Les États-Unis annoncent des vols de rapatriement hebdomadaires vers Haïti à partir du 24 juillet
Les autorités américaines ont informé le gouvernement haïtien qu’à partir du 24 juillet, des vols de rapatriement hebdomadaires transporteront environ 250 Haïtiens qui bénéficiaient auparavant du Statut de Protection Temporaire (TPS).
Lors d’une déclaration faite à des journalistes locaux à l’aéroport international de Cap-Haïtien, peu après l’arrivée de 111 personnes rapatriées, Jean Négot Bonheur Delva, directeur général de l’Office National de la Migration (ONM) en Haïti, a expliqué que les États-Unis allaient commencer à envoyer deux vols par semaine.
“L’Ambassade des États-Unis nous a informés qu’il y aura des vols de rapatriement chaque semaine, avec un total de 250 ou plus d’Haitiens renvoyés dans leur pays,” a affirmé Delva.
Selon lui, à ce rythme, Haïti pourrait recevoir environ 1 000 rapatriés chaque mois en provenance des États-Unis.
Cette annonce intervient alors que l’administration Trump se prépare à mettre fin aux protections TPS pour des milliers d’Haïtiens, suite à une décision de la Cour suprême américaine du mois dernier, qui a permis au gouvernement de révoquer ces protections ainsi que l’autorisation de travailler pour environ 350 000 Haïtiens.
Le jeudi 24 juillet marque la fin d’une prolongation de 10 jours que le Département de la Sécurité intérieure (DHS) avait accordée aux détenteurs de TPS en Haïti, après la décision de la Cour suprême. Passé cette date, beaucoup perdront à la fois leur droit de travailler et leur autorisation temporaire de rester aux États-Unis.
Le gouvernement haïtien reste silencieux face aux possibles rapatriements
Si ces rapatriements étaient effectivement mis en œuvre, ils exerceraient une pression supplémentaire sur les institutions fragilisées d’Haïti, déjà confrontées à une violence généralisée où plus de 85 % de la capitale est sous le contrôle de gangs, à des déplacements massifs et à une crise humanitaire qui s’aggrave.
Aucune initiative diplomatique publique n’a été annoncée de la part du gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé pour demander un report ou une suspension des rapatriements, comme le suggèrent certains défenseurs. Les autorités n’ont pas non plus présenté de programmes d’aide en matière de logement, d’emploi ou d’autres formes d’intégration.
“L’Ambassade des États-Unis nous a informés qu’il y aura des vols de rapatriement chaque semaine, avec un total de 250 ou plus d’Haitiens renvoyés dans leur pays.”
Jean Négot Bonheur Delva, Directeur général de l’Office National de la Migration en Haïti
L’ONM est la seule agence gouvernementale à avoir publiquement évoqué ces rapatriements à venir.
Selon Delva, le rôle de l’agence se limite à réceptionner les rapatriés, en coopération avec la Police Nationale d’Haïti (PNH), et à leur fournir une allocation de transport pour leur permettre de rejoindre leur destination finale. Il n’a pas précisé le montant exact, mais certains rapatriés ont indiqué la semaine dernière avoir reçu 10 000 gourdes haïtiennes, soit environ 77 dollars.
L’année dernière, la ministre du MHAVE, Kathia Verdier, avait déclaré que le gouvernement travaillait pour accueillir des Haïtiens vulnérables confrontés à une menace d’expulsion, tout en reconnaissant que Haïti disposait de peu d’influence sur la politique migratoire américaine.
Un an plus tard, aucune nouvelle stratégie gouvernementale n’a été annoncée.
Lors d’un briefing du Conseil de sécurité de l’ONU lundi, Forbin a indiqué que la situation sécuritaire du pays s’améliorait, en contradiction avec le récit de la communauté internationale, y compris celui des États-Unis.
“Nous sommes plus proches que jamais depuis des années de restaurer la sécurité et d’organiser des élections libres,” a-t-il affirmé.
Par ailleurs, le Mouvement Populaire Démocratique (MODEP) et l’organisation politique Zansèt Ayiti ont appelé le gouvernement haïtien à négocier diplomatiquement la suspension des rapatriements avec le gouvernement américain, arguant que la sécurité et les conditions humanitaires en Haïti ne permettent pas des retours sûrs et dignes.
“Même s’ils sont incompétents, ils sont au pouvoir, alors nous leur demandons de lancer une offensive diplomatique pour éviter la catastrophe qui se profile,” a déclaré lors d’une conférence de presse le président de Zansèt Ayiti, Lucnas Etienne, le 14 juillet.
Les rapatriements se poursuivent alors que la violence s’intensifie
Les premiers signes d’un rythme accru de rapatriements ont été observés le 16 juillet, lorsque les autorités américaines ont rapatrié 111 Haïtiens à Cap-Haïtien. Selon l’ONM, ces personnes, issues d’une liste de 130, n’étaient pas toutes bénéficiaires du TPS. Certaines ont été expulsées pour violations de l’immigration, d’autres après avoir purgé leur peine de prison suite à des condamnations pénales.
Lors d’un point presse de l’ONU ce jour-là, le porte-parole Stéphane Dujarric a indiqué que le gang Village de Dieu avait mené des attaques à Kenscoff et Pétion-Ville entre le 4 et le 9 juillet, faisant au moins 61 morts, dont 14 enfants. Ces attaques ont également contraint plus de 5 840 personnes à fuir leur domicile, après que les gangs ont incendié des résidences et autres biens immobiliers.
Malgré cette dégradation de la sécurité, Delva a affirmé qu’Haïti n’avait pas d’autre choix que d’accueillir ses citoyens.
“L’ONM et l’État haïtien n’ont pas d’alternative,” a-t-il déclaré. “Nous devons accueillir avec dignité les migrants de différentes origines qui reviennent dans notre pays.”