Une arrestation qui suscite la controverse et une demande de libération
Le maire de Milot, Wesner Joseph, a été placé en garde à vue mercredi, dans le cadre de l’enquête en cours concernant la terrible bousculade qui a coûté la vie à plus de 25 personnes ce weekend, lors d’un événement à la Citadelle Laferrière. Sa détention, qui dure déjà trois jours, a provoqué une vague de protestations dans la ville, les habitants estimant qu’il est victime d’un véritable coup monté et réclamant sa libération immédiate.
« Mais après l’interrogatoire, ils doivent le libérer », a-t-il affirmé.
Wesner Joseph est détenu depuis le 13 avril, deux jours après le drame, au poste de police de Cap-Haïtien, la capitale du département du Nord auquel appartient Milot. Selon des sources proches des forces de l’ordre, sa cellule est extrêmement insalubre, ce qui cause une grande détresse au maire. La préoccupation monte parmi la population locale, certains craignant qu’il ne soit tenu responsable de la tragédie. Plusieurs habitants ont même incendié des pneus dans les rues mardi pour exiger sa libération.
Il reste encore difficile de déterminer quand l’interrogatoire arrivera à son terme.
Une mobilisation locale pour la libération de Wesner Joseph
Des affiches de protestation circulaient, annonçant une mobilisation pour exiger la libération du maire de Milot. Sur ces affiches, on pouvait lire : « Nou pap pran nan konplo sa! Nou mande liberasyon Majistra Wesner Joseph », ce qui signifie en français « Nous ne sommes pas dupes de cette conspiration ! Nous exigeons la libération du maire Wesner Joseph. »
Une polémique autour de la permission de la fête et la responsabilité en cause
Après la diffusion de photos montrant des bracelets portant l’inscription « Milot’s Mayor’s Office 2026 » (la mairie de Milot 2026), qui ont circulé massivement après le drame, certains ont aussitôt laissé entendre que la municipalité aurait donné son accord pour organiser cette fête. Pourtant, selon le porte-parole de la mairie, Carcéus, aucune autorisation officielle n’avait été délivrée par les autorités municipales pour cette événement, ce qui exonère donc la ville de toute responsabilité dans cette tragédie. Il précise en outre que l’organisme chargé de valider ce genre d’évènements à la Citadelle Laferrière est l’Institut Haïtien pour la Protection du Patrimoine Culturel, connu sous le sigle ISPAN.
L’événement baptisé « Citadelle Vibes 3.0 » avait été présenté comme une manifestation pour la jeunesse, promue par un influenceur très populaire sur les réseaux sociaux, Dope Fresh, qui a attiré de nombreux visiteurs. La majorité de ces participants étaient issus de sorties scolaires ou de voyages en groupe organisés par des églises, une activité courante en avril. La citadelle étant un site inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, elle accueille chaque année beaucoup de visiteurs à cette période.
Selon les chiffres officiels, environ 3 000 personnes étaient présentes sur le site le jour du drame, ce qui témoigne de l’importance de cet événement.

Autres arrestations et démission du ministre de la Culture
Au-delà de l’inculpation de Wesner Joseph, la police a interpellé lundi cinq agents de sécurité présents à la mairie ainsi que deux employés de l’ISPAN. Les policiers ont identifié ces derniers comme Wilfrid César et Valmyr Tchelin, tandis que les agents de sécurité sont Jhon « Misyon » Coxllee, Genovè Octavien, Altidor Arly, Louis Max Andy et Césaire Wilner Billy.
Par ailleurs, le ministre de la Culture et de la Communication, Jean Garry Denis, a déposé sa démission auprès d’Alix Fils-Aimé. Bien que le ministre n’ait pas explicitement expliqué que sa démission était liée à la catastrophe de la Citadelle, il a évoqué la « insuffisance de protections pour les biens culturels » comme motif principal. Selon lui, sa démission prendra effet au 1er mai.
Le début de la panique aurait été déclenché lorsque les agents de sécurité de la mairie ont fermé l’une des deux entrées principales du site pour percevoir les frais d’entrée. Les visiteurs bloqués à l’extérieur ont tenté de forcer leur passage, notamment lorsque la pluie a commencé à tomber. La police, ou les agents de sécurité, ont alors tiré en l’air avant de lancer des gaz lacrymogènes. La cohue qui a suivi a été meurtrière, avec certains morts par suffocation, d’autres dans la mêlée.
Haiti observe actuellement une période de deuil national de trois jours, qui a débuté le 14 avril.