Opération antidrogue majeure à Cap-Haïtien dévoile l’essor du réseau de trafic de drogue dans les Caraïbes

1 août 2025

Opération antidrogue majeure à Cap-Haïtien dévoile l'essor du réseau de trafic de drogue dans les Caraïbes

Cap-Haïtien : une importante opération antidrogue qui témoigne de l’évolution du trafic en Haïti

Le matin du 27 juillet à 3 heures du matin, la police de Cap-Haïtien a mené une importante descente dans une résidence située dans la communauté côtière de Petite-Anse, au nord du pays. Lors de cette opération, trois personnes ont été interpellées et près de 426 kilogrammes de cannabis ont été saisis, ainsi qu’une somme de 525 245 gourdes, l’équivalent d’environ 4 000 dollars américains. Il s’agit de l’une des plus importantes saisies de cannabis enregistrées cette année dans la région.

Les suspects, identifiés comme Somane Etienne, âgé de 60 ans, Guerda Pierre, 38 ans, et Myrlande Fils-Aimé, 34 ans, ont été arrêtés à l’intérieur de la résidence. La police a également confisqué plusieurs biens, notamment trois motos, un vélo, un panneau solaire, une télévision et plusieurs téléphones portables.

Une opération conjointe des forces de l’ordre haïtiennes

Cette opération a été menée en collaboration entre différents corps policiers et judiciaires du pays, notamment le Bureau de Lutte contre le Trafic de Drogues (BLTS), la Police Judiciaire Départementale (SDPJ), l’Unité Départementale de Maintien de l’Ordre (UDMO) ainsi que la Brigade d’Intervention (BI). Le juge de paix, Dieula Benjamin, a procédé à des constatations et observations légales sur le lieu lors de l’intervention.

“Tout le désordre organisé dans le pays n’est qu’un mouvement visant à couvrir le véritable trafic international. Il ne s’agit plus seulement de délinquants locaux : ce réseau est transnational, opérant à travers les ports et l’espace aérien d’Haïti, sous la protection de gangs criminels.”

Himmler Rébu, ancien colonel des Forces armées d’Haïti (FAd’H) et actuel chef du parti politique Grand Rassemblent pour l’Évolution d’Haïti (GREH), souligne que « tout ce chaos organisé dans la nation est d’abord lié à la dissimulation du trafic international de drogue. »

Il ajoute : « Il ne s’agit plus uniquement de petits trafiquants locaux, mais d’un réseau transnational qui profite des ports et des voies aériennes haïtiennes, souvent sous la protection de gangs armés. »

Une relation croissante avec le réseau régional de trafic de drogues

L’opération de Cap-Haïtien s’inscrit dans un contexte plus large où la exploitation des routes illicites du pays devient de plus en plus manifeste. Moins de deux semaines auparavant, deux Haïtiens ont été arrêtés en Jamaïque, dans la ville de Toms River (St. Andrew), avec plus de 1 360 kilogrammes de cannabis, pour une valeur estimée à environ 58 100 dollars US. Les individus, Shelande Dorelien (27 ans) et Wisler Laveis (25 ans), ont été inculpés pour trafic, commerce et complot en vue d’exporter de la drogue.

Selon les autorités jamaïcaines, ces deux suspects étaient en situation irrégulière sur le territoire jamaïcain. Ils seraient intégrés dans un réseau régional de trafiquants comprenant également des opérateurs bahaméens et jamaïcains. Les experts en lutte contre le narcotrafic soulignent que la côte sans protection officielle du littoral port-au-princeois, où environ 90 % de la ville est contrôlé par des gangs, est devenue un point stratégique pour le transfert des drogues.

Une saisie historique de cocaïne a également renforcé cette tendance. Le 13 juillet, la police haïtienne a intercepté 1,05 tonne de cocaïne au large de l’île Tortuga, ce qui représente la plus grande saisie de cocaïne jamais réalisée en Haïti. Lors de cette opération, un homme jamaïcain a été tué, et un Bahaméen a été blessé, selon les informations officielles.

Une collaboration régionale pour faire face à la criminalité transnationale

Les autorités haïtiennes estiment que ces opérations, ainsi que la multiplication des saisies, indiquent que Haïti devient de plus en plus un carrefour central pour le trafic de drogues dans la région caraïbe. La route maritime qui relie Haïti aux Bahamas et aux îles Turks et Caicos laisserait envisager que le pays joue désormais un rôle clé dans le transit de la cocaïne en provenance d’Amérique du Sud, à destination des États-Unis et d’autres marchés internationaux.

Le procureur Jeir Pierre explique que la surveillance de ces routes est une tâche difficile, car les ressources disponibles restent insuffisantes pour couvrir l’ensemble du vaste littoral haïtien, qui constitue un véritable corridor pour les trafiquants.

« Le récent développement de ces trafics montre que Haïti joue un rôle toujours plus central. Nous devons renforcer la coopération régionale pour contrecarrer cette montée en puissance des réseaux transnationaux. »

Les liens entre les réseaux haïtiens et des groupes internationaux comme la Shower Posse jamaïcaine ou d’autres organisations criminelles, semblent se renforcer, illustrant l’ampleur grandissante de la criminalité organisée en Haïti. Des cas similaires, notamment en février dernier où deux individus ont été arrêtés avec 192,5 kg de cannabis à Fort Saint-Michel près de Cap-Haïtien, montrent que la proportion de trafics impliquant plusieurs nationalités ne cesse de croître, renforçant la nécessité d’une meilleure coordination régionale dans la lutte contre le narcotrafic.

L’avenir du trafic en Haïti, entre faiblesse structurelle et perspectives inquiétantes

Les experts en sécurité et en justice dénoncent la faiblesse des contrôles aux frontières, combinée à une corruption généralisée, comme étant des facteurs facilitant le développement de la criminalité organisée liée au trafic de drogues. L’implication massive des jeunes dans la consommation de cannabis inquiète également, car elle pourrait alimenter en jeune recrues les bandes et gangs criminels qui contrôlent de vastes zones du pays.

Les groupes de défense des droits de l’homme tirent par ailleurs la sonnette d’alarme, craignant que l’argent provenant de ces activités illicites ne soit réinvesti dans le financement des gangs, particulièrement dans des quartiers stratégiques comme la capitale, l’Artibonite, la région du Plateau Central et la frontière avec la République Dominicaine à l’est. Ces zones représentent autant de points chauds où la criminalité organisée s’installe durablement, menaçant davantage la stabilité du pays.

Par cette intensification du trafic et ces saisies record, il apparaît clairement que la lutte contre la drogue en Haïti doit impérativement évoluer vers une coopération plus étroite entre les acteurs régionaux, afin de faire face à un phénomène qui dépasse désormais largement le cadre local pour devenir une menace globale.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.