Port-au-Prince – La Communauté catholique d’Haïti rendra hommage au Bishop Émérite Joseph Willy Romélus lors de ses funérailles prévues le 21 août. Ancien évêque de Jérémie, dans la Grand’Anse, il s’est éteint paisiblement le 11 août à son domicile situé à Château, dans la commune d’Arniquet, dans le département du Sud. À l’âge de 94 ans, il laisse derrière lui un héritage marqué par son dévouement sincère à sa foi et à son pays.
L’annonce de son décès, communiquée par la chancellerie diocésaine, a suscité une vague de condoléances émanant du clergé, des paroissiens ainsi que des responsables communautaires. La perte d’un homme aussi respecté touche profondément toute la communauté religieuse et au-delà, tant sa figure incarnait la justice, la compassion et la défense des plus démunis.
Une veillée en hommage à Jérémie puis une messe d’enterrement à Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse
Une veillée sera organisée le 20 août à la Cathédrale Saint-Louis, située dans la ville de Jérémie, en présence des fidèles et des proches souhaitant rendre un dernier hommage. La messe d’enterrement se tiendra le lendemain au Sanctuaire de Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, lieu emblématique qui a accompagné toute sa vie de prêtre et d’évêque.
Un défenseur infatigable de la justice, dont le service s’étend sur plusieurs décennies
Né le 17 janvier 1931 à Arniquet, Joseph Willy Romélus a choisi d’entrer dans le sacerdoce en 1958, après une formation au séminaire pour la Diocese des Cayes. Très rapidement, il s’est consacré à l’accompagnement des communautés rurales, oeuvrant sans relâche durant près de vingt ans avant d’être nommé évêque de Jérémie par le pape Jean-Paul II en 1977.
Durant son épiscopat, il a mis l’accent sur des initiatives en faveur de l’éducation, de la santé et du pastorat dans les zones isolées. Il a lancé des programmes d’alphabétisation, construit plusieurs écoles paroissiales, renforcé les services médicaux locaux et supervisé la construction de la Cathédrale Notre-Dame de la Médaille Miraculeuse, commencée en 1996 malgré des difficultés financières. Son engagement pour améliorer la vie quotidienne de ses paroissiens n’a jamais faibli, même face aux obstacles.
Un combat sans relâche pour les droits de l’homme dans un contexte troublé
Célèbre pour sa franchise et son courage, il n’a jamais hésité à défendre les droits humains, en particulier lors des périodes de forte instabilité politique. Il a soutenu la Constitution de 1987, dénoncé les abus commis par l’armée sous le régime Duvalier, et encouragé une résistance pacifique après le coup d’État sanglant de 1991, jusqu’à la restauration de l’ordre constitutionnel en 1994.
“C’est une grande perte pour l’Église ; un prophète nous a quittés, une lumière s’éteint. Pour les pauvres, ils perdent leur père, leur défenseur, un Haïtien sincère, sans hypocrisie.”
Le Père AdonaÏ Jean Juste
En 1994, il a été récompensé par le Prix européen des droits de l’homme à Strasbourg, en reconnaissance de son engagement. Par la suite, il a été également candidat au Prix Nobel de la paix en 1995, témoignant de l’impact de son action sur le plan international.
Depuis sa retraite en 2009, Romélus n’avait pas quitté la scène : il continuait à célébrer des messes, à conseiller des prêtres et à dénoncer toute ingérence étrangère dans les affaires d’Haïti. Lors d’un voyage en Europe en 2012, où il présentait son ouvrage intitulé « L’Espoir contre toute espérance », il n’a pas mâché ses mots pour critiquer les politiques américaines, qu’il accusait d’approfondir les divisions internes et de freiner le progrès du pays.
« Sa vie nous enseigne que seule une vraie unité, dépourvue d’hypocrisie, où chacun peut vivre dans la dignité, peut sauver le pays », a déclaré Jean Juste. « Il a été emprisonné et battu pour ses convictions, mais il n’a jamais cessé d’aimer le peuple à travers Dieu. »
Ce grand homme laisse derrière lui un riche héritage de pastorale, de courage moral et d’un engagement indéfectible envers les plus vulnérables d’Haïti. Sa contribution restera gravée dans l’Histoire du pays, symbole d’un foi inébranlable en la justice et en la dignité humaine.