Les manifestants du Cap-Haïtien promettent de continuer à bloquer la route jusqu’à la réparation des voies et du canal

29 avril 2026

Les manifestants du Cap-Haïtien promettent de continuer à bloquer la route jusqu'à la réparation des voies et du canal

CAP-HAÏTIEN — Des manifestants à Vertières annoncent leur intention de poursuivre le blocage de la Route Nationale n° 1 jusqu’à ce que les autorités interviennent pour réparer une route en mauvais état et déboucher un canal d’irrigation obstrué, cause de crues répétées selon les habitants

Les résidents ont bloqué la route le 28 avril pour la deuxième fois en deux jours, avertissant qu’ils reviendraient encore, affirmant que l’action gouvernementale récente, à savoir le creusement du canal, ne s’attaque pas à la vraie origine du problème.

« On ne peut pas avoir peur de mourir », a déclaré un manifestant qui s’est présenté comme MC Bob. « Si on a peur de mourir, l’État continuera à nous faire passer pour des idiots… On sera de retour demain [29 avril]. »

Les contestataires ont brûlé des pneus et dressé des barricades, perturbant la circulation sur cette artère stratégique reliant les villes du sud à la capitale économique, Cap-Haïtien. La police a tiré des coups de feu pour disperser la foule, ce qui a poussé certains manifestants à prendre la fuite, mais selon des sources locales, des parties de la route restaient bloquées mercredi matin.

Le mouvement de protestation a débuté plus tôt cette semaine, lorsque les habitants ont bloqué la route pour exiger des réparations. Par la suite, les autorités ont délogé les barricades et utilisé un excavateur pour creuser à nouveau le canal dans la nuit, permettant de détourner temporairement l’eau des rues.

Cependant, les résidents considèrent que cette intervention n’est qu’une solution provisoire.

« Ils se contentent de creuser le canal, et quinze jours plus tard, il sera à nouveau plein », explique Luckenson Augustin, un mécanicien de 36 ans qui habite à proximité du lieu de la manifestation. « C’est absurde. »

Les habitants réclament une solution durable face à la persistance des inondations

Le canal, qui relie Des Charriers à Vertières, déborde souvent en période de fortes pluies, inondant les rues et aggravant l’état déjà dégradé des routes.

Les habitants soulignent que l’eau, une fois arrivée à Vertières, est polluée et inutilisable. Ils insistent sur le fait qu’un nettoyage complet et des travaux structuraux pour réparer le canal sont indispensables, plutôt que des excavations temporaires.

« On ne peut pas avoir peur de mourir. Si on a peur de mourir, l’État continuera à nous faire passer pour des idiots… On sera de retour demain [29 avril]. »

MC Bob, un manifestant

Le différend autour du canal remonte à plusieurs années. En 2024, des responsables municipaux avaient promis de démolir les constructions situées à moins de 3 mètres de l’irrigation, mais ils n’ont pas tenu leur engagement.

En février 2026, le délégué du département du Nord, Marc Présumé, avait lancé un ultimatum de sept jours aux habitants pour qu’ils évacuent les constructions illicites. Bien que certains, notamment un propriétaire voisin, aient partiellement respecté cette requête, les efforts plus larges pour démolir et réhabiliter le canal ont été stoppés.

Les résidents dénoncent une accumulation de promesses non tenues, qui exacerbe leur frustration.

« Détruisez ce qu’il faut détruire, puis réparez correctement le canal », insiste Augustin. « Sans cela, ça recommencera sans cesse. »

  • Une partie du canal d’irrigation vu le mardi 28 avril 2026, après le creusement par les autorités municipales. Photo par Onz Chéry / The Haitian Times.
  • Une écolière franchit la barricade tandis qu’une femme la soutient par derrière, le 27 avril 2026. Photo par Onz Chéry / The Haitian Times.
  • Un jeune homme porte un garçon en uniforme scolaire le lundi 27 avril 2026. Photo par Onz Chéry / The Haitian Times.
  • Les manifestants bloquent la route avec un bus, un camion, une voiture et des barres métalliques le lundi 27 avril 2026. Photo par Onz Chéry / The Haitian Times.

Les protestations reflètent une colère plus large contre l’état de l’infrastructure, avec un site historique désormais lieu de manifestation

Ces démonstrations s’inscrivent aussi dans un mécontentement plus général concernant la qualité des infrastructures, le chômage et l’insuffisance des services publics à Cap-Haïtien.

Les tensions ont monté le 25 avril dernier, lorsque des habitants du quartier Champin ont rejeté l’aide alimentaire fournie par le gouvernement, préférant des emplois et des améliorations des infrastructures. Le ministre des Affaires sociales, Marc Elie, se rendait dans la région pour distribuer des sacs de riz, des haricots, des spaghetti et d’autres produits alimentaires.

Les protestations se sont propagées dans plusieurs quartiers, notamment Champin, Cité Lescot et Vertières, avec des manifestants brûlant des pneus et bloquant les routes.

Pour certains habitants, ce mouvement est le signe d’un combat plus vaste pour demander des comptes, dans un pays où les protestations n’ont que rarement abouti à des changements durables.

Vertières est un site à forte symbolique, puisqu’il a été le théâtre de la dernière grande bataille de l’indépendance d’Haïti en 1803. En 1953, un monument en l’honneur des figures clés de la révolution a été érigé à seulement quelques minutes du lieu de la contestation.

Une motocyclette passe devant le monument de Vertières à Cap-Haïtien, mardi 28 avril 2026. Photo par Onz Chéry / The Haitian Times.

De nos jours, cette zone symbolise davantage l’histoire que l’état déplorable de ses infrastructures.

La voie, qui constitue une route nationale importante et ne dispose pas d’alternative, est criblée de nids-de-poule et fréquemment inondée. Les précipitations récentes ont aggravé cette situation, rendant la circulation dangereuse.

Les habitants racontent que des motocyclettes patinent ou se renversent souvent dans les terrains glissants et déformés. Certains ont même rapporté qu’une femme enceinte a été blessée dans un accident de moto cette semaine, ce qui a alimenté la colère et provoqué le blocage.

« Si l’État avait une conscience, il aurait déjà réparé la route », affirme Bélo Jean-Pierre, un chauffeur de taxi. « Nous sommes à Vertières, là où se trouve le monument. Les gens doivent patauger dans l’eau pour traverser. C’est inadmissible. »

Ce blocage perturbe la vie quotidienne, obligeant piétons et élèves à grimper par-dessus les barricades pour atteindre leur destination.

Malgré cette mobilisation, certains habitants restent sceptiques quant à la capacité de ces protestations à engendrer un vrai changement.

« On sera encore comme ça le 18 mai », confie Augustin, en évoquant la Fête du drapeau haïtien. « Les années passent, et rien ne bouge. Ces responsables [du gouvernement] sont maléfiques. »

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.