Juan Pablo Duarte : Le père de la nation et sa vision de la politique
Juan Pablo Duarte, considéré comme le fondateur et le père de la République dominicaine, possédait une conception claire et ferme de la politique. Que cette dernière ait évolué au fil du temps ou que l’action contemporaine de certains politiciens ait redéfini le concept dans l’esprit des Dominicains, Duarte incarnait des principes forts. Sa vision de la politique ne se limitait pas à une simple activité de gestion ou de pouvoir, mais représentait une véritable science noble, enfouie dans ses valeurs fondamentales, juste après la philosophie.
Il voyait cette discipline comme un domaine dont l’origine remontait à la Grèce antique, mais surtout comme un engagement dévoué, une vocation visant à servir le bien commun. Pour Duarte, la politique ne devait jamais être un moyen d’enrichissement personnel ou de spéculation, mais plutôt une tâche qui consiste à placer l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tous les autres intérêts individuels. Son principe essentiel était que toute action politique devait servir la patrie dans une optique de sacrifice personnel, d’intégrité et de transparence.
Une conception patriotique du service public
Wilson Gómez Ramírez, président de l’Institut Duarte, explique que le leader patriotique considérait que la fonction publique devait être avant tout un canal de service public, et non un véhicule pour des intérêts personnels ou des ambitions égoïstes. Pour lui, cette vision impliquait nécessairement un sacrifice personnel et une opportunité de contribuer à la richesse et au progrès du pays par un travail honnête, sincère et intègre.
Gómez Ramírez ajoute : « Une autre idée de Duarte qui reflète sa conviction profonde que s’engager dans la noble tâche de servir le peuple est une démarche valorisante, c’est lorsqu’il encourageait les citoyens à se détacher des intérêts personnels au profit de l’intérêt général. Il affirmait : ‘Travaillez pour la patrie, travaillez pour nos enfants, et travaillez aussi pour vous-mêmes.’ »
Intégrité et exemplarité : le modèle Duarte
Le président de l’Institut Duarte a souligné que Duarte incarnait la plus haute preuve d’intégrité à travers sa responsabilité. Lorsqu’il était général, en tant que sous-commandant de l’Armée expéditionnaire du Sud, il fut soudainement convoqué à Santo Domingo par le Conseil électoral central. Face à cette situation, il remit un rapport détaillé sur la manière dont il avait dépensé chaque centime destiné aux troupes. Sur le total reçu, il avait dépensé seulement 17,3 %, en remettant 82,7 % à la trésorerie et en obtenant le reçu officiel attestant de cette gestion rigoureuse.
Les idées politiques de Duarte
Il a également laissé une trace indélébile dans l’histoire à travers une déclaration fondamentale, un document qui expose en détail ses idées sur la politique et la gouvernance. Ce texte témoigne de son profond engagement envers l’état de droit, le respect des droits fondamentaux et des garanties, ainsi que de sa conception de la certitude juridique et de la souveraineté nationale.
Gómez Ramírez insiste sur le fait que ce document reflète l’attachement inébranlable de Duarte à l’indépendance et à la légitimité. Sa conviction qu’un pays doit reposer sur des bases solides, avec un respect scrupuleux des lois, reste encore aujourd’hui une référence dans la conception politique nationale.
Le regard de Duarte sur la République dominicaine du futur
Dans un entretien accordé au journal *Hoy*, le juriste a été interrogé sur la manière dont Duarte percevrait la République en 2026. Son regard se voulait sincère : « Je me sentirais profondément honteux face au manque d’honnêteté, d’engagement et de désintéressement de la majorité des responsables de la vie nationale. Trop souvent, l’intérêt supérieur de la nation n’est pas la priorité dans la gestion publique ou privée, au profit d’intérêts personnels ou familiaux. La corruption, la recherche d’avantages individuels, ont malheureusement fini par corrompre tout le système. »
Mais, malgré cette appréciation critique, il déclarait ressentir de la fierté en constatant que certains aspects de son rêve pour le pays étaient en train de devenir réalité :
« Aujourd’hui, l’État porte le nom qu’il lui a donné, notre drapeau flotte avec dignité, l’emblème national et la devise « Dieu, la Patrie, la Liberté » sont gravés dans la Constitution. »
Les racines et la jeunesse de Duarte
Né le 26 janvier 1813 à Santo Domingo, Juan Pablo Duarte était le fils de Juan José Duarte Rodríguez, un marchand espagnol, et Manuela Díez Jiménez. À l’âge de 15 ans, en 1828, il fut envoyé en Europe pour poursuivre ses études, car l’Université de Santo Domingo avait été fermée lors de l’occupation haïtienne. Il vécut dans plusieurs pays, notamment en Angleterre, en France et en Espagne, où il fut exposé à des idées libérales et nationalistes prônant la liberté des peuples. Ces idées eurent une influence profonde sur sa réflexion.
Le combat pour l’indépendance
De retour dans son pays en 1831, Duarte avait une aspiration claire : lutter pour l’indépendance du peuple dominicain et créer une nation libre. Son engagement se manifesta dès lors avec la fondation, le 16 juillet 1838, de La Trinitaria, une société secrète dont le but était d’organiser la lutte pour l’indépendance. Parmi ses premiers membres, figuraient Juan Isidro Pérez, Félix María Ruiz et José María Serra. Par la suite, Francisco del Rosario Sánchez et Matías Ramón Mella rejoignirent le mouvement, jouant des rôles clés lors de la proclamation de l’indépendance, le 27 février 1844.
La Trinitaria prônait des valeurs telles que l’amour du pays, le sacrifice et le dévouement civique, inspirant toute une génération à s’engager dans la voie de la liberté et de la souveraineté. La lutte de Duarte demeure encore aujourd’hui un symbole de la lutte nationale pour l’indépendance et l’affirmation de l’identité dominicaine.