Port-au-Prince — Peu éloignée de la scène pour les discussions, entourée de tables débordant de vêtements haïtiens traditionnels confectionnés dans du tissu karabela, de chapeaux de paille, de valises en fibres de palmier, et d’écharpes ornées de symboles vèvè enracinés dans l’identité haïtienne — Maëlle Figaro David accueillait les visiteurs pour la toute première Foire de l’Entrepreneuriat Féminin HAIFEX.
Cet événement de deux jours a mis en lumière de manière saisissante la façon dont les femmes utilisent leur créativité et leur sens des affaires pour étoffer leur portefeuille économique et insuffler une nouvelle dynamique dans l’économie haïtienne.
An artisan depuis 1982, Maëlle Figaro David exposait ses créations sous la marque “Tayino”, en proposant des designs imprégnés de la vision ancestrale d’Haïti, en mettant en avant le tissu riche et coloré qui constitue le point central de ses œuvres.
« Je développe un secteur qui s’appuie sur le patrimoine ancestral haïtien, comme un rappel que nous sommes à la fois Taïnos, Africains et Haïtiens », expliquait David, fondatrice de Maëlle Création. « Je organise ce réseau afin que nous puissions véritablement nous habiller en Haitians — et c’est ce que je souhaite mettre en avant lors de cet événement. »
“Selon mon expérience dans le soutien aux entreprises au cours de ces dix dernières années, moins de 10 % des 100 plus grands contribuables d’Haïti sont dirigés par des femmes. Il est grand temps de changer cette dynamique.”
— Emmanuel Grégory Morissette, fondateur de l’exposition HAIFEX
Les 5 et 6 juillet, cette toute première Foire de l’Entrepreneuriat Féminin HAIFEX a permis de valoriser les femmes haïtiennes dont la créativité, la ténacité, et l’énergie continuent de dynamiser des secteurs clés de l’économie. Près de 70 exposantes, réunies par EGM Strategy and Management, ont présenté leurs produits et services à un public en pleine croissance, avide d’innovation.
« Les femmes entrepreneures haïtiennes font preuve d’une résilience et d’une inventivité hors normes », a déclaré Emmanuel Grégory Morissette, organisateur de la manifestation.
« Pourtant, après avoir soutenu des entreprises pendant plus d’une décennie, j’ai constaté que moins de 10 % des plus grands contribuables en Haïti sont dirigés par des femmes. Il est temps d’accélérer le changement. »
L’événement a également été l’occasion pour Maëlle Figaro David de lancer officiellement sa ligne de vêtements “Tayino”, une invitation ouverte aux Haïtiens pour embrasser et célébrer leur culture à travers la mode.
Les visiteurs ont pu découvrir des stands proposant des chaussures artisanales, des ceintures fabriquées à la main, des T-shirts ornés de symboles vèvè, ainsi que des cosmétiques naturels réalisés à partir de plantes locales. La gastronomie n’a pas été en reste, avec des offres variées telles que des paquets de cacahuètes et pistaches, de la noix de coco râpée au sucre, des confitures d’épices traditionnelles, du tamarin et de la liqueur de cerise, ainsi que des boulettes de nourriture à base de choux-fleurs et des racines médicinales, en lien avec des pratiques de préservation de l’environnement.
Parmi les exposants, Les Délices de Vida s’est distinguée avec ses confitures, marmelades, sauces épicées, fruits macérés comme le tamarin, la quenepa, ou encore les cerises alcoolisées, ainsi que des huiles d’olive relevées de piments, toutes destinées à mettre en valeur les saveurs haïtiennes et le potentiel de transformation des femmes dans l’entrepreneuriat.
« Nos produits sont fabriqués localement, sans additifs, entièrement naturels. Il y en a pour tous les goûts, riches en saveurs », expliquaient les représentants de la société.
La foire a également été le cadre idéal pour le lancement de la collection “1804”, fabriquée à la main en Haïti : chaussures, sandales, sacs à main et ceintures pour hommes, femmes et enfants, exposés aux visiteurs lors de la première édition de l’événement.
Les deux jours ont aussi été rythmés par un défilé de mode mettant en avant des créateurs haïtiens, ainsi que par des ateliers axés sur l’inclusion économique des femmes et les stratégies pour développer leur réseau professionnel.
Lors du concours de pitchs, trois femmes – Marie Changlais Aimé, Naichka Léonard et Laure Mendie – ont marqué l’assistance par la solidité de leurs projets et de leurs idées commerciales, recevant chacune une subvention de un million de gourdes pour développer leurs activités.

Malgré l’instabilité politique et l’insécurité qui secouent Haïti, la foire a offert des instants de réflexion, d’apprentissage et de rencontres. Les participants ont affirmé qu’elle créait un espace essentiel pour la visibilité et la reconnaissance des initiatives féminines, tout en offrant une brève parenthèse face aux défis du pays.
« Cet événement est plus qu’une simple foire — c’est un véritable catalyseur pour l’entrepreneuriat des femmes en Haïti », soulignait un des participants.
