Haïti approuve un budget de 120 millions de dollars pour des élections longtemps retardées

7 juillet 2026

Haïti approuve un budget de 120 millions de dollars pour des élections longtemps retardées

Accord historique pour le financement des élections en Haïti

Le gouvernement haïtien et le Conseil Électoral Provisoire (CEP) ont récemment trouvé un accord concernant le budget nécessaire à la mise en œuvre des élections générales tant attendues, qui accusent un retard depuis plus d’une décennie. La somme convenue s’élève à 120 millions de dollars, marquant ainsi la fin de plusieurs mois de négociations souvent tendues entre les deux institutions.

Selon une communication officielle du Ministère de la Culture et de la Communication (MCC) publiée le 3 juillet, cet accord représente une réduction de 130 millions de dollars par rapport à la proposition initiale du CEP, qui s’élevait à 250 millions. Après de nombreuses discussions, un compromis a été trouvé pour permettre de financer cette étape cruciale de la vie démocratique haïtienne.

Une avancée majeure mais encore des obstacles à surmonter

Ce compromis constitue une avancée significative dans le processus électoral, aujourd’hui bloqué depuis trop longtemps. Pourtant, plusieurs défis majeurs subsistent avant que les citoyens ne puissent exercer leur droit de vote. Parmi ces étapes essentielles figurent la publication d’un calendrier électoral révisé, l’adoption définitive d’un décret électoral et la publication officielle du budget approuvé.

Les responsables gouvernementaux soulignent que ce budget a été conçu en tenant compte des réalités logistiques du pays, notamment la nécessité d’améliorer la sécurité, d’étendre l’accès à des zones jusque-là inaccessibles, tout en respectant les ressources financières limitées de l’État.

Dans un communiqué publié sur leur page Facebook, le MCC a précisé : « Le bureau du Premier ministre et le Conseil Électoral Provisoire ont conjointement convenu d’un montant de 120 millions de dollars américains pour la réalisation des opérations électorales. » La même déclaration indique que « ce montant pourrait être révisé si nécessaire, par décision conjointe des deux institutions ».

Les autorités expliquent également que la Ministre de l’Économie et des Finances a participé à l’examen du budget et s’est engagée à mobiliser des ressources locales, en complément de l’aide internationale, pour financer chaque étape du processus électoral.

Une longue période de négociations

La signature de cet accord intervient après plusieurs mois de tensions publiques concernant le coût des élections. En avril dernier, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait rejeté la proposition initiale du CEP, estimant qu’elle était « absurde » et « inacceptable ». Il avait fermement déclaré que Haïti ne devait pas « organiser des élections pour le peuple américain », une remarque qui reflétait l’hostilité à une arrivée de fonds considérée comme exagérée ou mal adaptée.

Ce qui poussait cette critique, c’était également le montant du devis, jugé excessif par une quarantaine de partis politiques ayant signé le Pacte National pour la Stabilité et l’Organisation des Élections. Ces partis avaient souligné que le montant proposé dépassait largement les quelque 50 millions de dollars dépensés lors des élections de 2016.

Après avoir consulté l’Office Intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) et le Bureau des Nations Unies pour les Services de Projet (UNOPS), le CEP avait réduit sa proposition à 190 millions de dollars, avant d’arrêter sur le montant final de 120 millions, convenu aujourd’hui.

Les responsables gouvernementaux ont qualifié cet accord d’étape essentielle pour relancer la démocratie dans le pays tout en tenant compte des limitations budgétaires.

Les défis persistent

Malgré ce progrès notable, plusieurs éléments clés du processus électoral restent encore à résoudre. La publication d’un calendrier électoral révisé n’a pas encore été effectuée, et le décret électoral final est toujours en discussion. Le différend porte notamment sur des modifications demandées par le gouvernement pour aligner la déclaration de décembre 2025 avec le Pacte National pour la Stabilité, signé avec des acteurs politiques majeurs.

Le Conseil Électoral Provisoire doit également, selon la loi, préparer des amendements constitutionnels, collecter les avis des acteurs politiques et organiser un référendum constitutionnel. Or, les divergences sur le contenu du décret électoral ont tendu les relations entre le gouvernement et le conseil.

Entre le 11 et le 23 juin, plusieurs réunions ont eu lieu entre ces deux entités à la suite des objections du CEP concernant des changements apportés par un décret du gouvernement daté du 2 juin. Les membres du CEP ont argué que ces modifications remettaient en question leur indépendance constitutionnelle.

Dans un communiqué du 24 juin, le Conseil a affirmé : « Ces modifications concernent notamment des dispositions relatives à l’indépendance de l’institution électorale, ainsi que d’autres éléments qui pourraient entraver le bon déroulement du processus électoral en cours. » Le council a insisté sur le fait que la rédaction du décret électoral relève de sa seule compétence constitutionnelle, déclarant que le document présenté était totalement différent du projet soumis par le CEP en avril dernier.

Les membres du Conseil dénoncent ainsi une violation de leur autonomie, affirmant que la décision du Premier ministre était « anticonstitutionnelle » et bafouait le principe fondamental d’indépendance d’une telle institution.

Les préparatifs en cours malgré l’incertitude

Même si le processus global reste en suspens, le CEP poursuit ses préparatifs en vue de l’inscription des électeurs dans plusieurs départements, notamment Nippes, West, Sud et Artibonite. Le 3 juillet, des sessions de formation ont été organisées pour les futurs agents du Registre Électoral, qui auront pour mission d’assister lors des opérations d’enregistrement des électeurs lorsque celles-ci débuteront officiellement.

Les responsables du gouvernement réaffirment leur engagement à mener à bien les étapes restantes pour garantir des élections crédibles. Dans un communiqué, ils ont déclaré : « Le bureau du Premier ministre et le Conseil Électoral Provisoire réaffirment leur détermination à créer les conditions propices à la tenue d’élections libres, équitables, transparentes et pacifiques, conformes aux aspirations du peuple haïtien. »

Malgré les nombreux défis, l’espoir demeure que ces efforts permettront, à terme, la tenue d’élections démocratiques essentielles pour l’avenir du pays.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.