La police haïtienne saisit près d’une tonne et demie de marijuana lors d’une opération maritime
PORT-AU-PRINCE — La Police Nationale d’Haïti (PNH) a mis la main sur près de 1,4 tonne de marijuana saisie par la Garde côtière américaine au large de la côte nord-ouest d’Haïti, dans l’une des plus importantes interceptions de drogue récentes dans le pays.
Ce chargement — pesant 1 376 kilogrammes, évalué à environ 3,8 millions de dollars — a été remis le 3 mai à la Brigade anti-drogue (BLTS) de la Police Nationale d’Haïti, suite à une opération maritime menée le 30 avril près de Môle Saint-Nicolas, dans le nord-ouest du pays.
Cette saisie est la quatrième interception majeure de drogue en moins d’un mois, selon les autorités, ce qui témoigne d’un flux constant de narcotiques transitant par le territoire haïtien, malgré le renforcement des efforts de lutte contre le trafic.
Les agents de la Garde côtière américaine ont intercepté un bateau soupçonné transportant plusieurs paquets de ce qui aurait été de la marijuana compressée enveloppée dans du plastique. La police a indiqué avoir récupéré 66 sacs de cette drogue.
Un ressortissant jamaïcain, identifié comme Aldane “Ali” Anderson, a été arrêté lors de cette opération. La drogue et le suspect ont été transférés aux autorités haïtiennes en présence du juge d’instruction de Cap-Haïtien, Samuel Philippaux, en vue d’une procédure judiciaire.
« Toutes les preuves, ainsi que le trafiquant, sont désormais en possession de la Brigade anti-drogue du Nord pour la suite de la procédure judiciaire », a déclaré la PNH dans un communiqué du 4 mai.
Le rôle grandissant d’Haïti dans les routes régionales de la drogue
Cette dernière saisie met en lumière le rôle de plus en plus important d’Haïti comme corridor de transit de drogues, reliant les producteurs d’Amérique du Sud et d’Amérique centrale aux marchés des Caraïbes, d’Amérique du Nord et d’Europe.
Les trafiquants transitent fréquemment par les côtes peu surveillées et les pistes d’aviation isolées d’Haïti pour acheminer la cocaïne et la marijuana, en direction notamment des Bahamas, de la Jamaïque et des États-Unis. Certains cargaisons seraient également destinées à l’Europe via des routes transatlantiques.
Les analystes en sécurité et les agences internationales avertissent depuis longtemps que la présence limitée de l’État haïtien, la porosité des frontières et la détérioration de la stabilité rendent le pays particulièrement attrayant pour les réseaux de trafiquants, en quête d’alternatives aux routes plus surveillées.

Haïti reste inscrit sur la liste américaine des pays de transit de drogue depuis 1989, tandis que d’autres pays y sont ajoutés ou en sont retirés en fonction des tendances du trafic.
Les opérations récentes indiquent que le flux de drogues continue. Dans le département du Sud d’Haïti, des agents de la BLTS et des garde-côtes ont arrêté le 2 mai un suspect, Peterson Lavajesse, à Torbeck, avec deux paquets de cocaïne. Les autorités précisent qu’il s’agissait de la quatrième saisie en moins d’un mois dans cette région.
Alors que les responsables haïtiens soulignent les avancées obtenues, les experts mettent en garde : ces saisies ne représentent qu’une fraction du volume total de drogues transitées à travers le pays.
L’Organisation des Nations Unies souligne également qu’Haïti devient un centre croissant pour le trafic de narcotiques et d’armes, avec des gangs utilisant les profits pour alimenter la violence. En septembre 2025, les États-Unis ont renouvelé pour la 36e année consécutive la désignation du pays comme un important point de transit de drogue.
La persistance de cette désignation témoigne, selon les experts, non seulement de la géographie stratégique d’Haïti, mais aussi de l’impunité dont jouissent les gangs et trafiquants, dans un système judiciaire affaibli. Avec une présence limitée de l’État et une corruption généralisée, les cartels internationaux considèrent Haïti comme une étape essentielle de leurs routes de trafic.
« Il ne s’agit plus seulement de trafiquants locaux : il s’agit d’un réseau transnational opérant via les ports et l’espace aérien d’Haïti, sous la protection des gangs, » déclare Rébu, leader du parti politique Grand Rassemblement pour l’Évolution d’Haïti (GREH).
Crise sécuritaire et difficultés pour faire respecter la loi
Les efforts pour lutter contre le trafic de drogue s’inscrivent dans un contexte de crise sécuritaire profonde en Haïti, où des groupes armés contrôlent de vastes territoires, compliquant ainsi le travail des forces de l’ordre.
La coalition de gangs, connue sous le nom de “Viv Ansanm”, a étendu son influence dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, avec des estimations indiquant qu’elle contrôlerait plus de 80 à 90 % de la capitale.
Les autorités ont indiqué que le 1er mai, des policiers avaient intercepté un véhicule suspecté d’être utilisé dans des kidnappings à Pétion-Ville et Delmas. Après un échange de tirs, les occupants ont été tués. La police a saisi des munitions, du matériel de police et des équipements tactiques dans le véhicule.
Malgré ces opérations, la violence des gangs continue de provoquer des déplacements massifs et de perturber la vie économique. Selon des estimations récentes, plus de 1,45 million de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays.
Les zones rurales hors de la capitale ne sont pas épargnées. Des localités telles que Mirebalais, Saut-d’Eau, La Chapelle et certaines parties de l’Artemis sont sous l’emprise de gangs, avec des attaques, des incendies et des assassinats rapportés à répétition.
À Kenscoff, en hauteur des collines au sud-est de Port-au-Prince, la situation s’est améliorée, mais une attaque de gang, le 1er mai, a causé la mort de deux personnes et en a porté une disparue, soulignant la fragilité des avancées réalisées.
Poussée économique et appels à agir
La détérioration de la sécurité inquiète de plus en plus les entrepreneurs haïtiens. Plusieurs grandes sociétés du pays — notamment Rhum Barbancourt S.A., Séjourné S.A., Brasserie de la Couronne S.A. et Comme Il Faut S.A. — ont alerté le gouvernement, via une lettre datée du 29 avril, concernant l’effondrement de la sécurité dans la plaine du Cul-de-Sac, un axe économique stratégique.
« Lorsqu’une zone aussi stratégique devient inaccessible, même en véhicules blindés, cela traduit une rupture du contrôle de cette zone vitale », ont-elles déclaré.
Elles ont appelé à une action immédiate du gouvernement pour rétablir la circulation, sécuriser les routes et permettre à la police d’intervenir, soulignant que cette zone risque de devenir un “territoire perdu” à proximité de l’aéroport international Toussaint Louverture.