Réalisateur haïtiano-canadien présente l’histoire inspirante de la « Pouvoir de la Diaspora » à New York

16 mai 2026

Réalisateur haïtiano-canadien présente l’histoire inspirante de la « Pouvoir de la Diaspora » à New York

Un film documentaire centré sur l’histoire de la diaspora haïtienne au Québec

Le cinéaste documentaire originaire de Montréal, Joseph Hillel, présentera son dernier film, « Diaspora Power », lors du Festival du Film Africain de New York, le 16 mai prochain. Ce film de 53 minutes, qui a été diffusé en janvier dernier sur Radio-Canada, explore le phénomène migratoire des Haïtiens vers le Québec durant les années 1960 et 1970, en s’appuyant sur des témoignages issus de la famille et de la communauté de Hillel lui-même.

Né à Port-au-Prince, Hillel a quitté Haïti avec ses parents au début des années 1960 pour s’installer au Québec. Depuis près de vingt ans, il consacre sa vie à la réalisation de documentaires touchant à divers sujets, allant de l’architecture à la culture haïtienne, notamment avec des œuvres comme « Koutkekout (À Tous Côtés) », prévu pour 2024, qui évoque un festival de théâtre qui se tient depuis de nombreuses années à Port-au-Prince.

Une démarche nouvelle et personnelle

Ce nouveau projet marque une étape différente dans la carrière de Hillel, puisque c’est la première fois qu’il réalise un film centré sur sa propre famille. Il confie que cette expérience a été particulièrement difficile à mener, tant sur le plan personnel qu’émotionnel.

Contexte historique et migration haïtienne au Québec

Le film dépeint de manière précise le contexte historique dans lequel la migration haïtienne vers le Québec s’est opérée. Au début des années 1960, la province connaissait une période de profonde transformation appelée la « Révolution tranquille ». Elle s’engageait dans la laïcisation de ses systèmes éducatif et sanitaire, lançait de vastes projets d’infrastructure, organisait l’Exposition universelle de 1967 et les Jeux Olympiques de 1976. À cette époque, le Québec avait besoin de professionnels qualifiés qu’il ne formait pas encore en nombre suffisant. Parallèlement, le régime dictatorial de Duvalier, en Haïti, provoquait un exode massif de ses citoyens les plus instruits vers des métropoles telles que Montréal, New York, Miami ou Paris.

Une photo de famille utilisée pour l’affiche du film illustre visuellement cette période, montrant une famille haïtienne à une époque où la communauté s’implante peu à peu dans la société québécoise.

L’un des personnages clés du film, le père de Hillel, était parmi ces migrants. Arrivé comme psychiatre à un moment où le Québec était en transition vers la fermeture des asiles gérés par l’Église au profit d’hôpitaux psychiatriques modernes, il incarnait cette dynamique d’intégration professionnelle. Sa mère, quant à elle, travaillait en tant qu’assistante sociale. Hillel estime qu’en 1969, près de 1 000 enseignants haïtiens exerçaient déjà dans les écoles québécoises.

Une intégration progressive dans la société

« Aucun Québécois n’aura échappé à la présence d’un enseignant ou d’un médecin haïtien », affirme-t-il.

Le film met également en lumière le parcours de son oncle, Édouard. Avant de rejoindre la police de Montréal à l’âge de 30 ans, il a occupé diverses fonctions. Devenu le premier policier noir de la ville, Édouard symbolise cette assimilation sociale. Hillel voulait initialement construire son récit autour de son oncle, notamment pour faire écho à la dualité entre un agent infiltré et une personne évoluant dans une société majoritairement blanche.

À l’époque, l’immigration au Québec était majoritairement d’origine européenne, ce qui faisait ressentir une différence accentuée pour les personnes issues de la communauté haïtienne. Hillel raconte avoir été perçu comme un outsider durant sa jeunesse dans un petit village, où sa famille était très visible en raison de sa couleur de peau. « Ma grand-mère, ma arrière-grand-mère, étaient noires. Nous étions très visibles », confie-t-il.

Le film intègre également le portrait de Dominique Anglade, originaire du Québec et considérée comme la première femme noire à diriger un grand parti politique provincial, le Parti libéral — une cousine de Hillel.

Une vidéo illustrant cette diversité est intégrée dans le documentaire, permettant d’observer le parcours de cette figure politique remarquable.

Une ignorance souvent flagrante et la nécessité de sensibiliser

Hillel confie avoir été surpris de constater que ses amis québécois, qui ne sont pas haïtiens, connaissaient peu cette partie de leur histoire lorsqu’il leur a montré les premières versions du film.

« J’étais sidéré par leur ignorance. Je pensais que c’était une histoire largement connue », dit-il.

Le processus de montage du film a connu quelques ajustements, notamment en réaction à une déclaration du ministre de l’Immigration du Québec, qui, lors d’une période de migration accrue en provenance d’Haïti, avait affirmé que le Québec « ne pouvait pas accueillir toute la misère du monde ». Pour Hillel, ces mots ont renforcé la volonté de mettre en avant le vécu et la résilience de la communauté haïtienne.

« Il ne s’agit pas de se vanter ou de faire de l’auto congratulation », explique-t-il. « C’est surtout un acte de respect envers celles et ceux qui vivent ici depuis longtemps. »

Une réception émotionnelle et un regard sur la visibilité croissante du cinéma haïtien

Les réactions du public haïtien et des membres de la communauté ont été très émouvantes, selon Hillel. Lors d’une projection récente à Montréal, la salle était comble, et plusieurs personnes ayant participé au film étaient présentes. Il souligne n’avoir jamais vu un tel engouement pour un film de ce type.

Par ailleurs, Hillel note que le cinéma haïtien gagne en visibilité à l’échelle internationale. Il cite notamment Gessica Généus, dont le film « Freda » a fait sensation à Cannes, et qui prépare un nouveau long-métrage tourné par le directeur de la photographie de Hillel, qui devrait également être présenté à Cannes cette année.

Ce film témoigne de l’émergence d’une voie plus visible pour le cinéma haïtien, qui s’inscrit dans une dynamique de reconnaissance et d’affirmation artistique à l’échelle mondiale.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.