrastructures afin d’accroître la résilience d’Haïti face aux phénomènes climatiques extrêmes.

Des glissements de terrain menacent les habitants de Bienac, considéré comme un secteur à risque
Dans le secteur de Bienac, situé à la périphérie nord de la ville, de fortes précipitations ont entraîné un glissement de terrain sur la montagne, provoquant le déferlement de roches, de sédiments et autres débris vers les quartiers en contrebas, aggravant ainsi les inondations.
Les résidents expliquent que cette menace persiste, notamment en raison d’un mauvais drainage et de constructions illicites dans des zones exposées aux glissements et à la chute de rochers.
« Le danger est toujours imminent. Les autorités n’ont pas encore pris de mesures pour aider les habitants de Bienac », a souligné Pierre Jean-Baptiste, coordinateur d’une organisation oeuvrant contre la pauvreté.
Findy Joseph, résident, déplore que les problèmes de drainage dans la zone montagneuse participent aux glissements de terrain récurrents.
« Ce problème survient à chaque pluie. Les rochers sont exposés et représentent un danger constant pour la vie des habitants de Bienac », explique-t-il.
Il critique également la construction anarchique dans la région, qui aurait renforcé les risques pour la population.
« Je suis résident de Bienac et ce n’est pas la première fois que des glissements de terrain se produisent », ajoute-t-il. « Il semble qu’il n’y ait aucune volonté claire de protéger la population. »
Il a appelé les autorités à agir rapidement en déclarant la zone la plus exposée comme une zone d’utilité publique afin d’éviter de nouvelles pertes humaines et des dégâts matériels supplémentaires.
Lors d’une visite dans la région en août, le ministre des travaux publics, des transports et des communications, Joseph Almathe Pierre Louis, a déclaré que certaines parties de Bienac ne sont plus sûres pour les habitants.
Selon lui, les rochers exposés et le sol instable constituent une menace continue, et le gouvernement central doit collaborer avec les autorités locales pour trouver une solution urgente.
Les résidents réclament désormais la réhabilitation des ravins, le curage des canaux et des drains, la reconstruction des infrastructures endommagées ainsi que l’aide aux familles affectées.
Ils insistent également pour que les autorités achèvent les travaux préventifs avant la prochaine grande pluie, en avertissant que sans améliorations dans le drainage et les infrastructures, les mêmes quartiers risquent de subir davantage d’inondations, de glissements de terrain, ainsi que des pertes humaines et matérielles accrues.
Les habitants réclament une action rapide face à la recrudescence des inondations dans d’autres quartiers
Les quartiers de Ka-Soleil, Bois-d’Homme et Praville ont également été sévèrement touchés.
Les habitants de ces secteurs imputent l’état de la canalisation périphérique de Bienac ainsi qu’un pont sur la Rue Égalité qui entrave l’écoulement des eaux dans un canal.
Jean-Baptiste indique qu’il interpelle depuis plusieurs années les autorités afin de réhabiliter les ravins et de mieux protéger les communautés exposées aux glissements.
« Il faut agir rapidement en réparant le ravin qui traverse Bienac, pour éviter le pire », insiste-t-il.
Ce cri d’alerte s’inscrit dans un problème plus large auquel fait face Haïti, à savoir l’aggravation des pluies saisonnières dans l’Atlantique. La faiblesse et la dégradation des infrastructures, notamment de drainage et de transport, risquent d’isoler ou de submerger des communautés lors d’importants épisodes pluvieux.
Onel Etienne, autre résident de Ka-Soleil, témoigne que malgré plusieurs opérations de nettoyage des canalisations orchestrées par la communauté, ces efforts restent insuffisants pour freiner la répétition des inondations.
« Nous avons organisé plusieurs nettoyages, mais rien ne semble changer. La situation persiste dans Ka-Soleil », déplore-t-il. « La reconstruction du pont sur la Rue Égalité doit devenir une priorité absolue. »
Il insiste sur le fait que seule une intervention des autorités pour reconstruire cette infrastructure pourrait soulager la population en souffrance.
Les autorités municipales promettent des mesures concrètes
Adens Pierre, directeur du bureau du maire de Gonaïves, a reconnu l’étendue des dégâts et indiqué que les autorités municipales étudient actuellement des mesures pour réduire les risques immédiats.
Il précède notamment des projets de curage des canaux et drains afin d’améliorer la circulation de l’eau dans les quartiers les plus frappés par la catastrophe.
« Nous planifions d’agir sur les principaux facteurs de risque pour la population », a-t-il déclaré. « Nous collaborons étroitement avec d’autres instances pour faciliter la reprise des activités dans les zones affectées. »
Les responsables de la Protection civile ont également souligné que l’urbanisation anarchique et la construction non réglementée dans les zones à haut risque augmentent la vulnérabilité des habitants.
Joseph a rappelé que l’agence avait déjà mené des campagnes de sensibilisation à Bienac pour décourager les résidents de rester dans des zones directement exposées aux glissements.
Il a aussi insisté sur la nécessité de coopérer avec les acteurs locaux et internationaux afin d’aider les familles sinistrées.
« Nous préparons une meilleure coordination pour soutenir la population touchée, avec respect et dignité humaine », a-t-il assuré. « Toutefois, l’ampleur des dégâts appelle à des mesures à plus long terme, plutôt qu’à des réponses d’urgence après chaque pluie forte. »
Le nombre croissant de catastrophes et la fréquence accrue des épisodes pluvieux en Haïti renforcent l’urgence d’interventions durables pour protéger les communautés face à ces risques toujours plus grands.


