Trump publie une vidéo d’une intervention policière en Floride impliquant un immigrant haïtien

11 avril 2026

Trump publie une vidéo d'une intervention policière en Floride impliquant un immigrant haïtien

Le président Trump diffuse une vidéo choquante pour justifier son programme de déportation massive

À Miami, le président Donald Trump a publié une vidéo montrant ce qu’il qualifie d’attaque mortelle perpétrée par un immigrant haïtien, en la présentant comme une preuve de la nécessité de renforcer la politique de déportation en vigueur. Cette publication intervient dans un contexte déjà tendu autour de la question de l’immigration aux États-Unis.

Rolbert Joachin, âgé de 40 ans, a été arrêté et inculpé pour le meurtre d’une femme survenu le 2 avril à Fort Myers, située à environ 260 kilomètres au nord-ouest de Miami. Selon les autorités, cet homme originaire d’Haïti est arrivé sur le sol américain en 2022. La victime était une femme de 51 ans, immigrée du Bangladesh, qui était mère de deux filles adultes.

Le président américain, qui a diffusé la vidéo tard jeudi sur sa plateforme Truth Social, a souvent tenté de dépeindre les immigrants comme étant à l’origine de la criminalité. La vidéo liée à cette tragédie a ainsi constitué une opportunité pour lui d’appuyer un discours alarmiste, particulièrement graphique, visant à renforcer sa position. Il accuse également souvent les Démocrates, ainsi que son prédécesseur, Joe Biden, d’avoir permis à des immigrés de proférer des menaces pour la sécurité nationale et la criminalité.

« La vidéo de cet assassinat brutal est l’une des images les plus violemment choquantes que vous verrez jamais », a-t-il déclaré dans son message, qualifiant le suspect d’« animal ».

Critiques et observateurs affirment que cette démarche du président est injuste, car elle tend à associer tous les immigrants à la criminalité, dans une tentative de renforcer son discours sur la politique migratoire. Plusieurs études ont montré que, contrairement à ce que privilégie la rhétorique présidentielle, les personnes en situation irrégulière aux États-Unis sont, en réalité, moins susceptibles que les Américains nés sur le territoire d’être arrêtées pour des crimes violents, de drogues ou de délinquance immobilière.

« Nos pensées vont à la famille de la victime en cette période d’une douleur inimaginable », a déclaré Guerline Jozef, directrice exécutive de la Haitian Bridge Alliance, une organisation qui défend les droits des immigrants haïtiens. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté cet acte de violence. Cependant, il est également essentiel de préciser qu’un acte individuel ne doit pas définir une communauté tout entière. Exploiter cette tragédie pour diaboliser les immigrants haïtiens ou remettre en cause les protections humanitaires est non seulement injuste, mais aussi profondément nuisible. »

Une vidéo choc de l’agression

Selon des documents judiciaires, la femme tuée était employée comme commis dans une épicerie de la station-service. L’acte s’est déroulé dehors, devant le magasin, et le suspect a été arrêté le même jour.

Une vidéo de sécurité diffusée sur la plateforme X, anciennement Twitter, par le Département de la Sécurité Intérieure (DHS), montre le suspect frappant à plusieurs reprises une voiture noire stationnée devant la station. La scène devient plus violente lorsque survient une femme vêtue de pantalon noir et d’un t-shirt rose, qui sort pour le confronté.

Le suspect, vêtu d’un t-shirt jaune et de short noirs, s’approche alors de la victime et lui assène immédiatement un coup de marteau à la tête. La femme chute sur le trottoir, devant les portes de la station. Muni d’un marteau, il la frappe à plusieurs reprises avant de la contourner, puis de s’éloigner hors du champ de la caméra.

La victime a été identifiée dans un rapport de police comme étant Nilufa Easmin, 51 ans. Une campagne sur GoFundMe, lancée par Samir Bahadur Syed, président de l’Association bangladaise du sud-ouest de la Floride, la décrit comme une « mère dévouée, qui a travaillé sans relâche pour subvenir aux besoins de ses deux jeunes filles ».

Selon lui, Easmin était arrivée aux États-Unis il y a environ trente ans, ayant vécu notamment à Miami et Palm Beach, avant de s’installer dans la côte ouest de la Floride. Elle était mère célibataire et ses deux filles, âgées respectivement de 23 et 26 ans, sont nées en Amérique, indique le responsable associatif à l’Agence France-Presse.

Il précise que la victime travaillait dans cette boutique depuis près de cinq mois, en plus d’occuper un autre emploi.

Les forces de police de Fort Myers ont indiqué avoir répondu à une alerte concernant une femme frappée à coups de marteau dans une station Chevron. À leur arrivée, ils ont trouvé une femme allongée sur le sol, avec du sang autour de la tête et plusieurs coupures. Peu après, le suspect, Joachin, a été repéré en train de marcher dans la rue, puis placé en garde à vue. Il aurait avoué les faits. Il est poursuivi pour meurtre et dégradation de propriété, et doit comparaître devant le tribunal le mercredi 4 mai. Sa mise en accusation est programmée pour cette date.

Une correspondance avec l’avocat commis d’office pour Joachin, cherchant à obtenir un commentaire, est restée sans réponse immédiate.

La critique de l’administration Trump sur les mesures temporaires de déportation

Donald Trump a reproché à Joe Biden d’avoir octroyé un statut de protection temporaire (TPS) à l’agresseur, facilitant ainsi sa séjour dans le pays.

Kelei Walker, responsable ad intérim de l’unité de surveillance et d’expulsion de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement), a déclaré, lors d’un point presse vendredi, que Joachin est arrivé au États-Unis en bateau, en août 2022, près de Key West, en Floride. Il a été arrêté et bénéficié d’un statut de protection temporaire en 2023, statut qui vient d’être annulé cette semaine, a indiqué la responsable.

« Nous faisons en sorte qu’il ne pose plus jamais le pied en dehors de son pays d’origine », a-t-elle précisé.

Depuis plusieurs années, l’administration Trump critique le programme de TPS, qui permet à certains citoyens de pays en crise de rester et de travailler temporairement dans le pays. Elle considère que cette pratique est souvent détournée pour permettre à des centaines de milliers d’immigrés de rester en situation irrégulière, ce que dément fermement la nouvelle administration.

Plusieurs recours judiciaires sont en cours contre la décision de supprimer le TPS pour plus d’un million de personnes, dont 350 000 Haïtiens. En mars, une Cour d’appel fédérale a donné raison à une ordonnance précédente bloquant la fin du statut temporaire pour les Haïtiens, et la Cour suprême doit examiner l’affaire le 29 avril.

Le Département de la Sécurité intérieure et l’administration Trump ont souvent mis en avant les crimes commis par des immigrants, créant notamment un site internet qui permet de consulter les personnes arrêtées par l’ICE, ainsi que leurs infractions en matière de criminalité.

L’administration met aussi en avant des « familles d’anges » (Angel Families), ayant perdu un proche à cause de crimes attribués à des immigrants.

Le jeudi, l’ICE a organisé un événement commémoratif pour marquer le premier anniversaire de la réouverture d’un bureau dédié à l’aide aux victimes de ces crimes, avec des témoignages émouvants d’anciens membres de ces familles.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.