Port-au-Prince – Le 13 juillet prochain, la Fondation Haitienne contre le Cancer Infantile (FHACI) organise un brunch estival à Coral Springs, en Floride, dans le but de recueillir des fonds en faveur de l’hôpital pédiatrique Saint-Damien, situé à Tabarre. Cet établissement demeure à ce jour la seule unité d’oncologie pédiatrique encore en activité en Haïti, offrant des soins vitaux et un espoir précieux aux enfants atteints de cancer ainsi qu’à leurs familles.
« La situation actuelle du pays nous touche profondément, explique la FHACI. Toutefois, l’hôpital reste opérationnel et continue d’accueillir les populations les plus vulnérables. »
L’affiche annonçant le brunch, illustrant l’événement destiné à financer la prise en charge des enfants malades, témoigne de l’importance de cette initiative.
En Haïti, le cancer chez l’enfant reste souvent dans l’ombre – peu pris en compte dans les politiques publiques de santé, et mal compris par beaucoup. Pourtant, chaque année, des centaines de familles sont confrontées à cette réalité déchirante. L’hôpital Saint-Damien ne se contente pas de prodiguer des traitements ; il joue également un rôle de porte-voix pour la mise en place de politiques nationales contre le cancer.
Ce brunch caritatif a pour objectif de lever des fonds destinés à couvrir les coûts des traitements, des médicaments, du soutien nutritionnel ainsi que de l’accompagnement des familles. La FHACI insiste sur le fait que chaque inscription à cet événement rapproche un peu plus l’hôpital de sa mission : offrir de l’espoir à ces enfants malades.
« Chaque inscription à cet événement nous rapproche de notre objectif. Ensemble, nous pouvons apporter de l’espoir aux enfants qui en ont besoin », déclarent les représentants de la FHACI.
Le rôle essentiel de Saint-Damien dans la prise en charge du cancer pédiatrique
Depuis l’ouverture de son unité d’oncologie en 2006, l’hôpital Saint-Damien a diagnostiqué 954 enfants atteints de cancer entre 2004 et avril 2025. Parmi ces maladies figurent la leucémie, les tumeurs de Wilms, les retinoblastomes, les lymphomes et les tumeurs germinales.
Les traitements de chimiothérapie et certaines interventions chirurgicales y sont réalisés, mais pour des soins plus spécialisés, comme la radiothérapie pour les cancers du cerveau, il faut souvent référer les patients en République Dominicaine. Cependant, la fermeture des frontières rend aujourd’hui l’accès à ces services plus difficile.
« Nous prenons en charge toutes sortes de cas et dépensons en moyenne 10 854 dollars pour chaque nouveau diagnostic, explique le Dr Pascal Gassant. Pour chaque année d’espérance de vie sauvée, le coût est d’environ 1 128 dollars. »
Malheureusement, l’unité ne dispose que de 13 lits en 2025, ce qui est bien insuffisant face à la nécessité. En effet, Haïti recense chaque année entre 500 et 600 nouveaux cas de cancer chez l’enfant, mais 88 % d’entre eux restent encore non diagnostiqués.
« Nous accueillons tous types de enfants atteints de cancer. Au total, nous dépensons en moyenne 10 854 dollars américains par nouveau patient », précise le Dr Gassant.
Le taux de survie à Saint-Damien s’élève à 38-40 %, alors qu’il atteint 80 % dans les pays à revenus élevés. « Sur ces 88 % d’enfants qui ne reçoivent pas de soins, beaucoup risquent de mourir », ajoute-t-il.
Les diagnostiques tardifs, les retards dans l’accès au traitement, ainsi que le manque de ressources contribuent largement à cette disparité qui coûte malheureusement des vies.
« La majorité des enfants arrivent à un stade avancé de la maladie parce qu’ils n’ont pas accès aux soins ou à cause des délais dans le diagnostic, faute de personnel formé à reconnaître les signes du cancer », déplore-t-il.
Les défis à relever à l’échelle nationale
Saint-Damien doit faire face à des contraintes financières, à l’insécurité autour de l’établissement, ainsi qu’aux difficultés de transport pour les familles. Depuis 2023, l’équipe médicale locale est également limitée par un effectif restreint comprenant deux pédiatres-oncologues, un pédiatre en soins palliatifs, un pédiatre nutritionniste, un psychologue, sept infirmiers, quatre aides-soignants et un assistant social.
Les défis de l’hôpital s’inscrivent cependant dans un contexte plus large, celui de la crise socio-économique haïtienne. À cela s’ajoutent des obstacles structurels majeurs comme la disponibilité limitée des services d’anatomopathologie, indispensables pour confirmer les diagnostics pédiatriques, ainsi que des déficiences dans l’équipement en imagerie médicale, même pour de simples dépistages.
Les familles ont également du mal à financer des médicaments anticancéreux souvent indisponibles localement, tandis que les stocks de sang sont insuffisants et qu’aucune unité de radiothérapie n’est en fonction dans le pays.

« Un pays comme Haïti devrait privilégier la détection précoce, affirme le Dr Gassant. Plus le diagnostic est posé tôt, meilleures seront les chances de survie, et moins on aura besoin de traitements agressifs, que nous n’avons souvent pas les moyens de fournir », ajoute-t-il.
Le plan national contre le cancer chez l’enfant, élaboré par le ministère de la Santé en 2021, est encore en attente d’être mis en œuvre.
« Chaque inscription à cet événement nous rapproche de notre mission. Ensemble, nous pouvons apporter de l’espoir aux enfants qui en ont besoin », conclut la FHACI.
Malgré tout, la survie des enfants dépend largement de la coopération avec des partenaires comme la FHACI, qui assurent une prise en charge gratuite pour les familles. Toutefois, étant donné la complexité des traitements et l’accompagnement psychosocial qu’ils impliquent, il est essentiel de garantir une continuité dans ces efforts.
Face à la crise socio-économique qui secoue Haïti, la fragile infrastructure sanitaire, et l’urgent besoin de former davantage de personnel qualifié, la FHACI et Saint-Damien appellent la diaspora haïtienne ainsi que leurs alliés à intensifier l’aide.
« Ce combat ne concerne pas uniquement notre hôpital ou notre pays ; c’est une lutte pour chaque Haïtien qui croit que chaque enfant mérite la chance de survivre, peu importe ses conditions d’accès aux soins », insistent-ils.