Le gouvernement haïtien décrète un état d’urgence pour réduire la violence des gangs dans la région centrale
La semaine dernière, le gouvernement d’Haïti a annoncé la mise en place d’un état d’urgence d’une durée de trois mois dans la région du centre du pays, en réponse à la montée spectaculaire de la violence exercée par les gangs armés. Cette décision intervient dans un contexte où la sécurité et la stabilité de cette zone stratégique sont gravement menacées.
Une mesure ciblée pour lutter contre l’insécurité et répondre à la crise alimentaire
Selon un communiqué officiel, cette mesure d’exception concernera principalement les départements de l’Ouest, de l’Artibonite et du Centre. Elle vise à renforcer la lutte contre l’insécurité, tout en tentant de répondre à la crise agricole et alimentaire qui sévit dans cette région. La région concernée est souvent appelée le « grenier à riz » d’Haïti, un secteur clé pour la production alimentaire nationale. Pourtant, ces dernières années, elle a été le théâtre de violences croissantes, avec des gangs armés qui multiplient les attaques contre les agriculteurs ou qui les obligent à abandonner leurs terres, tout en s’attaquant aux communautés environnantes.
Une situation humanitaire critique dans la région centrale
Les Nations unies ont alerté sur la gravité de la crise. Selon leur bureau des droits humains, entre octobre 2024 et la fin juin 2025, plus de 1 000 personnes ont été tuées, plus de 200 ont été blessées et 620 ont été enlevées dans les départements de l’Artibonite, du Centre ainsi que dans leurs zones voisines. Ces chiffres témoignent d’une violence toujours plus débridée, qui plonge la région dans une précarité majeure.
Par ailleurs, la violence des gangs a provoqué le déplacement de plus de 239 000 personnes dans cette zone du pays. À la fin du mois d’avril, plusieurs dizaines de ces déplacés ont été contraints de traverser à la nage ou à pied le plus grand fleuve d’Haïti dans une tentative désespérée d’échapper aux gangs qui contrôlent largement leur territoire.
Une nouvelle étape dans la réforme de la police haïtienne
Dans le cadre de cette lutte accrue contre la criminalité, le gouvernement a également annoncé vendredi la nomination d’un nouveau directeur général intérimaire pour la Police nationale haïtienne (PNH). Ce poste crucial sera désormais occupé par André Jonas Vladimir Paraison, qui remplace Normil Rameau, démissionnaire après avoir été critiqué pour son incapacité à maîtriser la violence, notamment celle exercée par les gangs contrôlant jusqu’à 90 % de Port-au-Prince, la capitale. Ce dernier avait souvent alerté sur le manque cruel de moyens financiers consacrés à la police.
Paraison a déjà exercé des fonctions importantes, notamment en tant que chef de la sécurité du Palais national. Il se trouvait également en mission de police lors de l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse en juillet 2021, à son domicile privé. Sa nomination intervient dans un contexte où la police haïtienne bénéficie de l’appui de policiers kényans, sous la supervision d’une mission onusienne visant à aider à limiter la puissance des gangs.
Une transition politique sous tension
Ces mesures s’inscrivent également dans une période de transition politique, alors que Laurent Saint-Cyr, un homme d’affaires influent et fortuné, a été nommé président du Conseil présidentiel de transition. Ce dernier a pour mission de maintenir le cap en vue des prochaines élections, prévues pour février 2026. La situation politique demeure fragile, avec une administration en pleine organisation pour faire face aux défis majeurs liés à l’insécurité, à la crise humanitaire et à la relance économique.