Le décès de Deivy Carlos Abreu Quezada ravive un débat ancestral sur la sécurité routière en République Dominicaine
Le décès de Deivy Carlos Abreu Quezada, conducteur du camion de collecte des déchets à Santiago, survenu le dimanche 19 avril, a réveillé un débat profondément enfoui dans l’oubli : celui du comportement des motards et des moto-taxiers dans le pays. Cet incident tragique a une fois de plus mis en lumière la violence et le chaos qui règnent sur les routes dominicaines, alimentant une critique acerbe à l’encontre de ces professionnels de la moto.
Les mototaxis, une nécessité pour certains citadins
Les mototaxis sont devenus une nécessité pour une large partie de la population, qui les considère comme un moyen pratique et rapide pour se déplacer à travers la ville. Selon le journal Hoy, plusieurs représentants de différentes unions regroupant motards, conducteurs de véhicules publics et privés, ainsi que des citoyens utilisateurs quotidiens de ce mode de transport, ont été interrogés pour recueillir leur avis sur la conduite des motards dans les rues dominicaines et comprendre pourquoi cette majorité a souvent été décriée.
Les mesures prises par les unions de motards
Le président de la Fédération Nationale des Conducteurs de Mototaxi (Fenamoto), Óscar Almánzar, explique que son organisation organise méticuleusement les points de stationnement. « Chaque motard inscrit possède une fiche comprenant ses coordonnées, son numéro d’identification, son numéro de téléphone et son adresse, puis ces données font l’objet d’une vérification. » Selon lui, cette procédure vise à réguler le métier et à assurer la sécurité.
Oscar Almánzar, président de Fenamoto.
Il ajoute : « Ensuite, chaque motard doit fournir un certificat de bonne conduite, détenir une licence en règle, être assuré, et avoir tous ses papiers administratifs en ordre. » En cas de problème, que ce soit avec un passager ou un motard lui-même, Almánzar affirme que la fédération sera immédiatement informée et qu’une enquête sera lancée via le secrétariat général.
Concernant la polémique récente reliée à l’incident à Santiago, Almánzar indique que la fédération réfléchit à modifier son slogan emblématique, « Une frappe à un, une frappe à tous », qui a été adopté depuis plus de 25 ans. La société civile ayant exprimé son indignation suite à la mort du conducteur de camion de ramassage, cette organisation étudie désormais la possibilité d’un nouveau slogan.
« Nous envisageons un changement. Ce n’est pas une question de violence, mais de solidarité. » indique Almánzar. Le nouveau slogan proposé, « La cause d’un est la cause de tous », vise à renforcer les valeurs d’unité et de soutien mutuel, tout en éloignant l’idée de violence.
Les motards se défendent et veulent rétablir leur image
Manuel García, représentant de l’Union des motards de Los Prados dans la Capitale, insiste sur le fait que « le motard organisé n’est pas violent, contrairement à ce que beaucoup pensent. » Selon lui, ces professionnels sortent chaque jour pour travailler, sans intention de faire du mal à quiconque.
« Nous ne sommes pas tous pareils, » déclare-t-il, tout en attendant des passagers sur la rue Doctor Defilló, près de l’angle de la rue John F. Kennedy. « Après ce qui s’est passé à Santiago, certains voudraient faire passer tous les motards du pays pour coupables. Ce n’est pas juste. »
Ce point de vue est partagé par un autre membre de l’Asociation des motards de l’avenue Núñez de Cáceres, qui a préféré garder l’anonymat. Selon lui, les motards qui ont opéré longtemps dans la rue ont développé un sens professionnel, veillant à respecter les lois de la circulation et à éviter tout comportement dangereux pour eux ou pour les autres.
Il insiste également sur l’importance du respect des règles de la route, telles que la limite de vitesse ou le respect des feux tricolores, afin de garantir la sécurité de tous.
Perspectives et critiques de la population
Malgré ces efforts, une partie du public et des conducteurs de voitures privées ou de taxis n’hésite pas à exprimer sa méfiance et sa frustration face à ce qu’ils perçoivent comme un désordre chronique dans la circulation dominicaine.
« C’est comme un cancer. Je ne sais pas comment on va pouvoir faire face à eux, » confie Venancio Urbino, soulignant qu’il reste prudent quand il croise des motards en raison de leur comportement imprévisible.
De son côté, Rey Esteban, un homme notoirement peu recommandable, déclare que pour éviter les incidents, il faut faire preuve de manœuvres pour « se protéger » des motards. Anthony Ariel, conducteur de bus qui serpente sur la route allant du zoo à l’avenue Duarte, partage cet avis, en qualifiant certains motards de « téméraires », tout en précisant que « tous ne sont pas pareils. »
Wellington Contreras, qui transporte des passagers en moto-taxi, pense que beaucoup de ces comportements proviennent d’un déficit de formation et d’éducation. « Bien que le gouvernement porte une part de responsabilité, » explique-t-il, « il faudrait que les syndicats et les associations réglementent davantage leurs membres. »
Une réalité inquiétante : le nombre d’accidents mortels
Lors de notre reportage, plusieurs témoins ont été témoins d’un grave dérapage impliquant quatre motards à l’angle de l’avenue Núñez de Cáceres et Font Bernard, dans le secteur de San Gerónimo, à Santo Domingo.
En parallèle, les données officielles de l’Office National des Statistiques révèlent qu’entre 2019 et 2023, une moyenne de 1 711 accidents de la route avec décès a été recensée chaque année, soulignant l’ampleur du problème et la dangerosité de cette situation.
Que dit l’Intrant ?
Face à cette problématique, l’Institut National de Transit et des Transports Terrestres (Intrant) a publié sa position. Il explique que « la supervision et le contrôle des routes publiques relèvent de la Direction Générale de Transit et de la Sécurité Routière (Digesett), qui est chargée de faire appliquer la réglementation par des opérations, des contrôles et des sanctions. »
Selon eux, la République Dominicaine dispose d’un cadre juridique solide, notamment la loi 63-17, qui oblige au port du casque, à la possession d’un permis de conduire, à l’assurance et au respect des règles de circulation. En outre, l’Intrant dispose de règlements concernant les casques homologués et la gestion des stations de mototaxi.
Ils insistent donc sur le fait que le vrai défi ne réside pas dans l’absence de lois, mais dans leur application effective. « La clé est dans la traque de ces règles, » affirme le président de l’Intrant, « et dans la promotion constante de campagnes d’éducation à la sécurité routière pour changer les comportements. »
Quelle solution envisager ?
Enfin, l’Intrant insiste sur la nécessité d’un effort coordonné entre différentes institutions. La solution réside dans une action concertée alliant réglementation, sensibilisation et application stricte des lois, afin d’instaurer une véritable culture de sécurité et de respect sur les routes dominicaines.