Les autorités de Cap-Haïtien détruisent des commerces sur le Boulevard, provoquant une vive insolence

11 janvier 2026

Les autorités de Cap-Haïtien détruisent des commerces sur le Boulevard, provoquant une vive insolence

Cap-Haïtien : une opération de démolition partielle sur le Boulevard en janvier 2026

Le 9 janvier 2026, la municipalité de Cap-Haïtien a lancé une opération de démolition partielle de plusieurs bâtiments situés le long du Boulevard. Selon les responsables locaux, au moins 17 structures ont été visées ce jour-là, principalement des restaurants, des hôtels et d’autres établissements, qui avaient été construits trop près du trottoir, ne respectant pas la règle d’un recul obligatoire de cinq mètres. L’intervention, effectuée à l’aide d’une excavatrice, a suscité des tensions sur place, en particulier parce qu’elle s’est déroulée dans une ambiance chargée d’émotion.

Une opération de nettoyage pour faciliter la circulation piétonne ?

Les responsables de la ville avaient expliqué que cette opération visait à dégager le trottoir pour permettre une circulation plus fluide des piétons. Cependant, cette explication n’a pas fait taire les interrogations. Certains commerçants et riverains ont exprimé leur mécontentement, remettant en question la manière dont les structures ciblées ont été sélectionnées. Ils dénoncent un manque de cohérence dans l’application de la loi, certains établissements étant épargnés alors que d’autres étaient démolis sans raison apparente.

Parmi les entreprises concernées figuraient le restaurant Barik ainsi que l’hôtel Plux, qui avaient déjà subi des dommages lors d’un incendie survenu le 27 mai précédent. Le gestionnaire du restaurant, Henry Max Antoine, a déclaré que son établissement respectait la règle du recul de cinq mètres, et qu’il ne devrait en aucun cas avoir été visé par la démolition.

« Pourquoi ont-ils détruit ici ? Nous ne sommes pas sur le trottoir, nous ne l’occupons pas », a-t-il affirmé, observant les débris autour de lui. « Je ne pense pas qu’ils aient un quelconque problème avec moi, ni avec le délégué du Nord, Marc Présumé. »

Une escalade de tension pendant l’opération

La tension a rapidement monté en intensité lorsque l’opération a été en cours. La police nationale de Cap-Haïtien a arrêté un homme après qu’il ait poussé l’avocat de la ville, Éno Zéphirin. Ce dernier a raconté avoir été frappé au visage par cet individu après son arrestation. L’homme, dont l’identité n’a pas été divulguée, a été blessé à la tête suite à une chute provoquée par les policiers qui le maîtrisaient.

« Je vais engager des poursuites pour insolence, manque de respect et outrages contre l’avocat de la ville », a indiqué Zéphirin aux journalistes.

Plusieurs résidents ont assisté en spectateurs à cette scène tandis que les pelleteuses démolissaient des structures dans les quartiers commerciaux les plus fréquentés du boulevard. Certains ont aidé les commerçants à évacuer leurs marchandises telles que des food trucks et du matériel, tandis que d’autres n’ont pas mâché leurs mots et ont exprimé leur frustration à l’encontre des autorités.

Des accusations de démolition sélective

Le délégué Présumé a répondu à ces accusations, niant toute distinction dans sa démarche. « Nous ne sommes pas venus pour tout détruire. Si c’était le cas, nous aurions rasé tout ce qui se trouvait sur le boulevard », a-t-il déclaré aux journalistes. Il a ajouté que leur objectif était simplement de retirer les structures non conformes en insistant sur le fait que « le trottoir doit être réservé aux piétons ».

Le délégué a précisé que des travaux de nettoyage seront effectués une fois la démolition terminée, notamment en enlevant tous les débris accumulés, et que des sièges seraient installés pour le confort du public.

Une opération menée sous haute surveillance

Il n’est pas évident si les propriétaires des bâtiments ont été informés par écrit avant la démolition. Pourtant, il semblerait que le délégué Marc Présumé ait déjà commencé à s’en prendre à certains établissements, notamment le 23 décembre dernier, lorsqu’il a entrepris de démanteler partiellement l’hôtel Plux. Son propriétaire, Salomon, a par la suite reconstruit une structure provisoire, tandis que Présumé, le 8 janvier, est retourné sur le boulevard pour avertir qu’il reprendrait les opérations dès le lendemain matin.

Des établissements préservés dans la controverse

Malgré cette vigueur dans l’application des mesures, plusieurs lieux populaires le long du boulevard n’ont pas été touchés. Parmi eux, le Lakay Bar Restaurant, le Gwòg Bar n’ Grill et le Boukanye Bar & Grill. Leur épargne a alimenté de nouveaux débats sur la régularité et la cohérence des interventions.

Présumé est même allé jusqu’à passer devant le Lakay Bar Restaurant lors de l’opération, et a ordonné aux employés d’enlever de grandes caisses qui encombraient le trottoir. Habituellement, les clients du Lakay s’asseyent en extérieur, devant le bar, mais lorsque les démolisseurs étaient sur place, les employés ont déplacé les chaises à l’intérieur pour protéger leurs espaces.

Outre Marc Présumé et Éno Zéphirin, c’est également la maire, Angie Bell, qui était présente lors de cette opération. Celle-ci a déclaré : « Tout le travail doit être terminé ; cela ne se fait pas en un week-end. Nous devons aussi intervenir dans les montagnes, car les constructions y sont également problématiques. Il faut détruire partout, pas seulement ici, afin de préserver la ville. »

Liste des établissements démolis ou ciblés

Voici un inventaire des 17 structures connues ayant été détruites lors de cette opération :

  • 1. Restaurant Barik
  • 2. Hôtel Plux
  • 3. Restaurant de l’Hôtel Plux
  • 4. Potiwa Cap-Haïtien (pizzeria)
  • 5. Aaden’s (food trucks)
  • 6. Cap Fast Food (food truck)
  • 7. Hainet’s (fournisseur d’accès internet)
  • 8. Sans Souci FM (radio)
  • 9. Uvis (glacier)
  • 10. Royaume des Témoins de Jéhovah (église)
  • 11. Quartier général de l’orchestre Septentrional (groupe musical)
  • 12. Hôtel Retrouvailles
  • 13. Kiosque à loterie
  • 14. Vayb House Bar & Resto
  • 15. BM Multi Service (services de copie/impression) / Bien Transport
  • 16. Centre Providence (vente de boissons en stock)
  • 17. Inconnu

Il n’est pas encore certain quand la ville poursuivra ces démolitions le long du boulevard. Pour l’instant, l’endroit présente un visage bien différent de ce qu’il était auparavant. Là où les habitants circulaient librement entre restaurants et boutiques, il ne reste aujourd’hui que des piles de débris jonchant les trottoirs. Le boulevard, longtemps considéré comme le cœur social et commercial de la ville, semble avoir perdu une grande partie de son attrait, fragilisé par la rigueur des nouvelles règles de construction et par les questions en suspens sur la manière dont ces décisions ont été prises.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.