Une équipe entièrement issue de la diaspora donne à Haïti une opportunité historique en 50 ans d’accéder à la Coupe du Monde, analyse

5 septembre 2025

Une équipe entièrement issue de la diaspora donne à Haïti une opportunité historique en 50 ans d’accéder à la Coupe du Monde, analyse

Haiti en quête d’histoire : une qualification historique pour la Coupe du Monde 2026

Lors du début de leur série de six rencontres vendredi, dans le cadre des qualifications de la Concacaf pour la Coupe du Monde 2026, l’équipe nationale haïtienne de football pourrait connaître sa première qualification directe pour la compétition mondiale depuis un demi-siècle. En effet, c’est la première fois en 50 ans que le pays a une chance d’assurer une place garantie, mais cette fois-ci, la dynamique est différente : l’équipe est composée majoritairement de joueurs expatriés ou nés à l’étranger de parents haïtiens. Cette configuration augmente nettement leurs chances de réussite, renforçant l’espoir d’une qualification historique.

Le tournoi qualificatif commence officiellement le 5 septembre, avec une rencontre opposant Haïti à l’Honduras dans le cadre du groupe C, à l’Ergilio Hato Stadium à Willemstad, à Curaçao. C’est l’un des nombreux lieux où Haïti tient désormais ses matches à domicile, en raison de l’insécurité persistante à Port-au-Prince, où la violence liée aux gangs rendait impossible la tenue des rencontres dans la capitale.

Malgré ces conditions difficiles, les supporters haïtiens, qu’ils soient chez eux ou à l’étranger, sont profondément fiers de cette étape franchie après un silence de cinquante ans. Ils attribuent cette avancée à la présence croissante de joueurs haïtiens formés à l’étranger, tels que le jeune et talentueux milieu de terrain Jean-Richner Bellegarde. Ce dernier, en particularité, incarne cette nouvelle génération de footballeurs qui, armés d’une discipline tactique et de qualités techniques, sont prêts à faire face aux puissants rivaux d’Amérique centrale.

Une remontée pleine d’espoir : un historique à conquérir

Les qualifications de cette année revêtent un sens tout particulier : la dernière participation directe d’Haïti à une Coupe du Monde remonte à 1974, lorsqu’elle avait battu Trinité-et-Tobago et le Mexique pour représenter la Confédération de la région Concacaf en Allemagne. Ce fut une aventure héroïque, d’autant plus remarquable que seuls un ou deux représentants de la zone avaient alors la chance de se qualifier, alors qu’aujourd’hui, plusieurs pays concurrencent leurs chances lors d’une campagne plus structurée.

Ce long silence sur la scène mondiale contraste fortement avec la récente dynamique haïtienne. La sélection féminine, par exemple, a marqué les esprits lors de la Coupe du Monde 2023, en déployant un jeu impressionnant face à des adversaires de renom, et elle se prépare également à se qualifier pour la Coupe du Monde 2027 et les Jeux Olympiques de 2028. Quant aux jeunes, l’équipe U-17 a déjà réussi à décrocher son ticket pour le Mondial qui se déroulera cette année au Qatar.

Et c’est à leur tour, aujourd’hui, aux hommes de Hait d’écrire une nouvelle page de leur histoire. Jean-Richner Bellegarde, le héros récemment recruté par Wolverhampton Wanderers en Angleterre, exprime sa fierté : « Je suis très honoré de rejoindre l’équipe nationale. Mon objectif est de faire la différence et j’espère que cela se passera bien », confie-t-il devant la presse après son arrivée en Curaçao.

Une équipe composée de talents issus de la diaspora

Depuis 2021, la sélection haïtienne s’est étoffée avec des joueurs issus de la diaspora, notamment ceux évoluant dans des ligues professionnelles à travers le monde, comme en Amérique du Nord, en Europe ou en Asie. La situation politique instable en Haïti a en effet poussé le pays à s’appuyer sur les talents qui évoluent à l’étranger, pour pallier le manque de structures sportives solides sur place.

Ces choix, dictés par la nécessité, portent aujourd’hui leurs fruits : l’effectif actuel combine des joueurs issus de diverses compétitions étrangères, avec une forte présence de talents formés dans des académies françaises ou ayant porté le maillot des jeunes équipes de France, avant de choisir la sélection haïtienne.

Parmi eux, Bellegarde occupe une place centrale, avec sa polyvalence en milieu de terrain : il peut jouer aussi bien au poste de relayeur, qu’en défense ou en meneur de jeu. Ses performances en Premier League, où il a inscrit deux buts et délivré sept passes décisives la saison passée, lui ont permis d’obtenir sa première convocation pour ces qualifications.

Mais il ne s’agit pas seulement de Bellegarde : la liste des joueurs à suivre durant cette campagne est longue, comprenant notamment :

  • Fafà Picault, ailier au rythme effréné, désormais au sein d’Inter Miami, un atout pour la vitesse et la créativité dans l’attaque haïtienne.
  • Danley Jean-Jacques, milieu de terrain énergique, formé chez FC Metz en Ligue 2 avant de rejoindre la Major League Soccer avec Philadelphie, pour renforcer le cœur du jeu.
  • Louicius Don Deedson, en provenance de FC Dallas, en attaquant, il combine vitesse et mobilité pour déstabiliser les défenses adverses, en tandem avec les vétérans Duckens Nazon, déjà confirmé dans le championnat iranien.
  • Frantzdy Pierrot, en provenance de l’AEK Athènes, qui offre mobilité et puissance sur le front de l’attaque, tout en étant efficace dans la zone de finition.
  • Johnny Placide, gardien de but expérimenté, désormais en Ligue 2 avec Bastia, un leader rassurant dans le but.
  • Ricardo Adé, défenseur central jouant pour LDU Quito en Equateur, garantissant solidité et stabilité dans la ligne arrière.

Les choix sont nombreux, mais tous portés par la volonté commune de voir Hait réaliser l’impossible cette année, en dépassant des équipes plus structurées et en jouant leur chance à fond.

Une dynamique positive à l’échelle du football haïtien

Ce parcours en qualifications intervient dans un contexte de réelle effervescence dans le football haïtien. La sélection U-17 s’est déjà assurée de sa qualification pour le Mondial au Qatar, ce qui donne le ton pour l’ensemble du mouvement. La sélection féminine, soulevant déjà des prouesses remarquables, se prépare également à défendre ses chances pour les éditions 2027 et 2028, prouvant que le football dans le pays retrouve de la vitalité.

Les « Grenadières », notre équipe féminine, ont notamment créé l’événement lors de leur premier match à la Coupe du Monde 2023 en battant une nation majeure, l’Angleterre, et en se qualifiant pour la suite de la compétition. Avec des joueuses de classe mondiale comme Melchie Dumornay, elles ont permis à Haïti de faire partie, pour la première fois dans l’histoire, des pays représentés dans six des sept nominées en phase finale.

Pour la Coupe du Monde 2026, la sélection féminine apparaît comme la favorite dans son groupe lors des qualifications de la zone Concacaf, avec la République Dominicaine, le Suriname, Belize et Anguilla. L’espoir est de pouvoir décrocher une place pour la grande messe au Brésil et, simultanément, pour les Jeux Olympiques de Los Angeles en 2028.

Ces réussites multiples incarnent également le renouveau du football haïtien, largement porté par la diaspora, par les académies à l’étranger et par un travail de formation qui porte ses fruits.

Les défis à relever malgré la confiance

Cependant, l’équipe masculine devra surmonter plusieurs obstacles bien concrets. La compétition est rude : Costa Rica et Honduras disposent d’infrastructures plus solides et de groupes beaucoup plus étoffés. Néanmoins, pour de nombreux observateurs et fervents supporters, l’espoir reste vif. Voir un pays marqué par une instabilité structurelle et politique parvenir à se qualifier pour le Mondial serait plus qu’un exploit sportif : ce serait un message puissant d’espoir et de renaissance pour tout un peuple.

Classement de la région Concacaf en préparation de la qualification

Parmi les 41 nations de la zone Concacaf, voici leur position dans le classement régional :

  • Costa Rica figure parmi l’élite, classé 5e avec environ 1 493 points.
  • Honduras suit de près, en 6e position, avec 1 380 points, jouant régulièrement sa qualification.
  • Haïti occupe la 10e place, avec 1 261 points, dépassant notamment la Guatemala et Trinité-et-Tobago.
  • Nicaragua, outsider du groupe, pointe en 13e position avec environ 1 120 points.

Après leur premier match face à l’Honduras, prévu le 5 septembre, les Haïtiennes auront un autre défi à relever : jouer à San José, face au pays hôte, le Costa Rica, le 10 septembre à 22h, dans un match crucial pour leur avenir dans ces qualifications.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.