Hôpital en Haïti recherche d’anciens titulaires du TPS pour pourvoir des postes médicaux

27 août 2026

Hôpital en Haïti recherche d'anciens titulaires du TPS pour pourvoir des postes médicaux

Un centre médical en Haïti cherche à recruter d’anciens bénéficiaires du TPS pour pourvoir ses postes médicaux

FONDS-PARISIEN, Haïti — Alors que de nombreux Haitiens résidant aux États-Unis tentent de faire face à la fin du Statut de Protection Temporaire (TPS), un centre médical rural en Haïti lance un appel à l’aide pour recruter des médecins spécialistes, des infirmiers et d’autres professionnels de santé, ceux qui envisagent un retour dans leur pays natal.

Les responsables du Higgins Brothers Surgicenter for Hope, un établissement de 125 lits situé à Fonds-Parisien, à environ 80 minutes en voiture à l’est de Port-au-Prince, affirment qu’ils ont besoin de spécialistes en anesthésie, en médecine interne, en pédiatrie, en maladies infectieuses, ainsi que d’infirmiers et autres personnels pour suivre la demande croissante. Géré par la Higgins Brothers Foundation, une organisation à but non lucratif basée aux États-Unis, cet hôpital communautaire dessert environ 1 600 patients chaque mois.

Le Dr Edward “Ted” Higgins, fondateur et président de Higgins Brothers Surgicenter, explique que travailler dans cette structure constitue une voie pour les Haitiens qui reconsidèrent leur avenir aux États-Unis.

« Nous offrons aux professionnels bien formés une belle opportunité pour mettre à profit leur expérience acquise à l’étranger dans leur pays, où l’offre de soins reste fortement limitée et les équipements médicaux font face à d’importantes pénuries de personnel qualifié », confie-t-il lors d’un entretien récent.

Ce recrutement s’inscrit dans une série de démarches visant à encourager les Haitiens rencontrant des difficultés d’immigration aux États-Unis à envisager un retour à Haïti, comme une alternative viable susceptible d’avoir un impact durable sur le développement du pays.

« Notre objectif est de transformer ce potentiel retour en opportunités concrètes et d’accroître l’accès aux soins pour des communautés qui en ont longtemps été privées », précise le Dr Jacques Peterson Thosiac, chirurgien en chef du centre.

Dans une annonce d’offre d’emploi, l’établissement détaille les postes disponibles, le profil recherché, le processus de candidature, la date limite et les coordonnées. Il indique aussi qu’il offre un environnement professionnel dynamique, avec des possibilités d’évolution et de formation continue, tout en participant à une mission d’impact significatif pour la santé communautaire.

Globalement, ses responsables déclarent être prêts à accueillir des professionnels de santé haïtiens qualifiés, qui ont effectué leur carrière à l’étranger, afin qu’ils puissent exercer leur métier tout en contribuant à combler les lacunes du système de santé du pays.

« C’est une excellente nouvelle », affirme Karyll Hyacinthe, fondateur et président de dyaspora.ht, une plateforme numérique nouvellement créée qui vise à connecter les Haïtiens autour du monde désireux de partager compétences, ressources et idées pour sortir Haïti de ses crises.

« Toute organisation ou entreprise avec de telles initiatives ne peut qu’être bénéfique pour Haïti, à condition que la prise de décision soit équitable », ajoute Hyacinthe, spécialiste en gestion patrimoniale basé à Atlanta. « Les salaires et avantages devraient être uniformes, que les professionnels reviennent de l’étranger ou vivent déjà en Haïti. »

Selon le Dr Dieunord Saint Louis, directeur médical de l’établissement, les salaires mensuels proposés aux professionnels en forte demande au Fonds-Parisien varient entre 2 000 et 4 000 dollars. Ces chiffres sont nettement supérieurs à ceux pratiqués dans le reste du système de santé haïtien, qui selon les données disponibles, oscillent entre 500 et 1 500 dollars par mois.

  • Les membres du personnel posent devant le centre de maternité du Fonds-Parisien lors de la célébration du 10e anniversaire de l'organisation en août 2025. Photo gracieuseté de Higgins Brothers Surgicenter.
  • Une vue du bâtiment principal du Higgins Brothers Surgicenter for Hope à Fonds-Parisien, le 16 juillet 2026, avec la salle d’attente sur la véranda. Photo gracieuseté de Higgins Brothers Surgicenter.

Une expansion qui a pris des décennies à se concrétiser

Situé à une dizaine de kilomètres à l’ouest de Malpasse, principal point de passage entre Haïti et la République Dominicaine, l’hôpital a connu une croissance significative depuis son ouverture il y a environ dix ans.

À l’origine, cet établissement, géré par une organisation chrétienne de la diaspora appelée Haitian Christian Mission (HCM), était connu sous le nom de Christ for All Medical Center. Face à des difficultés financières en 2020, l’organisation a envisagé sa fermeture, rapporte Higgins. Par la suite, le Higgins Brothers Surgicenter for Hope a repris la gestion de la clinique, modifié son personnel et rénové ses installations.

Higgins, installé dans le Missouri, explique que, après le tremblement de terre de 2010, des équipes chirurgicales bénévoles se sont régulièrement rendues en Haïti pour fournir des soins, former des résidents haïtiens en chirurgie de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), ainsi que des infirmiers opératoires.

En 2018, plusieurs résidents en chirurgie et anesthésie, formés par ces équipes, approchaient de la fin de leur formation. Higgins leur a alors proposé de poursuivre leur pratique au Fonds-Parisien, plutôt que de quitter Haïti.

Plusieurs de ces médecins font aujourd’hui partie des quelque 100 employés du centre, affirme Higgins. Depuis, le centre s’est développé pour offrir un large éventail de soins : médicaux, pédiatriques, obstétriques, urologiques, traitement du VIH, soins dentaires, laboratoires, rééducation et services d’urgence 24 heures sur 24.

Parmi ses près de 125 lits répartis sur le campus, 25 sont destinés à la chirurgie, 12 à la maternité et 20 à la médecine. D’autres 8 à 10 lits pour la pédiatrie devraient être ajoutés après rénovation du service.

En 2024, le centre a réalisé près de 400 interventions chirurgicales, offert près de 12 000 consultations médicales et pris en charge plus de 2 100 patients en urgence, précise Higgins.

Dans toutes ses disciplines, le centre voit environ de 1 200 à 1 600 patients chaque mois, précise Higgins. En juillet dernier, il a enregistré son meilleur mois avec plus de 100 interventions, record jusqu’ici.

L’expansion du centre a également entraîné une hausse de la demande en personnel médical et en logements. L’organisation construit actuellement de nouvelles résidences pour les professionnels qui souhaitent s’installer durablement.

Un nouveau bâtiment médical, inscrit dans un plan d’agrandissement total de 4,3 millions de dollars sur quatre ans, offre davantage d’espace pour les cliniques, tandis qu’un dortoir de 22 chambres permet aux médecins et infirmiers de rester disponibles 24 heures sur 24 pour toute urgence.

« Nous construisons des logements et soutenons un projet de logement à long terme pour accueillir des professionnels de santé qui veulent rester parmi nous », déclare Higgins, en soulignant que le budget annuel de l’hôpital se situe entre 1,3 et 1,5 million de dollars, dont une part importante est consacrée aux salaires.

L’ensemble des opérations de l’établissement est principalement financé par des dons individuels et organisationnels, des campagnes de collecte, des événements caritatifs, ainsi que de faibles frais de services pour les patients capables de payer.

Le projet de logement inclut aussi un programme permettant aux employés d’obtenir jusqu’à 40 000 dollars, via un système de subventions et de prêts en partenariat, pour construire leur propre maison dans la communauté. Higgins précise que la partie prêt, d’environ 20 000 dollars, est remboursée par des déductions successives sur la fiche de paie.

« Ce programme est très apprécié », affirme Higgins.

Cependant, étant situé à une dizaine de kilomètres à l’est de zones fréquemment touchées par des activités de gangs — notamment le long de la route nationale 8 et à Croix-des-Bouquets, bastion du gang 400 Mawozo mené par le tristement célèbre Wilson “Lanmò San Jou” Joseph — la sécurité demeure une préoccupation majeure.

Thosiac et Saint Louis indiquent disposer d’un système de sécurité privé, comprenant une collaboration avec la Police Nationale d’Haïti (PNH), une société de sécurité privée, et du personnel bien formé opérant 24 heures sur 24.

« Notre force de sécurité privée de police nous a permis d’éviter des attaques et a renforcé la vigilance communautaire », explique Higgins.

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Ce besoin en personnel survient dans un contexte où l’insécurité, les déplacements forcés et l’accès limité aux soins de base continuent de peser lourdement sur le système de santé haïtien. Plusieurs structures ont suspendu leurs activités ou réduit leurs services dans des zones touchées par des groupes armés, notamment dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, dans certaines parties du département de l’Artibonite inférieur, ainsi qu’à Mirebalais, dans le Centre.

Les patients peinent aussi à accéder aux hôpitaux lorsque des groupes armés contrôlent ou perturbent des axes routiers majeurs. Dans certaines régions, des établissements ont fermé ou considérablement limité leurs interventions.

Malgré ces difficultés, Higgins affirme que le centre de Fonds-Parisien continue de recevoir des patients venant de Port-au-Prince et des environs.

« Nous avons surtout besoin de professionnels pour combler presque toutes les disciplines », souligne Thosiac. « Nous recherchons des praticiens haïtiens qui souhaitent revenir en Haïti, dans notre communauté sûre et sécurisée de Fonds-Parisien. » Le centre veut ainsi se positionner comme une destination attrayante pour ceux qui voudraient exercer leur métier dans un environnement stable et propice au développement. »

Ce portrait de la situation dans le secteur de la santé en Haïti montre que malgré les nombreux défis, des initiatives comme celle du Fonds-Parisien pourraient offrir une lueur d’espoir pour l’avenir, en attirant des professionnels dévoués prêts à servir dans leur propre pays, pour le bien de leur communauté et de tout le peuple haïtien.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.