Reprise des services de maternité à Port-au-Prince après une suspension prolongée
PORT-AU-PRINCE — Médecins Sans Frontières (MSF) a repris ses activités de maternité à l’Hôpital Isaïe Jeanty, situé à Cité Soleil, après avoir interrompu ses opérations pendant près de trois semaines. Cette pause était due à la violence des gangs, qui mettait en danger aussi bien les patients que le personnel soignant.
Dans un communiqué daté du 29 juillet, l’organisation humanitaire a annoncé que l’hôpital fonctionne désormais de manière ininterrompue depuis le 14 juillet, assurant de nouveau l’accès aux soins obstétriques et de santé reproductive dans l’un des quartiers les plus touchés par la violence en Haïti.
Les raisons d’une décision difficile
« Ce n’était vraiment pas une décision facile à prendre, car nous savons que de nombreuses femmes à Cité Soleil ont un besoin urgent de soins en santé sexuelle et reproductive, » explique Diana Manilla Arroyo, la chef de mission de MSF en Haïti. « Cependant, poursuivre nos interventions dans ces conditions aurait compromis la vie de nos équipes et de nos patients. »
Les services de maternité avaient été suspendus le 19 juin, après cinq jours de combats violents entre groupes armés. Pendant ces affrontements, des balles ont endommagé l’établissement, forçant MSF à réduire ses effectifs en premier lieu, avant d’évacuer tout son personnel lorsque la situation sécuritaire s’est encore dégradée.
Ce centre joue un rôle crucial dans cette zone où l’offre en soins est extrêmement limitée. Selon les chiffres officiels, entre janvier et juin, le personnel a assisté à 995 accouchements et a pris en charge 122 victimes de violences sexuelles, avant que les services ne soient une nouvelle fois interrompus.
Les habitants racontent leur trauma et appellent à la protection du système de santé
Les combats entre gangs rivaux ont déplacé des milliers de résidents et empêchent beaucoup d’entre eux d’accéder aux soins médicaux indispensables.
Selon l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM), environ 5 025 personnes, représentant 1 225 ménages, ont fui leur domicile suite à l’éclatement de la violence le 13 juin, dans plusieurs quartiers dont Belekou, Village-Démocratie, Hasco ou encore Wharf Jérémie.
Une patiente rencontrée dans une clinique mobile de MSF, qui a souhaité garder l’anonymat pour préserver sa vie privée, a raconté avoir fui son domicile avec ses enfants après l’intrusion d’hommes armés dans son quartier.
« Mes voisins m’ont aidée à m’enfuir », confie-t-elle. « Mon frère voulait revenir pour m’aider, mais des hommes armés l’ont capturé, enfermé chez nous et ont mis le feu à notre maison. »
Elle ajoute que son frère, qui était propriétaire d’une moto-taxi, a été tué lors de cette attaque.
De nombreux témoignages similaires, comme celui de cette femme, illustrent l’impact dévastateur de la violence des gangs sur les populations du Grand Port-au-Prince, notamment à Cité Soleil.
Malgré la réouverture partielle, MSF alerte sur le fait que l’insécurité continue de limiter l’accès aux soins de santé dans toute la région métropolitaine. Les groupes armés empêchent l’accès aux établissements de santé, et lorsque les habitants n’ont pas d’argent, cela complique encore davantage la situation, ont-ils confirmé.
L’organisation a lancé un appel à tous les protagonistes afin qu’ils respectent les principes humanitaires internationaux en protégeant les établissements de santé, les patients et les personnels médicaux.
MSF continue également de fournir des soins gratuits dans différents centres, notamment à l’Hôpital de Cité Soleil, au Centre de santé d’Orezon dans la communauté voisine de Brooklyn, à l’Hôpital de Tabarre et à la Clinique Pran Men’m à Delmas 33.
La violence persiste, grevant davantage le système de santé haïtien : la réouverture intervient alors que le pays est encore en crise sécuritaire
Selon l’ONU, plus de 85 % de Port-au-Prince est sous le contrôle des groupes armés, et plus de 2 300 personnes ont été tuées dans tout le pays depuis le début de l’année 2023. La violence des gangs continue de provoquer des déplacements massifs, de perturber les services publics et d’entraver l’accès aux soins.
Le gouvernement haïtien, avec le soutien de ses partenaires internationaux, espère que le déploiement prévu de la Force de suppression des gangs (FSG) contribuera à restaurer la sécurité. Cette force multinationale, qui devrait atteindre un effectif total de 5 500 hommes d’ici octobre, a récemment signé des accords avec le gouvernement haïtien pour établir le cadre légal de ses opérations.
Par ailleurs, Haïti se prépare également aux élections nationales qui avaient été longtemps retardées. La inscription des électeurs est en cours dans neuf départements, et le premier tour des présidentielles et législatives est prévu pour le 13 décembre. Les autorités haïtiennes, ainsi que leurs partenaires internationaux, notamment l’Organisation des États américains (OEA) et la Communauté caribéenne (CARICOM), insistent sur le fait que des améliorations significatives en matière de sécurité sont indispensables pour assurer le bon déroulement d’élections crédibles.