La Police Nationale d’Haïti démantèle un record de 1,05 tonne de cocaïne sur l’île de La Tortue
Le 13 juillet, la Police Nationale d’Haïti (PNH) a réalisé une opération exceptionnelle en saisissant une quantité historique de cocaïne, pesant précisément 1 045 kilogrammes, soit plus d’une tonne. Cela s’est produit sur l’île de La Tortue, située au nord-ouest du pays, et marque selon les autorités une étape sans précédent dans la lutte contre le trafic de drogue en Haïti, établissant ainsi un nouveau record en trente années d’action policière.
Une opération menée par plusieurs corps de la police haïtienne
Plusieurs unités de la PNH ont été mobilisées pour mener cette saisie. Parmi elles, la Brigade anti-narcotiques (BLTS), l’UDMO (Unité Départementale de Maintien de l’Ordre) ainsi que des agents de la Garde côtière ont travaillé en étroite collaboration. La coordination de cette opération a également conduit à une perte humaine : un Jamaïcain a été tué lors de l’intervention, tandis qu’un Bahaméen a été blessé.
Une première historique pour la police haïtienne
« C’est la première fois que la PNH parvient à saisir une telle quantité de drogue en trois décennies d’existence », a déclaré Michel-Ange Louis-Jeune, commissaire de police et porte-parole de la PNH. La police a indiqué avoir confisqué 49 sacs contenant au total 959 paquets de cocaïne dans la zone d’Haut-Figué, sur l’île de La Tortue, située à environ 14 kilomètres au nord de Port-de-Paix.
Les détails de l’interception
Le 14 juillet, lors d’une conférence de presse, Lafortune Toussaint, porte-parole de la région Nord-Ouest, a apporté des précisions sur la manière dont s’est déroulée l’opération. Selon lui, différentes unités ont été mobilisées suite à des renseignements selon lesquels un groupe de trafiquants utilisait l’île comme point de transbordement pour la drogue. Sur cette base, la direction générale de la police haïtienne a donné son feu vert pour l’intervention, dirigée par Clevens Cétoute, chef de la police dans la région Nord-Ouest.
Au cours de l’interception en mer, les agents ont repéré trois bateaux. Ceux-ci ont été invités à s’arrêter pour qu’ils s’identifient, mais les occupants ont refusé de coopérer, ouvrant le feu contre les policiers. La police a alors répliqué, provoquant une fusillade. Deux suspects ont sauté à l’eau pour tenter de s’échapper, sans succès. Un Jamaïcain a été tué dans l’échange de tirs, tandis qu’un Bahaméen a été blessé.
« C’est la première fois que la PNH saisit une aussi grande quantité de drogue en trente ans d’existence. »
Michel-Ange Louis-Jeune, porte-parole de la PNH
L’un des points que la police a préféré ne pas préciser concerne l’origine précise de la cocaïne ni sa destination finale. De plus, aucun estimé de sa valeur commerciale n’a été donné par les autorités. Toutefois, selon des spécialistes, la valeur d’un kilogramme de cocaïne sur le marché illicite varie généralement entre 28 000 et 70 000 dollars américains, d’après les chiffres de l’Office des Nations Unies contre la Drogue et le Crime (ONUDC). Sur cette base, la cargaison d’un peu plus d’une tonne pourrait atteindre une valeur maximale d’environ 29 millions de dollars.
Une position stratégique pour le trafic maritime
L’île de La Tortue profite d’un emplacement géographique idéal pour le trafic maritime. Située à une trentaine de kilomètres de Cuba, à 190 kilomètres de Turks and Caicos et à un peu plus de 120 kilomètres de la Jamaïque, elle constitue un point de passage très prisé par les trafiquants pour acheminer la drogue via la mer des Caraïbes.
Malheureusement, la faible présence policière sur l’île accentue la vulnérabilité locale face à ces activités illicites. Avec seulement trois agents déployés, la population de près de 50 000 habitants se sent souvent abandonnée face à la violence liée au trafic de stupéfiants, déplore le maire principal de La Tortue, Max William Etienne.
Une situation préoccupante pour la sécurité locale
« Avec si peu de policiers, la sécurité des habitants n’est pas totalement assurée », affirme Etienne. Il sollicite urgemment une augmentation des effectifs de la part de la direction centrale de la PNH, afin d’assurer un meilleur contrôle et de protéger la population contre les risques de violence et de trafic.
Ce même jour, le maire et un autre responsable judiciaire, Luckner Dydy, se trouvaient en mer à bord d’un voilier en route vers l’île, lorsque l’opération a été menée. Leur présence témoigne de l’intérêt et de l’inquiétude de la communauté face à cette situation critique.
Des experts juridiques, qui ont souhaité rester anonymes en raison de la sensibilité du dossier, ont souligné que réaliser une telle opération sans contrôle judiciaire préalable pourrait soulever des questions en matière de respect des droits et de procédure légale. Ces actes pourraient, à terme, donner lieu à des contestations devant les tribunaux.
Pour les habitants de La Tortue, il devient urgent d’agir contre le trafic de drogue.
« L’île est déjà menacée par les trafiquants de drogue », témoigne Quesnet Lubin, résidant de 47 ans. « Nous demandons au gouvernement d’intervenir avant qu’il ne soit trop tard. »
Il ne s’agit pas d’un incident isolé. En effet, moins de deux mois auparavant, les forces policières haïtiennes avaient déjà arrêté huit personnes à Saint-Louis-du-Nord, dans le cadre d’une opération anti-drogue. Cela montre que la région de l’extrême Nord-Ouest demeure un axe majeur pour le passage de cargaisons illicites, confirmant la persistance de cette problématique dans la zone.