Poètes haïtiennes : célébration d’une voix féminine au fil des mots
Honorer les mères, celles qui élèvent des enfants qui ne leur appartiennent pas, c’est faire écho à une forme d’amour universel et nourricier. Célébrons cette sagesse maternelle, à la fois douce et acerbe, tout comme celle qui soutient la culture, la conscience et la poésie. Rendons hommage à ces femmes qui donnent naissance à la pensée, à la création, aux rythmes et aux vers de l’avenir.
Parce que la poésie — accompagnée souvent de fleurs, symboles de beauté et de fragilité — colore traditionnellement la Journée des Mères, je souhaite mettre à l’honneur les poétesses haïtiennes, tout spécialement en cette journée dédiée à la maternité. Ces voix, riches et variées, incarnent la force et la sensibilité de toute une génération d’autrices qui façonnent la littérature contemporaine de l’île.
Voici quelques-unes de ces écrivaines dont vous pouvez découvrir les œuvres, que ce soient des livres ou des recueils de poèmes. Bien que cette sélection présente principalement des auteures œuvrant en anglais, il existe également une multitude de talentueuses poétesses haïtiennes modernes écrivant en français, en créole et dans d’autres langues. Plongez dans leur univers, et soyez inspirés.
Gabrielle Civil
Civil nous offre une réflexion poétique, lucide et engagée sur la commercialisation de l’art haïtien, notamment celui de la peinture produite en masse, illustrée ici par Vladimir Cybil Charlier. Elle dénonce avec finesse la superficialité du « tourisme artistique » : « l’art touristique », dit-elle, « vend toujours l’éternel ». / L’histoire que le touriste souhaite raconter de son voyage / n’est pas celle de la tempête éclatante mais celle de la mer cobalt. »
Valérie Déus
Une énergie électrique parcourt la poésie de Déus, une force qui semble vouloir illuminer le monde ou le réduire en cendres. En utilisant une syntaxe inventive, elle tisse des univers disparates, rendant le semblant d’étrangeté totalement naturel, presque éclatant de nouveauté.
Michèle Voltaire Marcelin
Le plaisir et la douleur se mêlent tout au long de ses poèmes, témoins de la vie vécue sans compromis. Le poème « Laisse-moi être » commence par : « Laisse-moi être / Je veux vivre pleinement / La vérité de mon amour / Avec une rose en soie à la gorge » — un texte qui s’embrase d’un rouge vibrant jusqu’à sa fin, par sa force et sa beauté.
Lenelle Moïse
Moïse évoque un jazz désarmant de sincérité, chantant la verse ouverte tout en portant témoignage, mêlant le personnel au politique de manière indissociable. Elle écrit : « Le jazz est sous l’eau / le vodou atlantique silencieux / ultrasons interrompus / poissons fœtus dans la crue / le premier cousin d’Haïti / forcé de s’embrasser / par un ouragan nommé / Katrina… »
Marilène Phipps-Kettlewell
Tout en finesse et en grâce, ses poèmes dépeignent la jeunesse et la féminité caraïbéennes, riches en merveille et en leçon de vie. Phipps-Kettlewell confie : « La tante Frances m’a appris comment sauver / des hommes en train de se noyer… »Elle expliquait souvent : « Parfois, les hommes qui se noient se battent, / il faut leur donner un coup pour les calmer ! »
Nadine Pinede
Ses poèmes portent la voix d’une citoyenne du monde, qui imagine la rencontre de ses parents sur un trottoir parisien, se tient silencieuse sous un ciel nocturne au Mali ou encore, en Pologne, reçoit des femmes voilées lui pressant des photos de leurs fils dans ses mains. Une poésie qui traverse et relie différents horizons, révélant la profondeur et la complexité de l’expérience humaine.
Une richesse à découvrir et à célébrer
Les œuvres de ces femmes poètes, porteuses d’un regard sans compromis sur leur société, leurs identités, et leur avenir, invitent à une réflexion profonde. Leur poésie enrichit la culture haïtienne, tout en étant universelle dans ses thèmes et ses inspirations. En cette journée, célébrons leur voix, leur courage et la beauté qu’elles insufflent dans nos vies à travers leurs mots.
13 juin 2026