Homme haïtien attaque un village dans le nord-est d’Haïti, tue 3 personnes avec une machette avant d’être lynché

11 février 2026

Homme haïtien attaque un village dans le nord-est d'Haïti, tue 3 personnes avec une machette avant d’être lynché

Une tragédie sanglante secoue une communauté rurale en Haïti, révélant les failles du système de sécurité et l’absence de soins psychologiques dans les zones reculées

Une commune isolée dans le nord-est d’Haïti se trouve profondément bouleversée après qu’une attaque à la machette a coûté la vie à quatre personnes, entraînant une lynchage populaire et illustrant la défaillance criante des services publics en matière de sécurité ainsi que de santé mentale dans de nombreuses régions rurales du pays.

L’incident s’est déroulé dans la matinée du dimanche 8 février, à Savanne Longue, la troisième section communale d’Ouanaminthe, près de la frontière dominicaine. Vers 8 heures du matin, un homme identifié par les habitants comme étant Manius a lancé une attaque brutale à la machette contre plusieurs personnes dans le secteur Birannman, où des fermiers s’occupaient de leur bétail.

Les forces de l’ordre rapportent qu’au moins trois personnes ont été tuées lors de cette première attaque, tandis que plusieurs autres ont été gravement blessées. Une quatrième victime est décédée plus tard, lorsque les habitants, en proie à la colère, ont capturé le suspect et lui ont infligé des sévices, avant de le brûler vif.

« Nous faisons face à une violence d’une brutalité extrême », a déclaré le commissaire de police d’Ouanaminthe, Ronald Eugène. « Notre priorité est de faire la lumière sur les circonstances de ces événements et de faire appliquer la loi. »

Le déroulement de la tragédie sanglante

Selon les autorités locales et les témoins oculaires, les raisons exactes du massacre restent floues, tout comme les circonstances dans lesquelles il s’est produit. Manius a attaqué sans avertissement, ciblant des personnes occupées à l’entretien de leur ferme. Peu de temps lui a laissé à ses victimes pour fuir ou se défendre.

Parmi les morts figurent :

  • Roger Pierre, âgé de 79 ans, surnommé Ton Delan, qui en pleine activité avec un coq de combat lors de l’attaque. Lui et l’animal ont été tués.
  • Ludovic Julien, 68 ans.
  • Un homme de la commune voisine de Carice, qui a été attaqué sur la route avant de succomber à l’hôpital. Son identité n’a pas encore été rendue officielle.
  • Manius, l’auteur présumé de l’attaque, qui a été lynché par une foule en colère quelques heures plus tard.

Plusieurs autres personnes ont subi des blessures graves, selon Wilvick Toto, membre du Conseil de la section communale (CASEC).

Après avoir mené son attaque contre les habitants, Manius a poursuivi sa route, s’en prenant au bétail, notamment deux bœufs. La frénésie de violence a provoqué la panique dans les localités avoisinantes, contraignant plusieurs résidents à fuir ou à se cacher.

« Il attaquait aussi bien les gens que les animaux », explique Toto.

La réaction de la foule, signes avant-coureurs et questions en suspens

Face à la crainte qui s’est propagée, la population s’est organisée pour stopper le carnage. Manius a finalement été intercepté à Djout, un village voisin. Selon les témoins, il a été maîtrisé, battu, puis brûlé vif par des membres de la communauté.

« Nous devons déterminer si ces actions ont été une réponse à un danger imminent ou si elles constituaient un acte illégal », a déclaré un responsable local.

Le juge de paix Renaud Pierre s’est rendu sur place avec des officiers de la Police Nationale d’Haïti (PNH) et des représentants locaux pour recenser les faits et lancer une enquête officielle. Celle-ci visera à analyser les circonstances de l’attaque, l’état mental du suspect ainsi que la responsabilité des personnes impliquées dans le lynchage.

« La justice doit faire toute la lumière sur cette tragédie, tant sur les faits que sur les conditions ayant conduit à la mort du suspect » a affirmé Pierre.

« La justice doit faire toute la lumière sur cette tragédie — tant sur les actes commis que sur les circonstances ayant mené à la mort du suspect. »

Juge Renaud Pierre

Les responsables locaux indiquent que Manius avait manifesté un comportement inquiétant dans les jours précédant l’attaque.

« Les proches de Manius disent qu’il agissait de manière étrange depuis plus d’une semaine », confie Toto.

Aucune diagnostic médical n’a été confirmé à ce stade, mais les habitants s’interrogent sur la possibilité d’une maladie mentale non traitée — un problème courant en Haïti rural, où l’accès aux soins psychologiques est pratiquement inexistant.

Originaire de La Rose Bonite, dans la commune de Carice, Manius vivait depuis plusieurs années à Savanne Longue, où il travaillait comme conducteur de bœuf et ouvrier agricole. Selon la communauté, il n’avait aucun casier judiciaire connu et était considéré comme calme, travailleur et respectueux jusqu’à présent.

Un schéma familier en Haïti rural

Ce drame intervient dans un contexte déjà marqué par des débats récurrents au sujet de la justice vigilante en Haïti, où des communautés ont souvent recours à la violence de masse face à l’impuissance des forces de l’ordre, la lenteur des procédures judiciaires et l’absence de réponse aux urgences.

Dans de nombreuses régions rurales, la présence policière est limitée, ou elle intervient avec plusieurs heures de retard, et le système judiciaire est fréquemment sous-financé et submergé. La prise en charge de la santé mentale est largement inexistante, laissant familles et communautés démunies face aux signes de détresse ou d’instabilité mentale chez certains citoyens.

Ce contexte contribue à amplifier la peur et la colère, qui débouchent souvent sur des actes de lynchage — parfois mortels — avec des conséquences dramatiques.

Les autorités ont rappelé que, si la colère des habitants peut être compréhensible dans certains cas, la justice populaire ne fait que perpétuer la spirale de la violence.

« Nous comprenons la peur et la colère, mais personne ne doit être au-dessus de la loi. La justice ne peut être remplacée par la vengeance », a déclaré un officiel local du CASEC.

Les familles des victimes ont passé la journée à rassembler les débris et à organiser les enterrements. Les témoignages évoquent des scènes de deuil et d’incrédulité dans cette communauté agricole soudée, où presque tout le monde se connaît.

Alors que l’enquête progresse, la population de Savanne Longue doit faire face à son chagrin, tout en se questionnant plus largement sur la sécurité, la justice et la capacité de l’État à protéger ses citoyens.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.