Un policier haïtien décède en raison des retards dans l’évacuation suite à un affrontement entre gangs

19 novembre 2025

Un policier haïtien décède en raison des retards dans l’évacuation suite à un affrontement entre gangs

Un officier de la Police Nationale d’Haïti décède après une intervention dans l’Arcahaie

Un agent de la Police Nationale d’Haïti, Josué Saintina, a perdu la vie ce lundi suite à une blessure par balle à la tête lors d’un affrontement avec des groupes armés à Labodrie, dans la région de l’Arcahaie. Ses collègues déplorent cette mort qu’ils considèrent comme évitable si une évacuation aérienne vers un hôpital de Port-au-Prince avait été organisée rapidement.

Une déclaration controversée sur les circonstances du décès

Dans un communiqué publié mardi, les responsables de la PNH ont indiqué que Saintina était tombé dans le coma peu après avoir été blessé. Selon eux, son état était jugé « trop instable » pour une évacuation par hélicoptère de police, malgré des appels d’urgence répétés de la part des agents présents sur les lieux. Plutôt que de tenter une evacuation par voie aérienne, l’officier a été transféré dans un établissement hospitalier local, où l’équipe médicale n’a pas réussi à le stabiliser avant qu’il ne décède.

La contestation de la police unie

Cependant, la Fédération des policiers haïtiens — le syndicat de la police nationale — remet en cause cette version des faits, affirmant qu’un transport rapide vers la capitale, située à seulement 30 kilomètres, aurait pu lui sauver la vie.

« La police n’a pas été à la hauteur », a déclaré Mathieux Sidel, porte-parole du SYNAPOHA. Il explique que la survie de l’officier dépendait largement de l’intervention rapide du responsable sur place, et de leur capacité à agir vite pour éviter la perte de leur collègue.

La Police a promis de poursuivre sans relâche ceux qui sont responsables de cette attaque, soulignant que le décès de Saintina devait servir d’avertissement face à l’intensification des violences de la part des groupes armés qui écument le pays.

Une hiérarchie qui détermine la survie des policiers

Le syndicat dénonce également la lenteur des autorités à réagir et leur soutien incohérent envers les agents blessés — un problème récurrent dans une force policière éprouvée par plusieurs années d’attaques de gangs, un équipement souvent défaillant et des infrastructures fragiles.

Selon eux, le décès de Saintina illustre parfaitement comment des protocoles d’urgence inconsistants et un transport aérien peu fiable continuent de coûter des vies humaines.

Une tragédie récurrente dans un système sécuritaire en déliquescence

Ce drame ne constitue malheureusement pas un cas isolé. En septembre 2024, l’officier de la SWAT, Dorce Scudéry, avait été tué par balle alors qu’il nécessitait une évacuation par hélicoptère requestée à l’hôpital de Fond-des-Blancs, qui n’est jamais survenue.

La détérioration de la sécurité en Haïti a laissé de nombreuses routes sous le contrôle des gangs et rendu les transports aériens peu fiables. Plusieurs hélicoptères de la police ont été immobilisés ou détruits — notamment celui brûlé récemment à Croix-des-Bouquets par des policiers eux-mêmes pour éviter qu’il tombe entre les mains des criminels — compliquant ainsi toute évacuation critique.

Ce mois de novembre a déjà été meurtrier pour la police haïtienne, avec cinq agents tués.

Parmi eux, Richard Jean Louis est tombé le 18 novembre, à Turgeau, ainsi que Josué Saintina, dont le décès porte à cinq le nombre total de policiers tués ce mois-ci. Les autres victimes incluent Angelot Jeanty, abattu à Delmas 33, un autre policier dont l’identité reste inconnue ayant été également tué ce même jour, ainsi que Wadley Jeune, décédé après une fusillade à Lascahobas le 14 novembre.

Parmi ces pertes, trois policiers ont été tués lors d’affrontements directs avec des gangs, tandis que deux ont été assassinés par des assaillants inconnus.

Une offensive renforcée de la police face à la montée de la violence

La montée en puissance de la Police Nationale d’Haïti s’inscrit dans un contexte où elle adopte désormais une posture plus offensive, après plusieurs semaines d’attaques coordonnées par des gangs à Port-au-Prince et dans plusieurs villes de province. Depuis le 5 novembre, la police a lancé des opérations contre diverses formations criminelles, telles que :

  • Les gangs 400 Mawozo et Chen Mechan à Croix-des-Bouquets et Tabarre
  • Le gang Jouma à Simon Pelé
  • Les groupes affiliés à Canaan à Mirebalais
  • Les réseaux criminels au centre-ville, près du Palais National

Ces opérations ont permis d’engager de nombreux affrontements, causant des pertes chez les gangs, ainsi que la saisie d’armes et d’équipements lourds.

Le 16 novembre, le chef du gang Jimmy « Barbecue » Chérizier a lancé unMessage aux habitants, leur demandant de rester à l’écart des rues et les prévenant de possibles confrontations avec la police. Son avertissement a provoqué une fermeture générale de la capitale durant trois jours, avec la fermeture des écoles, des banques, des commerces, et une circulation très limitée dans la ville.

« Des unités d’élite de la PNH ont été déployées, des repaires de criminels détruits, et des individus dangereux neutralisés », a affirmé la police mardi.

Le Directeur Général de la police, Vladimir Paraison, a aussi insisté : le confinement est levé, et tous les agents sont mobilisés.

« La police que je dirige ne reste plus en mode défensif », a-t-il déclaré. « Nous ne devons pas attendre que cela se passe, c’est eux qui doivent nous attendre. »

Alors que les forces de sécurité haïtiennes avancent dans des territoires contrôlés par des gangs, avec des ressources limitées et un soutien d’urgence toujours aussi faible, la mort de Saintina met en lumière les risques énormes que courent ces policiers. Elle témoigne également du prix humain d’un État incapable de répondre efficacement à une crise armée qui secoue tout le pays.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.