La compagnie théâtrale ‘Kay’Art’ du Cap-Haïtien raconte l’histoire méconnue de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines – Photos

23 novembre 2025

La compagnie théâtrale ‘Kay’Art’ du Cap-Haïtien raconte l’histoire méconnue de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines – Photos

Cap-Haïtien : Une relecture historique avec la troupe de théâtre Kay’Art

En s’inspirant du riche passé historique d’Haïti, la compagnie théâtrale Kay’Art s’efforce de remettre en lumière des épisodes peu connus et des figures longtemps négligées de l’histoire haïtienne. Leur dernière initiative, centrée sur la mort du héros de la liberté et libérateur Jean-Jacques Dessalines, survenue le 17 octobre 1806, ouvre un nouveau regard sur un chapitre encore marqué par de nombreuses questions non résolues.

Le 9 octobre dernier, dans l’auditorium du Collège Notre-Dame du Cap-Haïtien, Kay’Art a présenté une pièce originale intitulée « Dessalines, Haine ou Ambition de pouvoir » — ou encore « Dessalines, Haine ou Une quête de pouvoir ». Cette œuvre vise à raviver des fragments oubliés de l’histoire, en proposant une lecture différente de l’assassinat de Dessalines, survenu le 17 octobre 1806. La mise en scène, élaborée sous la supervision de plusieurs historiens dont Angelot Bell, cherche à explorer des détails rarement consignés dans les archives ou enseignés dans les programmes officiels.

« Dessalines est considéré comme le père de la nation, pourtant peu de documents évoquent concrètement les circonstances de son assassinat », confie le président de Kay’Art, Chris Withersny Bell.

« Dessalines est le père de la nation, pourtant peu de documents évoquent concrètement les circonstances de son assassinat. »

Acteur Chris Withersny Bell

La pièce revient également sur les motivations des généraux impliqués dans cet acte fatal, en mettant en lumière leurs luttes internes et la pression exercée par la jeune république. Certains acteurs du drame ont estimé que ces décisions difficiles étaient jugées nécessaires pour assurer l’avenir de la jeune nation, précisent les producteurs de la pièce.

  • Le réalisateur Hed’D Benton’N remercie le public après la fin de la pièce

Pour certains acteurs, cette expérience a permis de constater combien les premières pages de l’histoire d’Haïti restent encore fragmentées. Dave Barnard Audigé, l’un d’eux, confie que jouer ce rôle l’a confronté à de nombreuses lacunes dans la narration historique du pays.

Une scène a suscité des réactions particulièrement vives, celle dépeignant la relation entre Dessalines et Euphémie Daguilh. La pièce suggère que cette dernière, considérée comme la mère de son dernier enfant, aurait pu collaborer avec le général Yayou lors du complot qui a conduit à l’embuscade de Dessalines à Pont-Rouge, à Port-au-Prince — illustrant ainsi la coexistence de plusieurs récits concurrents encore présents dans la mémoire collective.

Jouer Dessalines m’a fait réaliser à quel point nous ignorons encore l’histoire réelle d’Haïti.

Acteur Dave Barnard Audigé

La pièce intègre également des séquences de danse folklorique, renforçant le lien entre la performance et la culture haïtienne. Parmi les scènes qui ont fait débat, celle représentant les derniers instants de Dessalines à Pont-Rouge a été saluée comme étant symbolique, évoquant « la présence d’esprits guides aux côtés de Dessalines — et le moment où il semblait prêt à leur faire ses adieux » selon un spectateur.

Fondée en novembre 2023, Kay’Art se donne pour mission de raviver le théâtre dans la région nord d’Haïti. La troupe ambitionne aussi de faire découvrir des pans méconnus de l’histoire haïtienne aux jeunes générations. Leur dernière création, insistent-ils, n’est qu’un début.


Voici quelques images illustrant la pièce de Kay’Art :

Une scène d’une réunion entre l’empereur Jean-Jacques Dessalines et plusieurs généraux.
Une scène décrivant le moment où Dessalines est choisi comme gouverneur à vie et où les généraux Pétion, Boisrond Tonnerre, Yayou et Gérin trinquent en son honneur.
Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur — incarnée par Erica Arélus — lors du banquet célébrant la proclamation de l’empereur Dessalines.
Une scène du banquet pour l’accession au trône de Dessalines, avec à gauche une émissaire en blanc et à droite l’épouse de Dessalines, Marie-Claude Heureuse Félicité Bonheur, campée par Erica Arélus.
Trois femmes actrices incarnant Marie, Marie Sainte Dédée Bazile dite ‘Défilé la Folle’ et Zazou, qui viennent avertir Dessalines de ses dérives dans la gouvernance.
Jean-Jacques Dessalines partage ses pensées avec le général Charlotin Marcadieu à la maison d’Euphémie.
Le général Yayou se rend chez Euphémie Daguilh pour connaître le secret confié à Dessalines, en contestant qu’il aurait échangé la boîte contenant son âme.
Une scène où l’on suppose que Yayou est allé chez Euphémie Daguilh pour connaître le secret que Dessalines lui confié, et qu’il aurait échangé la boîte contenant l’âme de Dessalines contre une autre.
Une scène où Dessalines confie un cadeau à sa maîtresse Euphémie Daguilh, lui révélant ‘son secret’. Il lui explique pourquoi il ne peut pas mourir.
Une scène où Dessalines partage avec Euphémie Daguilh la raison pour laquelle il ne peut mourir, dévoilant ‘son secret’.
Une scène illustrant le moment où Yayou s’est rendu chez Euphémie Daguilh pour connaître le secret que lui avait confié Dessalines, et où il aurait échangé la boîte contenant son âme.
Une scène où Dessalines confie un cadeau à sa maîtresse Euphémie Daguilh, lui révélant ‘son secret’. Il lui explique pourquoi il ne peut pas mourir.
Une scène où Dessalines révèle à Euphémie qu’il ne peut mourir, et partage avec elle son « secret ».
Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.