Déroulement de l’incident à la Citadelle Laferrière
L’incident a débuté lorsque les agents de sécurité de la mairie sont intervenus à la Citadelle, dans le but de récupérer l’argent collecté lors des droits d’entrée, selon Jean-Hérold Pérard, ingénieur du site et ancien directeur de l’ISPAN. Sur place, les visiteurs doivent s’acquitter d’une somme de 250 gourdes, soit environ 2 dollars américains, pour accéder au site. Ce jour-là, on comptait approximativement 3 000 visiteurs, ce qui aurait permis de générer un revenu d’environ 6 000 dollars.
Selon Pérard, les agents ont fermé l’une des deux entrées de la Citadelle afin de procéder en toute sécurité à la collecte des frais d’entrée. Cependant, lorsque la pluie a commencé à tomber, des personnes à l’extérieur ont tenté de forcer le passage en contournant la barricade vers 16 heures. La tension a rapidement dégénéré : des coups de feu ont été tirés en l’air et du gaz lacrymogène a été utilisé pour disperser la foule. Si l’on ne sait pas précisément qui a déployé le gaz, plusieurs habitants accusent la police de la police nationale, en particulier la Brigades de maintien de l’ordre (UDMO).
Arrestations et enquêtes
Suite à cette tragédie, la police haïtienne a procédé à l’arrestation de cinq agents de sécurité municipale ainsi que de deux employés de l’ISPAN. Ces arrestations font partie d’une enquête menée pour déterminer les responsabilités dans cette crise, indique un communiqué datant du 13 avril. Parmi les agents municipaux en garde à vue figurent Jhon ‘Misyon’ Coxllee, Genovè Octavien, Altidor Arly, Louis Max Andy et Césaire Wilner Billy. Quant aux deux employés de l’ISPAN, ils sont Wilfrid César et Valmyr Tchelin.
Le maire de Milot sous pression
Outre la police et la sécurité municipale, une partie des habitants blâme également le maire de Milot, Wesner Joseph. Parmi eux, Jean-Hérold Pérard, qui a critiqué la gestion de la mairie concernant la collecte des droits d’entrée à la Citadelle.
« La mairie de Milot a le droit de faire cela, mais ce n’est pas normal », a-t-il déclaré.
Il poursuit : « Ils pensent que la Citadelle est un lieu où ils peuvent faire leur propre argent et faire n’importe quoi. »
Pérard travaille à la Citadelle depuis 1980 et a été directeur de l’ISPAN de 1995 à 2006.
Le maire de Saint-Raphaël, Gelin Robert Junior, a aussi violemment critiqué la mairie de Milot pour avoir autorisé la tenue de Citadelle Vibe 3.0, un événement annuel organisé dans ce site. De plus, des écoles ont organisé des sorties sur place, notamment le 11 avril.
« Ils n’auraient jamais dû autoriser cette activité. C’est la mairie qui a causé la mort de ma famille », a-t-il confié au média Unissons Nous. « Elle doit porter la responsabilité principale de cette tragédie, et il doit y avoir des conséquences. »
De son côté, Wesner Joseph a justifié à la chaîne Altidor Le Capois TV l’absence d’informations précises concernant cet événement : « La mairie n’était pas au courant de cette activité, et il y avait trop peu d’agents de sécurité pour assurer la sécurité, seulement une vingtaine de policiers et une dizaine de gardes municipaux. »
Il a ajouté : « Le juge de paix devrait ordonner une enquête afin de comprendre ce qui s’est réellement passé, qui était derrière cette manifestation et qui a été complice. »
La Citadelle Laferrière, un symbole emblématique
Construite en 1820 par le roi Henri Christophe, la Citadelle Laferrière est l’un des monuments historiques les plus précieux d’Haïti. Implantée au sommet d’une colline située à 900 mètres au-dessus du niveau de la mer, elle attire chaque jour des visiteurs locaux comme étrangers. Les établissements scolaires organisent souvent des excursions, surtout lors du mois d’avril, période annuellement marquée par la célébration de l’anniversaire du site, le 12 avril.
Jean-Hérold Pérard raconte avoir observé que le 11 avril, la foule était exceptionnellement nombreuse, certains visiteurs arrivant dès 4 heures du matin. Beaucoup ont commencé à repartir plus tôt, épuisés ou incommodés par la surpopulation qui compliquait leur respiration. La situation a été particulièrement difficile à cause de la foule compacte et des conditions météorologiques défavorables.
Une source importante pour l’économie locale et un moment de deuil
Pour la communauté de Milot, la Citadelle représente une importante source de revenus. Beaucoup de résidents y travaillent comme guides, conducteurs de motos ou cavaliers. La tragédie a profondément choqué et bouleversé la population locale, qui doit faire face à une perte douloureuse.
« Je n’ai pas dormi cette nuit, j’étais tellement préoccupé par ce qui s’est passé », confie Francisque Almonord, un habitant qui stationnait dans le parking de la Citadelle le 12 avril. « Ici, nous ne recevons pas assez d’aide pour un site touristique. Nous n’avons même pas un bureau pour une infirmière. Peut-être que si nous avions deux infirmières, il y aurait eu moins de morts. »
Il insiste : « Il faut qu’on repense tout. C’est un site touristique, ils en tirent de l’argent, alors on doit avoir de meilleurs services. »
Après cet incident, des véhicules en descente ont rencontré des difficultés dues à la route mouillée et glissante. Un minivan gris a même basculé en se renversant sur le côté.
Une scène de deuil et d’émotions fortes
Le lendemain matin, les habitants ont transporté à bras d’hommes et de femmes des corps enveloppés de draps blancs, descendant la colline dans un cortège funéraire. Les familles pleuraient leurs proches, leurs visages marqués par la douleur. Une femme, en sanglots, s’est écriée en contemplant un corps : « Pourquoi y a-t-il du sang dessus ? Mon frère a-t-il été blessé ? »
Les inquiétudes concernant l’avenir du site touristique se font également sentir. La crainte d’un recul des visiteurs, déjà entamé par la violence des gangs à Port-au-Prince, plane sur la région. La communauté redoute que cette tragédie ne cause encore plus de difficultés économiques.
« Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça de toute ma vie. Tant de personnes qui ont perdu la vie… C’est vraiment terrible », confie Joseph Agenord, un ancien guide touristique résident en haut de la colline menant à la Citadelle. « Heureusement, j’ai du bois. Je vais continuer à faire du charbon pour prendre soin de mes enfants. »