Haïti autorise 282 partis politiques et plateformes pour les prochaines élections

29 mars 2026

Haïti autorise 282 partis politiques et plateformes pour les prochaines élections

Le Conseil Électoral Provisoire d’Haïti approuve 282 formations politiques pour les élections à venir

Le Conseil Électoral Provisoire (CEP) d’Haïti a récemment donné son feu vert à la participation de 282 partis politiques et coalitions lors des prochaines élections. Cette étape représente une avancée notable dans un processus longtemps retardé, qui se déroule toutefois dans un contexte d’insécurité profonde et d’incertitude politique persistante.

Le listage public, publié le jeudi 20 mars, fait suite à une période d’enregistrement de dix jours, qui s’est clôturée le 12 mars. Pendant cette période, 320 organisations se sont inscrites. La liste inclut la majorité des grands partis et plateformes politiques du pays. Toutefois, plusieurs formations importantes ne figurent pas dans cette sélection. Parmi elles, le Parti Haitian Tèt Kale, qui était celui de l’ancien président Michel Joseph Martelly, ainsi que la plateforme Résistance Démocratique (RED), dirigée par d’anciens responsables ayant fait alliance avec feu le président Jovenel Moïse.

Les formations politiques autorisées et celles en attente d’approbation

Parmi ceux qui ont été retenus pour participer aux élections, on trouve notamment Fanmi Lavalas, le mouvement fondé par l’ancien président Jean-Bertrand Aristide, ainsi que l’Organisation du Peuple en Lutte (OPL), Pitit Dessalines, Les Engagés pour le Développement (EDE) sous la direction de l’ancien Premier Ministre Claude Joseph, et Ayiti An Aksyon (AAA), mené par l’ancien sénateur Youri Latortue. La liste comprend également plusieurs autres formations politiques importantes.

Le Conseil électoral a indiqué que celles qui ne sont pas encore approuvées disposent jusqu’au 2 avril pour compléter leur dossier d’inscription. Il n’est donc pas exclu que la liste finale s’allonge encore, à mesure que d’autres formations déposeront leurs candidatures conformes.

Le président du CEP a réaffirmé l’engagement de l’institution à organiser un scrutin « inclusif et impartial, avec une totale indépendance et transparence », a indiqué l’organisme dans un communiqué officiel.

Les prochaines étapes clés, mais des lacunes importantes subsistent

Le calendrier électoral prévoit dans un premier temps l’inscription des électeurs, qui se déroulera du 1er avril au 29 juin, puis l’enregistrement des candidats, du 13 avril au 15 mai. La campagne pour le premier tour des législatives et de la présidentielle est quant à elle programmée entre mai et la fin août.

« Les élections auront lieu. Leur réussite est une responsabilité historique et collective. »

Alix Didier Fils-Aimé, Premier Ministre

Malgré ces avancées, plusieurs éléments essentiels restent encore à résoudre. Parmi eux, certaines questions cruciales concernent le financement global du scrutin et la manière dont les coûts seront couverts.

Plus tôt cette semaine, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a rencontré des responsables électoraux ainsi que des partenaires internationaux tels que le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), le Bureau des Nations Unies pour les Services d’Appui aux Projets (UNOPS) et l’Organisation des États Américains (OEA). L’objectif de cette rencontre était de faire le point sur le financement de l’organisation électorale, mais aucune estimation budgétaire n’a été rendue publique.

Le président du Conseil électoral, Jacques Desrosiers, a insisté sur deux conditions indispensables pour garantir la crédibilité des prochaines élections : un financement suffisant et une sécurité renforcée. Selon lui, ce sont là des prérequis à la tenue d’un scrutin crédible, le premier depuis plus de dix ans dans le pays.

Pour autant, le Premier ministre a rassuré quant à la réussite du processus électoral. « Les élections auront lieu », a-t-il déclaré lors d’un communiqué à l’issue de la réunion. « Leur succès est une responsabilité historique et collective. Depuis le 7 février 2023, Haïti entame une nouvelle phase de transition, orchestrée par une feuille de route claire : restaurer la sécurité, reconstruire l’économie et organiser des élections générales. »

Des élections dans un contexte d’insécurité persistante et d’efforts de transition

Organiser des élections demeure une tâche colossale dans un pays où la violence continue d’altérer la vie quotidienne. Des groupes armés, notamment le groupe Viv Ansanm, contrôlent d’importants secteurs de Port-au-Prince ainsi que des routes vitales à l’échelle nationale, limitant la mobilité et pouvant entraver l’accès aux bureaux de vote.

Selon l’Organisation des Nations Unies, plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées par les violences. Beaucoup d’entre elles ont perdu leurs papiers d’identité, délivrés par l’Office National d’Identification (ONI), ce qui complique davantage les démarches d’inscription sur les listes électorales.

Les forces de sécurité haïtiennes assurent que des opérations sont en cours pour renforcer la situation. La Police Nationale d’Haïti a indiqué avoir tué 43 membres présumés de gangs lors de 32 actions militaires au premier trimestre 2023, tout en réalisant d’importants confiscations d’armes et de munitions.

« Le renforcement de l’armée vise à contribuer à sécuriser l’environnement pour les élections cette année. »

Mario Andrésol, Ministre haïtien de la Défense

Les autorités prévoient également de déployer davantage de personnel, y compris des membres des forces armées haïtiennes, afin de soutenir la police dans ses opérations et de garantir la sécurité dans les zones de vote.

Lors d’une visite dans une base militaire à Léogâne, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Port-au-Prince, le Ministre Mario Andrésol a déclaré : « Le renforcement de l’armée doit aider à protéger le bon déroulement des élections cette année. »

Une évolution dans le soutien international à la sécurité

Ce dispositif de sécurisation intervient alors que le soutien international à la maintien de l’ordre en Haïti évolue. La Mission Multinationale de Soutien à la Sécurité (MSS), dirigée par des forces kényanes depuis 2024, revient peu à peu à ses bases. Depuis quelques mois, plusieurs contingents ont été rapatriés, annoncent les autorités haïtiennes.

Une transition est en cours vers une nouvelle force de maintien de la paix, dont l’arrivée du contingent tchadien est prévue pour le 15 avril, avec un engagement pouvant aller jusqu’à 800 soldats.

Pourtant, malgré ces efforts, certains observateurs restent sceptiques. Ils soulignent que les conditions de sécurité sur le terrain n’ont guère connu d’amélioration significative, ce qui soulève des doutes quant à la possibilité d’organiser des élections à la fois sûres et crédibles dans le contexte actuel.

Pour l’heure, la reconnaissance officielle des partis politiques constitue une étape positive, mais elle ne garantit pas à elle seule la réussite du processus électoral, tant que les conditions de sécurité et d’organisation seront toujours fragiles et incertaines.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.