Le nouveau conseil de Port-de-Paix prend ses fonctions face aux revendications des habitants sur la crise de l’assainissement

21 avril 2026

Le nouveau conseil de Port-de-Paix prend ses fonctions face aux revendications des habitants sur la crise de l'assainissement

Une nouvelle ère pour Port-de-Paix : un conseil municipal provisoire plein d’espoir

Un conseil municipal provisoire, composé de trois membres, vient tout juste d’être nommé à Port-de-Paix, ravivant parmi les habitants une lueur d’espoir prudemment optimiste. Ces citoyens attendent avec impatience des mesures concrètes pour inverser plusieurs années de gestion défaillante qui ont sérieusement fragilisé la capitale du Nord d’Haïti, confrontée à de graves problèmes d’assainissement et à une dégradation préoccupante des conditions de vie.

Sworn in le 27 mars et installé officiellement le 31, ce nouveau conseil remplace l’administration de l’ancien maire Josué Alusma, dont la décennie de mandat a été largement décriée par la population et par les observateurs comme étant inefficace. Pendant cette période, la qualité des services publics fondamentaux s’est détériorée de façon spectaculaire : les systèmes de gestion des déchets se sont effondrés, la planification urbaine a été quasi inexistante, contribuant à des inondations récurrentes, à une dégradation environnementale progressive et à des montagnes de déchets qui envahissent la ville.

Une métropole éprouvée par des années d’oubli, sous un leadership neuf et des attentes élevées

Au cours de la dernière décennie, Port-de-Paix a été confrontée à une série de défis eux-mêmes croissants : un accès limité à l’eau potable et aux services de sanitation de base, des réseaux de drainage défectueux, ainsi qu’une expansion urbaine non réglementée. Les inondations deviennent de plus en plus fréquentes, et les espaces publics se remplissent de marchés informels, aggravant encore plus la saleté et la congestion.

Les habitants, tout comme les observateurs locaux, dénoncent le fait que toutes les administrations municipales successives n’ont pas su mettre en place des solutions pérennes, laissant la ville se délabrer jour après jour.

« Après plus de dix ans d’immobilisme et de gouvernance médiocre, ce changement fait du bien », confie Johnson Jean-Baptiste, professeur à l’université.

Certains agents municipaux évoquent également des dysfonctionnements à l’intérieur même de la gestion locale, à commencer par des retards de paiement importants qui ont persisté plus de deux ans. Un agent, souhaitant rester anonyme, affirme que certains employés doivent encore jusqu’à 30 mois de salaires, mais qu’ils restent cependant disposés à collaborer avec la nouvelle équipe.

Ce Conseil provisoire est dirigé par Ralph Moreau, un entrepreneur ayant été éducateur dans la ville pendant plus de trente ans. À ses côtés, on trouve Barbara Dolanda Wendy Mertilus, une spécialiste en informatique et jeune conseillère, ainsi que Jamesky Jeanty, adjoint au maire, avocat et journaliste. La composition de cette équipe, alliant jeunesse et expérience, symbolise une volonté de renouveau.

 « Ensemble, avec détermination, nous guiderons notre ville vers la relance et la prospérité. Restons unis : la victoire est à nous. »

Ralph Moreau, président du conseil

Ralph Moreau a promis de mettre l’accent sur la transparence, l’engagement citoyen et la responsabilisation de chacun.

« Notre administration reposera sur la confiance, la communication et le service public, » a-t-il déclaré lors de son discours inaugural. « Nous serons une équipe de rassembleurs. »

Les habitants ont de grandes attentes, surtout en ce qui concerne l’assainissement.

« Ce conseil doit désengorger la ville et la rendre vivable, » indique Dieuna Marcelus, 35 ans.

D’autres espèrent que la ville pourra retrouver la réputation qui était la sienne en matière de propreté.

« À la fin de leur mandat, ils doivent laisser une municipalité meilleure qu’à leur arrivée, » affirme l’avocat Lavaroche Rock.

Fritzner Myrtil partage cet avis : « Sous l’administration précédente, la ville a sombré encore davantage dans l’insalubrité. Notre charmante ville côtière a complètement reculé. L’ancien maire a agi plus comme un destruiseur qu’un visionnaire. »

Les priorités immédiates : l’assainissement et l’ordre urbain

Ralph Moreau a présenté ses premières mesures, notamment la relance de la collecte des déchets, la récupération des espaces publics occupés par des vendeurs ambulants et la relance d’initiatives citoyennes telles que le nettoyage collectif des quartiers.

« Nous devons retrouver la possibilité de nous promener et de nous asseoir dans nos espaces publics, » affirme-t-il, tout en reconnaissant que certaines décisions pourraient être impopulaires, mais nécessaires pour le bien collectif.

« Ces mesures difficiles seront mises en œuvre de façon progressive, accompagnées de campagnes d’éducation citoyenne, » explique-t-il.

Le conseil envisage également de rapatrier la mairie dans son bâtiment d’origine dans le cadre d’un effort plus large de stabilisation institutionnelle.

Une implication communautaire cruciale pour réussir

Les leaders locaux et les habitants insistent sur le fait que sortir la ville de ses années de déclin nécessitera des efforts collectifs.

L’entrepreneur Guy Macena souligne également le rôle de la diaspora dans cette relance.

« La diaspora sera un partenaire essentiel pour changer le visage de la ville, » affirme-t-il.

Malgré cet optimisme renaissant, les défis restent nombreux : infrastructures vétustes, dégradations environnementales, faiblesses institutionnelles… Tous ces enjeux exigent des investissements soutenus et des réformes en profondeur dans la gouvernance locale.

Pour l’heure, la population surveille de près si le nouveau conseil pourra tenir ses promesses.

« Le progrès ne sera possible que si nous changeons notre mentalité, » conclut Ralph Moreau. « Sans cela, rien ne s’améliorera. »

Pour beaucoup à Port-de-Paix, cette transition représente non seulement un changement de leadership, mais aussi un véritable test pour savoir si une gouvernance efficace pourra enfin s’installer après des années de déclin.

« Nous sommes prêts à travailler avec la nouvelle équipe pour instaurer un changement véritable dans notre ville. Pendant longtemps, nous avons montré notre volonté de collaborer, malgré le retard de 30 mois de salaires », confie un employé souhaitant garder l’anonymat pour éviter toute répercussion.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.