Port-au-Prince : La chute de la dictature et ses suites désastreuses
La dictature a été renversée, mais elle a laissé derrière elle un sillage de hypocrisie, de pillage et d’irresponsabilité. L’État n’a jamais retrouvé sa vigueur ni sa stabilité depuis cette chute. La liberté, bien qu’acquise, n’a jamais été véritablement organisée ou mise au service d’un changement positif durable.
Depuis plus de quarente années, des élites dépourvues de vision se sont arrogé le contrôle du pays. Elles ont vidé la démocratie de sa substance en abandonnant la population à une vie marquée par la misère et la violence. Lorsqu’elles ont échoué, elles ont préféré fuir, se dissimulant derrière une rhétorique creuse pendant que le pays sombrait dans le chaos. Leurs actions, ou leur absence d’action, ont finalement empêché toute reconstruction ou véritable progrès.
Une confiscation de l’espoir et une dégradation des institutions
Ce même cénacle a, pendant quatre décennies, confisqué l’espoir et détourné les institutions démocratiques de leur but. Le pays est devenu le terrain de jeu de rivalités où le pouvoir s’arrose en prise de guerre, laissant derrière un tissu institutionnel fragile, une violence devenue quasi-normale, une jeunesse sacrifiée et une population laissée pour compte. Le résultat est visible : un pays blessé, déchiré, incapable de se relever et de bâtir un avenir serein pour ses enfants.
Les gangs : le fruit de la trahison
Les gangs qui sèment la terreur en Haïti aujourd’hui ne sont que le symptôme — la conséquence directe de l’abandon, de l’impunité et de la lâcheté politique. Ces groupes armés ne sont pas le sort d’une destinée historique ou d’un défaut culturel intrinsèque. Ils sont la résultante d’un pays abandonné par ceux qui avaient la responsabilité de le construire, de le préserver et de le faire évoluer dans le bon sens.
Malgré tout, Haïti subsiste — à travers sa culture, sa mémoire collective et grâce à la force de résilience de ses habitants. La population haïtienne n’est ni incapable ni maudite. Elle n’a pas échoué. C’est plutôt elle qui a été trahie, abandonnée face à un système qui ne lui a rien offert, sauf la pauvreté et la violence.
Quarante ans après le 7 février 1986, il ne s’agit pas d’un moment de célébration, mais d’un temps pour dire la vérité. Parce qu’un simple renouvellement moral et civique ne suffira pas à redonner vie à un pays à la dérive. Sans justice, sans responsabilisation de ceux qui ont détourné le pays de sa trajectoire, aucune consultation électorale, aucun accord ou transition ne pourront redonner confiance dans l’État haïtien.
Le devoir de justice et la remise en question
Haiti mérite des dirigeants qui soient dignes de ses citoyens. Quarante années plus tard, il est temps de désigner clairement ceux qui ont trahi, de briser le silence qui entoure leurs actes et de refuser la banalisation du chaos. La société haïtienne doit faire face à son passé pour espérer un avenir meilleur.
Il ne suffit plus de célébrer des dates symboliques, aussi importantes soient-elles. Le pays crie aujourd’hui pour un changement profond, une rupture avec un passé qui l’a trop longtemps enchaîné. La reconstruction doit commencer maintenant, sans délai, pour que la voix de la société civile puisse enfin se faire entendre et que la justice soit réellement rendue, afin de poser les bases d’un Haïti rénové et apaisé.