Montée des condamnations face à la hausse du bilan du massacre de Labodrie en Haiti, dépassant 50 victimes

17 septembre 2025

Montée des condamnations face à la hausse du bilan du massacre de Labodrie en Haiti, dépassant 50 victimes

Port-au-Prince : Plus de 50 morts lors du massacre de Labodrie, une tragédie qui secoue Haïti

La semaine dernière, la communauté internationale a confirmé que plus de 50 personnes ont été tuées lors d’un massacre particulièrement violent à Labodrie, une petite localité isolée dans le sud-est d’Haïti. Les groupes de défense des droits humains ont rapidement condamné cette atrocité, appelant les acteurs locaux et internationaux à prendre des mesures concrètes face à l’essor de la violence des gangs dans le pays.

Les faits se sont produits le 11 septembre dans le secteur rural de Labodrie, à Cabaret, une zone de pêche située dans le district d’Arcahaïe, à une vingtaine de kilomètres au nord de Port-au-Prince. Parmi les victimes, on comptait des femmes, des enfants et des personnes âgées. Selon les témoins, les survivants ont fui la scène lorsque des assaillants ont fait irruption dans plusieurs habitations. Plusieurs corps n’ont pu être retrouvés ou ont été laissés sur place ; certains auraient même été dévorés par des chiens errants, un signe de l’ampleur de la barbarie qui s’est déroulée ce jour-là.

Dans ce contexte, la Fédération nationale des défenseurs des droits humains (RNDDH) souligne que le nombre exact de victimes et de maisons détruites dans le quartier de Labodrie reste difficile à établir avec précision. Les victimes ont évoqué un attaque d’une extrême brutalité, effectuée sans discernement, touchant des familles entières, quels que soient leur âge ou leur situation. La violence apparaît ciblée et systématique, renforçant la terreur qui s’est abattée sur cette communauté jusque-là épargnée par ces affrontements meurtriers.

La RNDDH dénonce cette tragédie comme une preuve supplémentaire des risques encourus par une population livrée à elle-même, face à des gangs qui contrôlent de vastes quartiers. Elle insiste sur le fait que ces actes de violence mettent en lumière la sorte de double jeu des autorités haïtiennes, qui encourageraient, par leur inaction ou leur faiblesse, le retour des populations déplacées dans des zones toujours sous la coupe des gangs.

« Les autorités pensent qu’en abandonnant la population à son sort face aux gangs armés, elles éviteront toute responsabilité, » a déclaré la RNDDH ce mardi. « La réalité est tout autre. Il incombe à l’État, qu’il soit transitoire ou permanent, de garantir la protection de ses citoyens. Ce n’est pas aux groupes criminels de décider de la vie ou de la mort des populations. »

« Le massacre de Labodrie est un rappel douloureux de la fragilité de la protection offerte par l’État en Haïti. »

César Marín, Directeur des campagnes d’Amnesty International

Les témoins rapportent que la violence croissante contre Labodrie pourrait avoir été déclenchée par l’assassinat récent d’un chef de gang local de la coalition Viv Ansanm, connu sous le nom de Vladimir, dans la ville de Cabaret. La communauté locale et les autorités avaient déjà résisté à plusieurs jours de combats entre la police et des membres de gangs tentant de s’implanter durablement dans la région d’Arcahaïe, après leur présence accrue dans la localité voisine de Cabaret, où ils avaient consolidé leur emprise le 6 septembre dernier. La réponse des forces de l’ordre et des milices municipales a été lente et peu efficace, repoussant les gangs vers Labodrie, une zone où la population est soupçonnée de soutenir les forces de l’État.

Comme lors de plusieurs autres massacres dans le passé, la réaction des autorités a été déclamatoire mais tardive. La communauté internationale a condamné fermement cette nouvelle tragédie, mais les habitants restent sans protection face à la violence. La situation demeure chaotique et la peur règne dans cette région sinistrée.

Le gouvernement haïtien a gardé le silence pendant plusieurs jours après la tragédie, ne publiant qu’un communiqué officiel le 15 septembre, via le Conseil de transition présidentielle (CPT). Celui-ci a annoncé le déploiement imminent de forces policières spécialisées, le renforcement des patrouilles dans Arcahaïe et Cabaret, ainsi que l’octroi d’une aide humanitaire aux familles des victimes.

« Le gouvernement réaffirme sa détermination à rétablir la paix et la sécurité sur l’ensemble du territoire national, » indique la déclaration. « Les gangs ne seront jamais plus forts que la République. »

Cependant, cette réponse souvent jugée tardive et symbolique, fait encore et toujours l’objet de critiques. Beaucoup estiment que l’État ne fait que réagir après coup, plutôt que d’agir de manière proactive pour prévenir les massacres ou pour reprendre le contrôle des quartiers gangrenés par la violence.

Les appels au retour des déplacés, une tromperie

Ce massacre intervient seulement quelques semaines après que Jimmy « Barbecue » Chérizier, chef de la coalition de gangs Viv Ansanm et recherché par le FBI, ait lancé un appel à la population déplacée pour qu’elle retourne dans ses quartiers. Dans un rapport publié lundi, la Fédération nationale des défenseurs des droits humains (RNDDH) a mis en garde contre la perception selon laquelle ces appels seraient sincères. Elle rappelle qu’au moins 19 accords de paix, censés suspendre les violences depuis 2019, ont échoué, aboutissant à de nouvelles massacres et à une escalade de la brutalité envers les civils.

Selon la RNDDH, une paix durable ne peut naître que de la démantèlement effectif des groupes criminels, de la poursuite en justice de leurs responsables, de l’indemnisation des victimes survivantes et de la mise en place de mesures de protection à long terme pour les populations. Sans cela, toute tentative de réconciliation resterait illusoire.

Critiques internationales face à la violence qui s’étend au-delà d’Arcahaïe

Amnesty International a dénoncé le massacre, soulignant qu’il témoigne de l’incapacité de l’État haïtien à assurer la sécurité de sa population. Son directeur pour les campagnes dans les Amériques, César Marín, a insisté : « Le massacre de Labodrie est une douloureuse illustration de la fragilité de la protection que l’État peut offrir en Haïti. Des mesures immédiates sont nécessaires pour que les victimes obtiennent une véritable protection et justice. »

L’Union européenne et les ambassades de France et d’Espagne ont publié un communiqué commun appelant Haïti à mettre en place des unités judiciaires spécialisées afin de poursuivre les criminels responsables d’actes graves, notamment de crimes financiers et de mass killings.

De son côté, le secrétaire général de l’Organisation des États américains (OEA), Albert Ramdin, a vigoureusement condamné l’attaque, en soulignant que la communauté internationale et les autorités haïtiennes doivent coopérer pour stopper la progression des gangs, connus pour leur nature terroriste et leur violence systématique.

Les États-Unis ont également exprimé leur ferme condamnation, via leur ambassade à Port-au-Prince, en insistant sur la nécessité de d’abord défaire ces groupes armés pour redonner espoir et sécurité à la population haïtienne.

« Les autorités pensent qu’en abandonnant la population à elle-même contre des gangs armés, elles esquiveront leur responsabilité. Cela est complètement faux. »

Réseau des droits humains, RNDDH

Lors d’une conférence de presse le 13 septembre, le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a renouvelé ses appels à l’accélération du déploiement de la Mission de Soutien à la Sécurité Multinationale (MSS), afin d’obtenir davantage de personnel, de logistique et de financements pour faire face à la crise.

« Il a exprimé son inquiétude face à la flambée de violence qui secoue Haïti, » a indiqué Stéphane Dujarric, porte-parole de l’ONU, précisant : « Il a appelé les autorités haïtiennes à assurer que tous les responsables de violations des droits humains soient traduits en justice. »

Malgré ces déclarations, la violence se poursuit ailleurs dans le pays. Le 15 septembre, des groupes armés ont tué un policier et en ont blessé deux autres à Kenscoff, avant d’attaquer et de détruire le poste de police de Liancourt dans la département de l’Artibonite, obligeant les forces de l’ordre à battre en retraite. Le cycle infernal de violences se répète, sans que la situation ne s’améliore réellement.

Le gouvernement haïtien a réaffirmé sa posture ferme, déclarant notamment : « L’État ne reculera pas, et la République ne négocie pas avec le terrorisme. Aucun groupe armé ne sera plus fort que la nation. »

Pourtant, pour une majorité de la population, ces cycles de massacres, ces réponses tardives et ces promesses non tenues illustrent la distance qui sépare le discours officiel de la réalité de la rue : un pays en proie à l’anarchie, où l’État peine à protéger ses citoyens face à des gangs toujours plus puissants et violents.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.