Famille : Un homme haïtien en détresse, porté disparu après avoir été écrasé par un camion-citerne à Springfield

1 septembre 2026

Famille : Un homme haïtien en détresse, porté disparu après avoir été écrasé par un camion-citerne à Springfield

Un adolescent haitien de 20 ans, promu médecin en devenir, tragiquement victime d’un accident sur l’autoroute

SPRINGFIELD, Ohio — Pierre Damas Bel était l’aîné de trois frères et sœurs. Étudiant méritant, il avait toujours été reconnu pour ses excellentes performances scolaires dans son lycée. Il portait un uniforme de la JROTC et jouait au football pour l’équipe des Springfield Wildcats. Le 24 août dernier, il venait d’intégrer l’Université Wright State en tant que nouvelle recrue avec pour ambition de devenir médecin.

Malheureusement, le lundi 31 août, selon la police de l’État de l’Ohio, Pierre Damas Bel a été tragiquement victime d’un accident mortel. Il aurait traversé, d’après les premiers rapports, la voie rapide devant un camion-citerne sur une circulation intense, et a été percuté, causant sa mort immédiate. La famille du jeune homme, profondément bouleversée, a exprimé sa certitude quant à l’innocence de leur fils dans cette tragédie.

Son père, Pierre Ronal Bel, a confié en début de journée mardi qu’il ne croyait pas à la thèse du suicide : « Je veux voir la vidéo, car je ne crois pas qu’il se soit tué de cette façon », a-t-il déclaré. Il a également précisé : « J’ai besoin de preuves. Je ne pense pas qu’il aurait simplement garé sa voiture et marché sur l’autoroute devant un camion pour se donner la mort. »

Il faut souligner que cette tragédie intervient dans un contexte particulier, celui de l’emprise croissante des autorités d’immigration sur la communauté haïtienne de Springfield. Pierre Damas Bel, qui avait quitté Haïti en 2024 pour rejoindre ses parents aux États-Unis grâce au programme de régularisation en période Biden, aurait récemment été confronté à des mesures administratives difficiles. Son père raconte que ces dernières semaines, le jeune homme était visiblement bouleversé à cause du bracelet électronique que les autorités d’immigration lui avaient imposé.

Une jeunesse pleine de promesses et l’impact des mesures migratoires

À son arrivée, Pierre Damas Bel, comme beaucoup d’autres jeunes Haïtiens, avait obtenu le statut de protection temporaire (TPS), qui permet à certaines nationalités, y compris Haïti, de vivre et travailler légalement aux États-Unis en raison des conditions difficiles dans leur pays d’origine. Mais, en juin dernier, la Cour Suprême des États-Unis a autorisé l’administration Trump à mettre fin à ces protections pour Haïti. Résultat : quelque 350 000 Haïtiens, dont Pierre Damas Bel, ont perdu cette protection à la fin de l’été.

Alors qu’il attendait une solution dans le cadre de sa demande d’asile, le jeune homme n’avait pas encore obtenu de réponse définitive. Sa situation restait précaire, et en juillet, il avait été convoqué par les autorités migratoires, qui lui avaient placé un dispositif de suivi GPS autour de la cheville. Plusieurs autres jeunes dans la même situation avaient également reçu des convocations similaires.

L’impact émotionnel du bracelet électronique

Très tôt, Pierre Damas Bel avait exprimé publiquement l’humiliation et le mal-être qu’il ressentait à porter ce dispositif. Sur Instagram, le 30 juillet, il avait écrit : « Je suis venu dans ce pays pour faire mes études. Je ne suis pas ici pour commettre un crime ou faire du mal à qui que ce soit. » Puis, il expliquait : « Pourtant, aujourd’hui je marche dans les rues des États-Unis avec un GPS attaché à ma jambe, et je ressens une honte et une humiliation que je n’avais jamais imaginé ressentir. »

Son père raconte que ce bracelet a profondément changé la mentalité de son fils, affectant aussi son corps et ses activités habituelles, notamment le sport. Pierre Damas Bel avait du mal à bouger normalement avec le poids du dispositif, ce qui a nui à sa pratique du football, une activité qui lui tenait à cœur. Selon son père, le jeune homme aurait même tenté de faire retirer cette électronique en se rendant dans un bureau de l’ICE à Blue Ash, Ohio, mais sa demande aurait été refusée.

« Il ne travaillait pas, il ne mangeait plus comme avant », confiait son père lors d’un entretien téléphonique. « Tout cela a renforcé son mal-être. C’était sa première semaine de cours, mais il ne se sentait pas capable d’apprendre, tant il était traumatisé… à cause du bracelet. »

Le dernier appel et la fin tragique

Ce lundi, le père de Pierre Damas Bel recevait un appel à 8h03. Son fils lui expliquait qu’il était assis dans une voiture, affirmant qu’il ne se sentait pas bien. Son père lui a conseillé de revenir à la maison, de s’asseoir, manger et parler de ce qui le préoccupait. Après cette conversation, l’appel a été coupé, puis, sans réponse à ses nombreux rappels, il a fallu attendre le verdict des autorités.

Plus tard dans la matinée, des agents de la police sont arrivés à leur domicile. Pierre Ronal Bel se souvient : « Quand ma femme a ouvert la porte, ils tenaient le permis de mon fils dans leurs mains. »

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Selon un communiqué de la police routière, leur intervention s’est produite sur l’autoroute I-70, à une dizaine de kilomètres de Springfield. En arrivant sur place, ils ont rencontré le conducteur d’un camion-citerne de 2001, qui leur a indiqué qu’il circulait vers l’ouest. À proximité, une Toyota Avalon de 2006 était stationnée sur la bande d’arrêt d’urgence.

D’après le rapport, le jeune homme, qui venait de finir ses études secondaires avec mention et qui aspirait à devenir médecin, aurait traversé la voie devant le camion. La tragédie s’est produite alors qu’il était en train de marcher dans cette voie rapide, en face du véhicule lourd, avant d’être percuté. Il a été déclaré mort sur place.

Ce drame demeure une illustration poignante des conséquences de la politique migratoire strictes et de ses effets sur la jeunesse immigrée, pour qui chaque jour peut devenir un combat émotionnel et psychologique. La famille Bel, dévastée, continue de chercher des réponses face à cette fin déchirante, laissant derrière elle le souvenir d’un jeune homme prometteur, victime d’un système qui semble souvent impitoyable.

Naïla Saint-Fleur

Naïla Saint-Fleur

Je suis Naïla Saint-Fleur, journaliste pour Kapzy News et passionnée par les récits qui révèlent la complexité d’Haïti et de la Caraïbe. À travers mes articles, je cherche à donner du sens à l’actualité et à faire entendre les voix de celles et ceux qui construisent le pays au quotidien. L’écriture est pour moi un acte d’engagement et de transmission.