Procureur de Port-de-Paix exige des comptes sur les armes, drogues, argent disparu et le bateau confisqué

31 mars 2026

Procureur de Port-de-Paix exige des comptes sur les armes, drogues, argent disparu et le bateau confisqué

Port-de-Paix : des accusations de la part du procureur contre la police locale concernant la gestion de la preuve

Le procureur en chef de la région du Nord-Ouest en Haïti vise la police départementale en l’accusant de méconduite, voire de manipulation délibérée de preuves essentielles dans de nombreuses affaires criminelles. Selon lui, ces pratiques sont en train de compromettre le processus de poursuite judiciaire, perpétuant ainsi un climat d’impunité qui nuit profondément à la justice.

Le commissaire gouvernemental, Jéir Pierre, a déclaré que des preuves manquantes ou mal transmises — notamment des armes, des munitions et des stupéfiants — ont stoppé plusieurs enquêtes et affaibli la capacité du système judiciaire à faire justice. Dans une lettre officielle qu’il a rendue publique, Pierre a demandé à Fred Joseph, le directeur départemental de la Police Nationale d’Haïti (PNH), d’expliquer ces incohérences après que plusieurs dossiers ont été déposés sans éléments cruciaux.

Une critique ferme de la gestion de la preuve par la police

Dans son courrier, le bureau du procureur de Port-de-Paix a vivement reproché à la police de ne pas soumettre systématiquement la preuve essentielle en même temps que les dossiers de preuves. Selon Pierre, les magistrats doivent souvent avancer dans leurs procédures sans disposer des éléments matériels qui sont indispensables pour étayer les accusations. Ce genre de manquement complique davantage des procédures judiciaires déjà fragiles, notamment dans les cas où des suspects restent en détention préventive pendant plusieurs années sans passer devant un tribunal.

Le procureur a également dénoncé le dépassement de certains agents de police, qui manipulent ou transfèrent des preuves avant même que l’autorité judiciaire ne soit officiellement saisie.

« Deux bateaux saisis à Port-de-Paix ont été vendus sans ordonnance judiciaire, » a-t-il lamenté. « Des armes et des munitions ont été transférées à Port-au-Prince sans procédure judiciaire adéquate. »

Il a précisé qu’à l’exception des affaires relatives au trafic de drogues, la preuve doit rester sous le contrôle du judiciaire jusqu’à sa transmission aux autorités centrales.

Une absence de réponse officielle de la police face aux accusations

À ce jour, aucune déclaration officielle de la part de la PNH dans la région du Nord-Ouest n’a été rendue publique pour répondre aux accusations du procureur.

Passant à la situation locale, on constate que la collaboration entre la police et la justice souffre de graves dysfonctionnements, liés à une coordination défaillante entre ces deux institutions essentielles.

Une problématique structurelle : le chaos autour des saisies d’actifs et des armes

Le souci de transparence et de responsabilité met en lumière des défaillances de longue date dans le fonctionnement des institutions haïtiennes, où la corruption, le manque de ressources et l’ingérence politique compromettent régulièrement la conduite des enquêtes. La mauvaise gestion des preuves est souvent citée comme l’un des facteurs clés de l’échec des poursuites.

En pleine crise sécuritaire actuelle, où les réseaux de trafic et les groupes armés évoluent avec peu de crainte de représailles, cette situation devient encore plus critique. La région du Nord-Ouest demeure un axe vital pour le trafic maritime entre les États-Unis et les Caraïbes. En 2025, cette zone a également connu l’une des plus importantes saisies de drogue en Haïti : plus d’une tonne de cocaïne.

Pierre a évoqué plusieurs saisies majeures passées, illustrant le problème de la gestion douteuse des preuves.

En juillet 2022, les autorités avaient confisqué un important stock d’armes et de munitions à Port-de-Paix, comprenant plus de 120 000 cartouches, diverses armes à feu, des magazines et de l’argent liquide. Cette opération avait été considérée comme l’une des plus importantes dans la région ces dernières années, avec une cargaison provenant de Floride à bord d’un navire cargo.

Cependant, quatre ans plus tard, Pierre déplore que la majorité de ces éléments de preuve a disparu.

« La preuve matérielle n’est plus disponible, » a-t-il confirmé, soulignant que cette perte a pratiquement stoppé l’avancement du dossier.

Une absence de réaction de la part de la police face à la demande de meilleur partenariat

Face à cette situation, le procureur a mis en place de nouvelles directives exigeant que toutes les affaires impliquant des armes à feu, de la drogue ou des biens saisis soient accompagnées d’une documentation complète et de preuves physiques lors de leur dépôt.

Ce manque de cohésion dans le travail des deux institutions clés révèle des failles profondes du système judiciaire haïtien, où les tribunaux souvent sous-financés, la mauvaise coordination et la corruption empêchent l’aboutissement des dossiers et la justice pour les victimes.

Les locaux estiment que la seule solution pour éviter un effondrement total du système consiste à renforcer la coopération entre la police et la justice.

« La décision du commissaire est louable, » témoigne Louinet Métayer, un résident informé. « Mais la justice ne peut fonctionner sans la police. Ils doivent absolument régler leurs différends. »

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.