Fuite massive à Cul-de-Sac, alors que la Violence entre bandes armées paralyse Haïti
À Port-au-Prince, ce lundi, des centaines de personnes ont fui leur domicile dans la plaine de Cul-de-Sac, située au nord de la capitale haïtienne, en raison de violents affrontements entre groupes armés rivaux. La situation a été si chaotique qu’elle a provoqué la fermeture temporaire d’un important hôpital, ainsi que des écoles et diverses entreprises dans toute la zone.
Les combats, qui ont débuté durant le week-end pour s’étendre jusqu’au 11 mai, mettent en scène des gangs affiliés à la coalition “Viv Ansanm”, une organisation considérée comme terroriste par les États-Unis. Selon les témoignages des habitants, la violence provient principalement de luttes pour le contrôle territorial et pour le monopole des routes d’extorsion ciblant les camions de marchandises traversant la secteur.
Un exode précipité des familles en fuite
Les familles, portant sacs, sacs à dos et souvent avec de jeunes enfants, ont fui en masse en direction des zones autour de Carrefour Trois Mains et de l’aéroport international Toussaint Louverture. Dans leur course précipitée, elles cherchaient un refuge, pendant que les détonations de fusils et de grenades résonnaient dans les quartiers voisins.
Une autre photo montre des résidents déplacés, escortés par les forces de police, patrouillant près du parc industriel SONAPI, dans une tentative de retrouver un lieu sûr après avoir fui la violence des gangs.

Ce mouvement de panique témoigne d’un affaiblissement de la sécurité dans la région, malgré la présence d’une mission multinationale dirigée par le Kenya, visant à stabiliser la capitale, ainsi que des opérations incessantes menées par la police haïtienne. Selon les Nations unies, la majorité des quartiers de Port-au-Prince, entre 80 et 90 %, seraient désormais sous le contrôle de gangs, où kidnappings, règlements de comptes, incendies criminels et déplacements massifs sont monnaie courante. Nombreuses sont les familles qui ont dû abandonner leur foyer pour échapper à cette effrayante spirale de violence, qui ravage les routes stratégiques reliant la capitale au reste du pays.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Depuis lundi, la majorité des écoles, transports publics, marchés et commerces dans la plaine de Cul-de-Sac ont cessé toute activité, tandis que la population s’est enfermée chez elle ou a cherché refuge ailleurs.
La crise a également profondément affecté le secteur de la santé dans la cité de Cité Soleil, à proximité. Médecins Sans Frontières (MSF) a annoncé avoir évacué ses patients et suspendu temporairement ses opérations en raison des combats actifs. Selon l’organisation, son hospital pouvait accueillir plus de 800 personnes en refuge et avait déjà pris en charge plus de 40 victimes de tirs, dont un agent de sécurité.
« Notre priorité est de protéger nos patients et notre personnel. Il est impossible de soigner dans des conditions de tir à balles réelles », explique la directrice du projet MSF en Haïti, Davina Hayles. « Un hôpital où le personnel n’est pas en sécurité ne peut pas assurer ses missions. Cette suspension est donc provisoire, en raison de l’instabilité extrême de la situation. »
Actuellement, aucun hôpital fonctionnel ne reste dans le nord de Cité Soleil, ce qui alarme les organismes humanitaires.
Origines et acteurs du conflit
Les témoins rapportent que les affrontements impliquaient principalement les gangs Duvivier et Pyè 6, contre ceux basés à Croix-des-Missions et Canaan, notamment des factions liées aux gangs Chen Mechan et Taliban. Bien que tous appartiennent à la même coalition “Viv Ansanm”, ces antagonismes semblent refléter une montée des tensions et des rivalités pour le contrôle du territoire et des flux financiers.
Le retour de la violence survient alors que le gouvernement de transition d’Haïti peine à contenir l’insécurité grandissante, en amont d’élections prévues plus tard cette année. La violence des gangs ne se limite pas à Port-au-Prince : elle s’est propagée dans d’autres régions, comme l’Artibonite et le Centre. Le département de Saint-Marc a été particulièrement touché, avec au moins huit morts lors de récentes attaques dans la localité de Carrefour Robert, située à moins de 80 kilomètres au nord de la capitale, selon les sources locales.
Une crise qui perdure malgré les efforts
Les autorités haïtiennes ont renforcé leurs opérations policières, mais la situation ne semble pas s’améliorer. Le Premier ministre, Alix Didier Fils-Aimé, a réaffirmé sa volonté de rétablir la sécurité nécessaire à la tenue des élections, mais la violence continue d’endeuiller le pays.
Selon un rapport récent de l’Office intégré des Nations unies en Haïti (BINUH), durant le premier trimestre de 2026, au moins 1 642 personnes ont été tuées et 745 blessées dans tout le pays. Ces chiffres illustrent l’ampleur de la crise, dont l’intensification remet en question toute perspective de stabilité à court terme.
13 juin 2026